Le sommet européen sur le fonds de relance cimentera l’héritage d’Angela Merkel

De gauche à droite : le Premier ministre italien, Giuseppe Conte ; le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte ; la chancelière allemande, Angela Merkel ; et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, lors du sommet européen du 18 juillet. [EPA/EFE/FRANCISCO SECO]

Lors du sommet européen qui s’est terminé le 21 juillet, la chancelière allemande, Angela Merkel, a fait volte-face concernant l’émission d’une dette commune et s’est dissociée des autres pays donateurs pour la première fois — et pas seulement sur le plan économique.

À Bruxelles, la poussière soulevée par les leaders européens lors des pourparlers du week-end dernier retombe doucement. Alors que la balle est désormais dans le camp de la Commission et du Parlement, le débat européen s’est divisé en 27 discussions à l’échelle nationale.

De retour chez eux, les dirigeants de l’UE racontent leur périple, justifient leurs choix et tentent de tirer un profit politique du sommet.

Mais la situation est quelque peu différente pour Angela Merkel, qui exerce actuellement son dernier mandat. Lorsqu’elle quittera ses fonctions en 2021, elle mettra fin à une carrière politique de 32 ans, dont plus de la moitié passée au poste de chancelière.

Elle ne cherche donc sans doute plus à tirer profit du sommet, mais accorde davantage d’importance à son héritage politique, qui semble surtout être européen.

Virage en mai

S’il fallait choisir une date où Angela Merkel a engagé le combat pour façonner son legs européen, il s’agirait probablement du 18 mai. Ce jour-là, la chancelière et le président français, Emmanuel Macron, ont pour la première fois proposé que les 27 États membres s’endettent ensemble pour surmonter la crise.

L’Europe s’est alors trouvée confrontée à deux nouvelles réalités : d’un côté, le retour de l’axe franco-allemand, qui avait un jour été le moteur de l’intégration européenne ; de l’autre, la volte-face de la politique budgétaire de l’Allemagne, qui est passée de « championne de l’épargne » à « grande donatrice ».

Il y a quelques mois à peine, personne n’aurait imaginé Berlin s’engager à partager la dette européenne. Lors de la crise de la dette grecque, Angela Merkel et l’ancien ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, n’avaient cessé de rejeter l’idée d’émettre des euro-obligations communes. Mais cette fois-ci, c’est elle qui a formulé la proposition.

« Après un très long mandat, Angela Merkel a effectué un brusque revirement, [ce qui a envoyé] un signal fort. En agissant de la sorte, elle a jeté par-dessus bord nombre de principes qui importaient à l’Allemagne lors de la crise de la zone euro », a indiqué le chef de département du Centre de politique européenne de Fribourg, Bert Van Roosebeke, à Euractiv Allemagne.

D’après lui, ce revirement soudain s’explique à la fois par des causes politiques et économiques. Angela Merkel sait bien que l’Allemagne peut uniquement se relever d’une crise de cette ampleur si le pays dispose encore de marchés pour ses exportations par la suite.

L’UE conclut un pacte de relance historique, mais coupe dans son budget et recule sur l’État de droit

Il aura fallu l’un des plus longs sommets de l’histoire du Conseil européen pour que les 27 pays de l’UE trouvent finalement un compromis sur un fonds de relance de 750 milliards d’euros et un budget à long terme. L’accord final, conclu le 21 juillet, réduit le financement de certaines priorités clés de l’Union.

Les « quatre frugaux » obligés de sortir de l’ombre allemande

Selon Bert Van Roosebeke, l’initiative franco-allemande revêt une « importance capitale », parce que sans elle, la Commission n’aurait pas fait de proposition de fonds de relance avec un tel montant d’aide.

La chancelière a fait preuve d’un certain sens de la mise en scène médiatique après le sommet, en s’affichant une fois de plus devant les caméras avec Emmanuel Macron. Les deux leaders ont abordé la proposition de la Commission, mais ont surtout mis en évidence l’initiative franco-allemande, en signifiant que « rien ne fonctionne[rait] sans [eux] ».

Cette nouvelle prise de position a posé problème aux États membres qui s’étaient toujours opposés à la redistribution de la dette au niveau européen, parce qu’auparavant, ils avaient pu confortablement suivre le sillage de l’Allemagne. « Mais c’est soudainement devenu impossible et ils ont été obligés de sortir de l’ombre de Berlin », explique Bert Van Roosebeke.

Serait-ce le début d’une nouvelle alliance pleine d’assurance sans Angela Merkel ? C’est ce que pense le chancelier autrichien, Sebastian Kurz.

À l’issue du sommet, le chef d’État a déclaré que les « quatre radins » — qui incluent la Suède, les Pays-Bas, l’Autriche, le Danemark et peut-être bientôt la Finlande — continueraient à coopérer.

Sebastian Kurz considère ce moment comme historique. La coopération, ajoute-t-il, « est importante pour l’équilibre des pouvoirs au sein de l’Union européenne, mais ce n’est rien d’indécent ; c’est même très positif dans notre cas ».

L’opposition déçue

L’Allemagne va désormais devoir tenir sa promesse faite à Bruxelles. Elle devra sans doute ajouter dix milliards d’euros supplémentaires au budget de l’UE chaque année.

Pour cette raison, Angela Merkel a suscité les critiques de l’opposition politique. Mais la décision de la chancelière pourrait toutefois être vue comme une victoire dans la constitution de son héritage.

D’après Alexander Graf Lambsdorff, expert en politique étrangère au parti libéral démocrate allemand (FDP), les « frugaux » ont « endossé le rôle qui incombait normalement à l’Allemagne » pendant le sommet, raison pour laquelle l’Europe devrait se montrer « reconnaissante » envers eux. Christian Lindner, le chef du FDP, juge que le « vrai successeur » européen du président du Bundestag, Wolfgang Schäuble, devrait être Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais et porte-parole des « quatre radins ».

Cela devrait bien correspondre à l’image défendue par Angela Merkel.

Mais l’eurodéputé vert Daniel Freund interprète différemment le résultat du sommet. Selon lui, la chancelière a cédé sur la question de l’État de droit. « Il y a neuf jours, elle annonçait que les droits fondamentaux constituaient la principale priorité de la présidence allemande [du Conseil de l’UE]. Et maintenant, elle accorde un traitement de faveur à Viktor Orban », écrit l’eurodéputé.

Jusqu’à présent, la plupart des membres de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti d’Angela Merkel, se sont montrés favorables à la décision de la chancelière.

D’après Florian Hahn, le porte-parole du CDU, « de bons résultats ont été obtenus ». Et d’ajouter que « tous les partenaires des négociations se sont imposés ».

Mais le voient-ils tous de cette manière ?

« Je ne pense pas qu’il soit possible d’estimer à ce stade jusqu’où ira le soutien dans les rangs d’Angela Merkel », soutient Bert Van Roosebeke.

Alors que certaines carrières politiques se terminent dans la honte ou dans l’oubli, Angela Merkel a la chance d’écrire un chapitre final, en pleine pandémie de coronavirus. Et elle semble prête à saisir l’occasion.

Le Parlement européen est « satisfait du fonds de relance » mais entend « négocier le budget »

Selon son président David Sassoli, le Parlement européen est satisfait de l’accord des 27 sur le fonds de relance, mais le compromis sur le budget fait l’objet d’objections substantielles. Un article d’Euractiv Italie.

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