Comment les « quatre radins » font patiner les négociations sur le budget

Marke Rutte, le Premier ministre néerlandais, mène le front des "frugaux". Photo EUCO

Marke Rutte, le Premier ministre néerlandais, mène le front des "frugaux". Photo EUCO

Ils s’appellent eux-mêmes les « frugal four », ou quatre radins : les Pays-Bas, la Suède, l’Autriche et la Suède ne veulent pas consacrer plus d’1% de leur PIB au budget européen. Le budget pluriannuel, pour la période 2021-2027, est en sursis.

Dès le début du sommet européen, jeudi 20 février, des divergences majeures sont apparues entre les différents pays à propos du futur budget européen.

À la lumière de ces désaccords, le président du Conseil européen, Charles Michel, a tenté de lancer un cycle de consultations bilatérales entre les 27 chefs d’État après 20 heures. Une façon d’avouer que les désaccords sont profonds. Les discussions à deux se sont poursuivies toute la nuit, Charles Michel n’ayant réussi à parler qu’à la moitié des 27 représentants de l’UE avant minuit. Mais concilier les positions des 27 n’est pas une mince affaire : le club des 4 radins, qui sont des contributeurs nets au budget européens, s’arque-boute sur une position dure : ils ne veulent consacrer moins d’argent au budget européen.

Le Parlement européen durcit le ton sur le budget de l’UE

Le Parlement européen veut un budget de l’UE ambitieux et  être davantage impliqué dans la prise de décisions post-Brexit. Sous peine de rejeter cet instrument financier clé.

Soit 1 % du revenu national brut, ou 1 000 milliards d’euros pour les sept prochaines années. Charles Michel propose des dépenses de 1 094 milliards d’euros (1,074 % du RNB de l’UE).

Les partisans d’une politique de cohésion solide, qui plaident aussi pour une Europe plus intégrée, souhaiteraient un budget plus important.

 La bataille du budget s’envenime

Jeudi soir, il n’était pas clair si Michel proposerait une nouvelle «boîte de négociation» vendredi ou s’il proposerait des paramètres modifiés sur lesquels les envoyés nationaux pourraient travailler et qu’ils pourraient développer plus tard.

Dans la salle de presse du sommet de l’UE, la rumeur commençait déjà à circuler qu’un autre sommet pourrait être convoqué début mars pour tenter de sortir de l’impasse, même si l’entourage du président du Conseil européen évoquait plutôt une réunion à rallonge.

Les Pays-Bas, l’Autriche, le Danemark et ont rejeté toutes les propositions.

« Il est très clair que les États membres sont très éloignés les uns des autres », a déclaré le Premier ministre suédois Stefan Löfven.

Dans le même temps, la proposition de budget de Michel a été critiquée comme étant insuffisante pour les bénéficiaires nets de l’Europe du Sud et de l’Est, qui bénéficient largement des politiques agricole et régionale du bloc. Ces deux domaines politiques ont été réduits de 14 % et 12 % dans le cadre du plan de Michel.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a qualifié la proposition de M. Michel de «très décevante», non seulement pour l’Espagne mais aussi pour l’UE dans son ensemble. Selon lui, le projet de boîte de négociation de Michel est encore «pire» que la proposition présentée par la Finlande lors de sa présidence du Conseil en décembre.

La  France a critiqué la proposition pour ne pas avoir tenu compte de l’aspiration du bloc à un renouveau de la puissance géopolitique après Brexit. « Nous ne pouvons pas nous mettre d’accord sur un certain nombre d’ambitions et puis, le jour où nous devons nous mettre d’accord sur les ressources, dire que nous n’y sommes pas », a soutenu le président Emmanuel Macron.

Débat sur les rabais

«Un collègue m’a demandé quelle est la bonne position entre les pays radins et les pays plus ambitieux. J’ai répondu le Luxembourg», a déclaré le Premier ministre Xavier Bettel aux journalistes à son arrivée au sommet. «C’est-à-dire : être ambitieux mais nous devons être prudents car il s’agit d’argent public et nous devons en prendre soin», a-t-il ajouté.

Les «quatre radins» négociaient en bloc, ont confirmé des sources de l’UE, et ils se sont battus non seulement pour limiter le plafond des paiements à 1% mais aussi pour maintenir leurs rabais.

Un haut fonctionnaire de l’UE a clairement indiqué que les deux étaient incompatibles. «La Suède et les Pays-Bas ont des rabais disproportionnés», a souligné le fonctionnaire, en précisant que la Commission européenne avait proposé de supprimer progressivement tous les rabais à la suite du départ de la Grande-Bretagne de l’UE.

Si une certaine forme de rabais est maintenue, ils devraient être dégressifs et totalement transparents, a déclaré le fonctionnaire, suggérant qu’ils pourraient prendre la forme d’un «montant forfaitaire» au lieu de calculs complexes qui font du système actuel de rabais «une jungle d’intransigeance».

Une source de l’UE a confirmé vers minuit que toutes les questions controversées restaient sur la table, y compris le plafond des dépenses, les priorités, les rabais et la nouvelle conditionnalité de l’État de droit pour accéder aux fonds de l’UE.

Entre-temps, le président du Parlement européen, David Sassoli, a clairement indiqué que les députés européens rejetteront très probablement la proposition actuelle de budget pluriannuel.

Il a déclaré : «Je dois vous avertir que le Parlement européen n’acceptera pas n’importe quel accord. Une très large majorité de députés européens est prête à rejeter toute proposition qui ne prendrait pas en compte la position du Parlement».

L'épineuse négociation du premier budget de l’UE post-Brexit

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