Bruxelles « condamne » les « propos injurieux » du Premier ministre slovène visant une journaliste

Le Premier ministre slovène Janez Jansa lors d'un sommet européen le 10 décembre 2020. [EPA-EFE/JOHN THYS / POOL]

La Commission européenne a condamné jeudi les « propos injurieux » du Premier ministre slovène Janez Jansa à l’encontre d’une journaliste du média Politico, dont il n’avait pas apprécié un article sur les atteintes à la liberté de la presse dans son pays.

Le dirigeant conservateur a accusé sur Twitter cette journaliste du bureau bruxellois du média en ligne américain, « d’avoir reçu l’instruction de ne pas dire la vérité » et d’être partiale. Il s’en est pris à Politico et a également critiqué plusieurs personnes, dont une correspondante du New York Times, qui prenaient la défense de la journaliste.

« Bien sûr nous n’acceptons pas et nous condamnons les propos injurieux à l’égard de journalistes y compris dans ce cas précis », a déclaré le porte-parole de la Commission Éric Mamer, en réponse à des questions lors du point de presse quotidien.

En réponse, M. Jansa, dont le pays doit prendre la présidence semestrielle de l’UE en juillet, a réfuté les allégations d’atteintes à la liberté de la presse. « Nous accueillerons avec joie toute délégation de n’importe quelle institution qui essaierait de prouver que les grands médias sont sous le contrôle du gouvernement », a-t-il lancé sur Twitter. « Nous n’aurions probablement besoin que d’une visite de quelques heures (…) pour clarifier les choses ».

Il a aussi émis des doutes sur le fait que la Commission européenne s’était directement prononcée sur le sujet, s’en prenant à des médias slovènes. « Ils ont dû l’inventer eux-mêmes #fakenews », a-t-il écrit, tout en relayant un message qualifiant l’article de Politico de tissu de « mensonges ».

« Pressions » 

Interrogé sur ce que pouvait faire la Commission, le porte-parole a indiqué qu’il n’était pas possible de lancer une procédure d’infraction – pouvant mener à la saisine de la justice européenne -, « contre un tweet ». « Nous avons d’autres moyens d’action », a-t-il poursuivi, citant le rapport sur l’État de droit dans chaque pays de l’UE, dont la première édition a été lancée en septembre dernier.

Ce rapport soulignait notamment qu’en Slovénie « les journalistes sont fréquemment victimes de harcèlement ou de menaces en ligne, qui ne sont que rarement sanctionnés par le système de justice ».

C’est « pour nous une base pour évaluer la situation dans les États, et mener un dialogue avec les États membres », a indiqué le porte-parole de l’exécutif européen.

Il a aussi cité le plan d’action pour la démocratie, indiquant que la Commission ferait cette année « des propositions spécifiques pour défendre l’exercice du métier de journaliste dans les États membres et notamment protéger les journalistes par rapport à des procédures judiciaires abusives ».

La Commission avait en janvier mis en garde contre toute tentative de « pressions » sur les médias dans ce pays de deux millions d’habitants, après une décision de Ljubljana de suspendre le financement de l’agence de presse nationale STA. Le gouvernement slovène avait finalement autorisé les subventions après les remontrances de Bruxelles.

L’agence de presse avait été qualifiée de « honte nationale » par Janez Jansa, proche du Hongrois Viktor Orban et rare soutien de Donald Trump dans l’UE. Sur Twitter, le dirigeant s’en est aussi pris aux médias remettant en cause sa gestion de la pandémie de coronavirus.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer