L’aide précieuse d’Angela Merkel au fil de la présidence allemande du Conseil l’UE

La présidence allemande du Conseil de l’UE prendra fin au 1er janvier 2021. Après avoir repris le flambeau croate en juillet 2020, Berlin a dû revoir ses plans et faire de la lutte contre la pandémie sa priorité absolue. EPA-EFE/OLIVIER HOSLET/ POOL

La présidence allemande du Conseil de l’UE prendra fin au 1er janvier 2021. Après avoir repris le flambeau croate en juillet 2020, Berlin a dû revoir ses plans et faire de la lutte contre la pandémie sa priorité absolue. Un article d’Euractiv Allemagne.

Néanmoins, les autres défis ne se sont pas dissipés pour autant, comme en témoignent le Brexit, le budget septennal de l’UE, ou encore les nouvelles stratégies migratoires et climatiques de la Commission européenne.

Les attentes étaient particulièrement élevées : qui d’autre que l’Allemagne – la figure de proue économique et politique de l’Union – pour nous sortir de la crise ? Angela Merkel n’a d’ailleurs pas manqué d’y répondre, lorsqu’elle a présenté le plan de relance pour l’Europe en compagnie d’Emmanuel Macron.

Le projet franco-allemand d’emprunt commun en a fait sourciller plus d’un, car il impliquait un endettement conjoint des États membres de l’UE, sans oublier que la chancelière allemande s’était auparavant opposée à la communautarisation de la dette dans le cadre de la crise grecque. Pourtant, c’est bien Mme Merkel qui s’est imposée sur la scène internationale en proposant ce mécanisme de reprise économique.

L’Allemagne s’est alignée sur les exigences françaises et a ainsi franchi « une ligne rouge », a indiqué Claire Demesmay, spécialiste en relations franco-allemandes et politique européenne à l’Institut allemand de politique étrangère (DGAP), dans un entretien avec Euractiv Allemagne. D’après Mme Demesmay, cette étape s’est révélée florissante à bien des égards.

Le sommet européen sur le fonds de relance cimentera l’héritage d’Angela Merkel

Lors du sommet européen du week-end dernier, la chancelière allemande, Angela Merkel, a fait volte-face concernant l’émission d’une dette commune et s’est dissociée des autres pays donateurs pour la première fois — et pas seulement sur le plan économique.

L’engrenage allemand

En effet, après des négociations houleuses et acharnées, les États se sont accordés en juillet tant sur le plan de relance que sur le budget de l’UE. Même si le Parlement européen devait encore se prononcer sur le sujet trois mois plus tard, il semblait avoir été quelque peu court-circuité par la décision historique, que beaucoup considéraient comme «  le feu vert  » pour amorcer la reprise économique.

Un manque de considération que déplore Damian Boeselager, l’un des négociateurs du plan de relance à la commission budgétaire du Parlement : les États ont commencé à préparer leurs plans de relance nationaux, alors même que le cadre juridique pour ce faire était encore débattu en trilogue (Parlement, Commission, Conseil).

Une lacune partagée par son collègue Rasmus Andresen, membre des Verts également. Selon lui, les discussions sur le budget de l’UE se sont cristallisées, car la Commission et le Conseil coopéraient étroitement. En temps normal, l’exécutif européen occupe toutefois le rôle de médiateur et se veut donc neutre.

D’après M. Boeselager, la présidence allemande au Conseil de l’UE est parvenue à utiliser la Commission comme bon lui semblait, ce qui a rendu le travail du Parlement bien plus difficile.

Les autorités berlinoises n’abondent cependant pas dans ce sens : «  Nous avions déjà tenté de tisser des liens solides avec les porte-paroles du Parlement sur les questions budgétaires bien avant le sommet de juillet. Au cours de la réunion, nous avons engagé plusieurs interactions avec eux. Une fois le sommet terminé, nous avons directement pris contact avec les députés pour négocier sans relâche  », a maintenu une source de la présidence allemande dans un entretien avec Euractiv Allemagne. «  Par rapport aux précédentes négociations budgétaires, nous avons renforcé le rôle du Parlement.  »

Le Parlement européen donne sa bénédiction au budget septennal de l’UE

Après la levée du veto de la Hongrie et de la Pologne la semaine dernière, le Parlement européen a, mercredi 16 décembre, approuvé budget de l’UE pour la période 2021-2027, doté de 1 074 milliards d’euros. Un article d’Euroefe.

