«L’Europe à deux vitesses serait synonyme d’apartheid»

Peter Kourombashev [Georgi Gotev]

L’eurodéputé bulgare Peter Kouroumbashev (S&D) a comparé l’idée d’une Europe à deux ou plusieurs vitesses, préconisée par la Commission européenne, à l’apartheid. Pour lui, ce projet pourrait même détruire l’Union.

Lors de son intervention sur Nova TV, une chaîne publique bulgare, le 4 mars, Peter Kouroumbashev a affirmé que si certains scénarios de la Commission sur l’avenir de l’Europe étaient mis en application, il ne serait pas surpris de voir le Parlement européen installer dans la foulée « des toilettes séparées pour les Européens de l’Est ».

Peter Kourombashev a intégré le Parlement européen récemment, remplaçant Iliana Iotova, élue vice-présidente de Bulgarie en novembre dernier. Dans son pays, l’eurodéputé est connu pour son sens de l’humour, qu’il a mis au service de la première émission satirique de la télévision bulgare, « Ku-ku », dont il est producteur et co-fondateur.

L’émission  est devenue célèbre au niveau international en 1991. « Un événement » advenu à la centrale nucléaire de Kozlodui relaté dans une parodie avait été pris au sérieux par certaines grandes agences occidentales, qui l’ont présenté comme une catastrophe nucléaire.

Peter Kurumbashev a un CV hors du commun pour un eurodéputé socialiste bulgare. À l’origine, il était l’un des dirigeants des Sociétés indépendantes d’étudiants, un groupe d’opposition au Komsomol, et comptait parmi les fondateurs de l’Union des forces démocratiques (UFD), la force anti-communiste historique. Élu député du Parti socialiste à deux reprises, il a également été conseiller municipal à Sofia.

L’eurodéputé a été invité à s’exprimer sur les « cinq scénarios » sur l’avenir de l’Europe présentés la semaine dernière par Jean-Claude Juncker comme une base pour de futures discussions dont les conclusions devraient être tirées d’ici décembre.

>> Lire : Le blocage de la TTF illustre la difficulté d’une UE à plusieurs vitesses

« L’Europe a peut-être décidé au 21e siècle d’introduire une sorte d’apartheid moderne sur son continent », a déclaré l’eurodéputé en se référant aux tentatives de « formaliser » les inégalités existantes au sein de l’UE en ajoutant de nouvelles couches au processus de prise de décision. Il a également affirmé de manière catégorique que de telles dispositions finiraient par « détruire l’UE ». « Après la crise migratoire, les attentats terroristes, le Brexit, etc., l’Europe à deux vitesses ne serait qu’une atteinte supplémentaire à l’unité de l’UE, venant cette fois-ci de l’intérieur. »

Il a notamment fait référence à l’idée proposée par le chef du groupe des libéraux (ALDE), Guy Verhofstadt, d’introduire un système conférant aux membres de la zone euro un plein droit de vote, tandis que les autres pays ne bénéficieraient que d’un pouvoir de « vote consultatif non contraignant ».

« En résumé, M. Verhofstadt veut nous donner le statut de visiteur du Parlement européen. C’est tellement généreux de sa part », a lancé ironiquement Peter Kouroumbashev. Cette possibilité se retrouve en effet dans une récente proposition de résolution du Parlement européen rédigée par Guy Verhofstadt, qui se base sur la prétendue nécessité de changer les traités.

>> Lire : Changer ou non les traités, être 27 ou moins : le débat fait rage

Peter Kouroumbashev a rappelé que la Bulgarie avait été à deux doigts d’adopter l’euro. La devise bulgare, le lev, est indexée sur l’euro (dans le passé elle était indexée au Deutsch Mark). Par ailleurs, cela fait plusieurs années que la Commission considère la Bulgarie apte à intégrer l’espace Schengen (elle remplit toutes les exigences techniques depuis au moins cinq ans). En réalité, ce sont les États membres qui, en raison de leurs calendriers électoraux, ont empêché à la Bulgarie et à la Roumanie d’intégrer l’espace Schengen.

Le livre blanc de Jean-Claude Juncker indique que les pays « désireux » d’adopter des formats d’intégration différents devraient pouvoir être en mesure de le faire, mais il ne dit rien au sujet des groupes de pays refusant d’intégrer d’autres États.

L’eurodéputé bulgare entend toutefois lutter contre les divisions artificielles et les tentatives de séparer les anciens et les nouveaux membres de l’Union sur la base de postulats infondés.

Peter Kouroumbashev a par ailleurs confié à Euractiv que si la Bulgarie comptait parmi les pays les plus pauvres de l’Union, elle était certainement plus pro-européenne que la plupart de ses membres fondateurs, si ce n’est tous. « Après des propositions de ce genre, il sera difficile de maintenir une position pro-européenne dans mon pays », a regretté l’eurodéputé. Il a ajouté que le rêve de sa génération et des étudiants des années 1990 était celui d’une Europe unie.

« Ils nous offrent maintenant non pas un rideau de fer, mais un rideau de soie », a-t-il déploré, précisant que ceux qui tentent de pousser la Bulgarie vers la Turquie ou la Russie ne peuvent que bénéficier de telles politiques.

D’après lui, il est peu probable que la Bulgarie, qui prendra la tête de la présidence tournante du Conseil de l’UE à partir du 1er janvier 2018, encourage ses voisins des Balkans occidentaux à « intégrer l’UE en tant que membre de deuxième classe qui ne pourrait qu’émettre des avis non contraignants ».

Il a aussi pointé du doigt la moins bonne qualité des aliments vendus aux pays d’Europe centrale et orientale par les multinationales. Au sein de l’UE, de laquelle font désormais partie la plupart des États d’Europe de l’Est, cette pratique est légale tant que les ingrédients sont déclarés. Peter Kouroumbashev voit évidemment la situation d’un autre œil. Il affirme ironiquement que la vente d’aliments différents pour les Européens de l’Est mènerait « naturellement » à l’installation de toilettes séparées pour les eurodéputés de cette région.

« Les dirigeants européens aiment s’enquérir des paroles de Robert Schuman et d’Altiero Spinelli, tout comme le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, aime rappeler la mémoire du fondateur de la République turque moderne, Mustafa Kemal Atatürk. Or ce qu’ils disent est plutôt contraire au patrimoine historique », a-t-il déclaré.

>> Lire : Juncker luttera pour «plus d’Europe» après le Brexit

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.