Neuf États membres invitent l’UE à réinscrire les Balkans occidentaux à l’ordre du jour

« Nous pensons qu’il est grand temps d’analyser les Balkans occidentaux sur le plan stratégique », ont écrit les ministres des Affaires étrangères de l’Autriche, la Croatie, la République tchèque, l’Allemagne, la Grèce, l’Irlande, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Neuf États membres de l’UE ont appelé le chef de la diplomatie européenne Josep Borrel à amorcer une discussion stratégique avec les Balkans occidentaux au cours du Conseil des Affaires étrangères (CAE) prévu en avril.

« Nous pensons qu’il est grand temps d’analyser les Balkans occidentaux sur le plan stratégique », ont écrit les ministres des Affaires étrangères de l’Autriche, la Croatie, la République tchèque, l’Allemagne, la Grèce, l’Irlande, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie.

Dans cette lettre consultée par Euractiv, datée du 5 mars, les représentants susmentionnés avancent qu’« énormément de changements » sur le plan politique se sont opérés dans la région des Balkans depuis la dernière discussion sur l’élargissement du bloc en août 2019.

Le processus d’élargissement de l’UE a connu un nouvel élan depuis le printemps dernier, lorsque la Macédoine du Nord et l’Albanie ont reçu le feu vert des ministres européens afin d’amorcer les négociations d’adhésion plus tard cette année.

C’était sans compter le veto imposé par la Bulgarie en automne sur les négociations d’adhésion avec la Macédoine en raison de dissensions sur le plan historique et langagier.

Le veto de la Bulgarie a également touché l’Albanie, étant donné que les États membres de l’UE voyaient l’entrée de Skopje et Tirana comme un « arrangement global ». Le manque de progrès concrets joue en faveur des pays occidentaux, notamment la France, où la population se veut de plus en plus sceptique face à l’élargissement de l’UE. Reste à voir comment se traduira ce phénomène lors des élections présidentielles de 2022.

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Une nouvelle étude révèle que 59 % des citoyens français ne voient pas d’un bon œil l’adhésion des Balkans occidentaux à l’UE. Surtout, elle révèle une méfiance croissante à l’égard de l’ensemble du bloc.

Bien que l’UE soit le plus gros donateur et partenaire commercial des Balkans occidentaux, les efforts de rapprochement entre les deux parties ont connu quelques ralentissements. Si le bloc appelle les pays concernés à introduire des réformes en leur sein, ces derniers se montrent quelque peu réticents à cet égard.

« La pandémie n’a fait qu’exacerber des tendances existantes, y compris sur le plan géopolitique. D’autres acteurs sont prêts à intervenir dans les affaires régionales, et ce souvent à nos dépens », ont mis en exergue les neuf ministres européens des Affaires étrangères, faisant référence aux lacunes de l’UE en matière de soutien à la région des Balkans au fil de la crise sanitaire.

Les Balkans occidentaux (l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, le Monténégro, la Macédoine du Nord et la Serbie) ont éprouvé des difficultés à accéder aux vaccins contre la Covid-19 et accuseront donc un retard significatif par rapport aux efforts des 27 pour atteindre l’immunité collective grâce à son processus vaccinal de masse.

« Même si l’UE a mobilisé des montants considérables pour venir en aide à la région, d’autres acteurs ont été plus efficaces dans leurs actions, et ils ont donc sapé notre crédibilité et la perception de notre solidarité », ont souligné les signataires.

Dans un communiqué séparé, le ministère croate des Affaires étrangères a soulevé qu’il était « primordial pour assurer sa crédibilité que Bruxelles adopte une approche globale face aux défis de la région, étant donné que le bloc représente son partenaire le plus important ». Le document appuie également la nécessité « d’aider la Bosnie-Herzégovine à améliorer sa stabilité ».

Les opposants ont souvent laissé entendre que « la diplomatie du masque et des vaccins » de la Chine visait à tisser des liens étroits avec les Balkans occidentaux, à une époque où la coopération avec Bruxelles et Washington s’enlisait.

« L’Union européenne devrait non seulement focaliser son attention sur l’élargissement, mais aussi sur les politiques étrangères de la région », estiment les neuf ministres des Affaires étrangères, soutenant que l’UE devrait réfléchir « à la façon d’aborder les développements internes sur place et les actions des acteurs tiers ».

Un représentant de l’UE proche du dossier a également fait la lumière sur l’importance du caractère proactif du bloc dans la région.

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« Tous les Balkans occidentaux disposent d’un statut différent en matière d’intégration européenne, mais il s’agit ici de leur permettre de progresser, de lancer les négociations. Nous savons tous que le chemin est long, qu’il sera semé d’embûches, mais il faut que ces pays prennent part à la procédure [d’élargissement]. »

« Si nous n’agissons pas, nous autorisons d’autres acteurs à exercer leur influence politique et économique dans la région, ce qui n’est pas dans notre intérêt », a mis en garde le diplomate.

Dans leur missive, les ministres ont également noté que sous l’administration Biden, « les États-Unis se préparaient à renouer avec la région », ajoutant que « toute coopération étroite avec Washington, notre partenaire clé, nécessitait l’adoption d’une position commune ».

Au cours du mandat de l’ancien président américain Donald Trump, le Kosovo et la Serbie avaient conclu un accord en vue de normaliser les relations économiques, sans intervention notable de l’UE.

À Bruxelles, les représentants espèrent désormais que cette « réinitialisation » transatlantique permettra également de raviver le dialogue mené par l’UE avec Belgrade et Pristina, la condition sine qua non pour que les deux pays fassent avancer leur procédure d’adhésion.

La semaine dernière, le président américain Joe Biden et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se sont entretenus lors d’un appel téléphonique. À cette occasion, les deux leaders ont accepté de coordonner leurs efforts dans la région des Balkans occidentaux.

La Pologne, généralement fortement opposée à la politique d’élargissement de l’UE, ne fait pas partie des signataires, mais un diplomate polonais a déclaré dans un entretien avec Euractiv qu’il était de « pratique commune pour les États membres de présenter leurs attentes sous différents formats et configurations ».

« La Pologne soutient la politique d’élargissement de l’UE. La procédure d’élargissement est un instrument essentiel pour mettre en avant la sécurité dans les Balkans occidentaux, ce qui signifie également la sécurité en Europe. C’est la raison pour laquelle nous soutenons les points inscrits dans la lettre rédigée par la Slovaquie », a-t-il conclu.

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