Un ambassadeur polyvalent

Rasmus Andresen critique également la gestion des pourparlers sur le budget de l’UE. «  La plupart des discussions en trilogue ont été assurées par l’ambassadeur allemand auprès de l’UE, Michael Clauß, et non par les ministres concernés. Pour beaucoup, il s’agissait là d’un signal selon lequel le gouvernement avait fixé ses priorités ailleurs  », souligne-t-il.

En outre, les négociations sur le budget ont finalement connu leur paroxysme au Conseil de l’UE, lorsque la Pologne et la Hongrie ont décidé d’imposer leur veto pour exprimer leur opposition au lien établi entre l’octroi des fonds européens et le respect de l’État de droit. Le problème : même si la clause sur le mécanisme de l’État de droit pouvait être adoptée à la majorité qualifiée, le budget avait lui besoin de l’unanimité. Les deux pays ont donc saisi leur chance et les négociations ont été interrompues.

Finalement, la semaine dernière, Varsovie et Budapest se sont accordées avec la présidence allemande du Conseil sur une déclaration faisant état de certaines garanties sur l’application du mécanisme. Mais quoi qu’il en soit, celles-ci ne modifient pas le contenu du règlement : il permettra pour la première fois de geler l’aide européenne lorsqu’un pays viole l’état de droit.

L'Allemagne reprend la présidence d’une UE en crise. Décryptage

L’Allemagne prend la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne le 1er juillet pour une durée de six mois. Cette responsabilité lui échoit à un moment où l’UE est confrontée à des défis sans précédents et où les attentes à l’égard du leadership et des compétences diplomatiques de l’Allemagne sont plus élevées fortes que jamais.

Une politique climatique pas si verte ?

La politique climatique devait également être élevée au rang de priorités lors de la présidence tournante de l’Allemagne, comme l’avait annoncé Angela Merkel en reprenant les rênes croates. Néanmoins, en raison du nouveau coronavirus, force est de constater que les objectifs climatiques sont restés sur le banc de touche au cours du semestre. «  Parallèlement aux bisbilles budgétaires, il restait peu d’énergie pour aborder d’autres sujets  », estime M. Andresen.

À l’issue du sommet européen organisé la semaine dernière, les chefs d’État et de gouvernement se sont tout de même accordés sur un objectif climatique plus ambitieux à l’horizon 2030, prévoyant d’accorder 30 % du prochain budget septennal de l’UE à des projets verts.

Au vu «  des situations très diverses à travers l’Europe  », et en considérant l’opposition polonaise sur la question, nous sommes parvenus «  à un bon compromis  » en matière climatique, a maintenu Gunther Krichbaum (CDU), président de la commission des affaires européennes au Bundestag allemand.

Il y a toutefois eu quelques grains de sable dans les rouages, comme la réduction du fonds prévu dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe destiné à la sortie équitable du charbon, passant de 30 milliards d’euros à 7,5 milliards d’euros à l’issue du sommet de juillet.

Bien que le Parlement et le Conseil se soient accordés pour porter les contributions financières à cet effet à 17,5 milliards d’euros, le montant reste bien moindre que celui initialement proposé par la Commission.

«  Soit on voit le verre à moitié plein, soit on le voit à moitié vide », selon Claire Demesmay.

L'UE conclut un accord difficile sur l'objectif climatique pour 2030

Dans la nuit de jeudi (10 décembre) à vendredi (11 décembre), les dirigeants européens ont négocié sans relâche pour parvenir à un accord sur l’objectif climatique actualisé de l’Union à l’horizon 2030. Verdict ?

Brexit : Michel Barnier prend les devants

En ce qui concerne le Brexit, l’Allemagne laisse la place à Michel Barnier et son équipe de négociateurs. Sage décision : Londres n’est ainsi pas en mesure de monter les États les uns contre les autres, par exemple la France contre l’Allemagne.

Des conflits auraient pu se produire, dans la mesure où les intérêts de part et d’autre du Rhin ne sont pas les mêmes. Tandis que Paris accorde une importance particulière aux droits de pêche, Berlin se concentre sur ses exportations automobiles. Londres s’entretient donc avec la Commission afin de trouver un accord commercial post-Brexit. Affaire à suivre.

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