La Commission européenne appelle à une sortie coordonnée du confinement

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, lors d'une conférence sur l'impact de la crise sanitaire le 2 avril 2020. [EPA-EFE/FRANCOIS LENOIR]

L’assouplissement des mesures de confinement doit être fondé sur des preuves, graduel et coordonné entre les États membres, selon un document de la Commission européenne qu’Euractiv a pu consulter.

Dans une feuille de route sur la stratégie de sortie des gouvernements, qui doit encore être amendée avant d’être présentée ce mercredi 15 avril, l’exécutif européen appelle les États membres à avertir « à temps » les autres pays de l’UE et la Commission elle-même de tout assouplissement des mesures de confinement.

« Le manque de coordination quant à la levée des mesures de restriction risque d’avoir des conséquences négatives sur tous les États membres et pourrait causer des tensions politiques », prévient la Commission.

En ce qui concerne les restrictions de voyage et les contrôles frontaliers au sein de l’espace Schengen, l’exécutif européen conseille de rouvrir les frontières « dès que la situation épidémiologique entre régions limitrophes [s’harmonise] et que les règles de distanciation sociale sont appliquées largement et sérieusement ». Il enjoint par ailleurs les pays voisins à rester en contact étroit.

La réouverture des frontières extérieures à l’Union fera partie de la deuxième phase d’assouplissement des mesures et devra tenir compte de l’évolution de la maladie à l’étranger.

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a vivement critiqué les États membres pour leur manque de coordination et de solidarité au début de la pandémie, qui a durement touché certains pays comme l’Italie, l’Espagne et la France.

Alors que les mesures de confinement commencent à porter leurs fruits, la Commission souhaite garantir une sortie coordonnée de l’isolement — une décision qui dépend in fine des capitales nationales.

Lundi 13 avril, la France a annoncé prolonger le confinement jusqu’au 11 mai, tandis que l’Espagne a autorisé les travailleurs de secteurs non essentiels à reprendre leurs activités et l’Autriche a annoncé une réouverture progressive des petites entreprises.

Une sortie fondée sur des preuves

La Commission souligne que les mesures restrictives prises par les États membres pour ralentir la propagation du coronavirus ont sauvé des milliers de vies, mais ont aussi un coût socioéconomique élevé.

« Même si le retour à la normale sera très long, il est également évident que les mesures de confinement exceptionnelles ne peuvent durer indéfiniment », indique le document.

La Commission prévient que sa feuille de route ne donne pas le feu vert aux États membres pour lever les mesures restrictives, mais doit servir de guide pour y parvenir, à terme, de façon adéquate.

Certains pays européens commencent à lâcher du lest sur le confinement

Certains États membres commencent à lever des restrictions liées au confinement. L’Italie relance très partiellement ses activités. En Espagne, les salariés des secteurs « non essentiels » ont pu retourner au travail. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Avant toute chose, l’exécutif européen conseille aux États membres qui souhaitent alléger les restrictions d’attendre une baisse significative de la propagation du virus sur une période prolongée, mais aussi de disposer d’un système de santé suffisamment préparé — y compris les unités de soins intensifs — et d’une forte capacité à mener des tests à grande échelle et à détecter des anticorps.

Mais tant que le coronavirus continuera à circuler et avant qu’un vaccin ne soit développé, tout assouplissement des mesures fera augmenter le nombre de cas, prévient la Commission. Raison pour laquelle ces démarches doivent être surveillées.

L’exécutif prévoit de créer un point de contact pour les gouvernements et chargera le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) de développer une approche conjointe pour tout futur confinement, « compte tenu des leçons apprises jusqu’à présent ».

La feuille de route précise aussi qu’un cadre pour les applications de géolocalisation devrait être mis en place.

Selon le document, de telles applications « peuvent aider à contrôler [la contamination] plus rapidement et plus efficacement que des mesures générales de confinement ». « [Elles] peuvent réduire le risque de propagation massive du virus » et devraient constituer un « élément important » de la stratégie de sortie.

La Commission note que le suivi rapproché des citoyens par leurs smartphones doit s’effectuer de façon volontaire, reposer sur le consentement et respecter les normes de confidentialité et de protection des données de l’UE. Elle ajoute que de tels logiciels de géolocalisation peuvent uniquement exploiter les données anonymes et doivent être désactivés dès la fin de la crise sanitaire.

Une sortie graduelle

Dans son esquisse de document, l’exécutif européen recommande aux États membres de lever les mesures de confinement de façon graduelle, en laissant un délai d’au moins un mois entre chaque étape.

Parallèlement, des mesures telles que la désinfection des lieux publics, la limitation du nombre de personnes dans les transports en commun et les magasins, l’organisation de classes plus petites ou la restriction des heures d’ouverture des restaurants — devraient être mises en place.

D’après le document, les personnes les plus fragiles, notamment les personnes âgées, devront être confinées plus longtemps. Les personnes qui ont contracté le coronavirus ou ont ressenti des symptômes bénins devront rester en quarantaine.

Dans une allusion voilée aux préoccupations grandissantes pour la démocratie, la Commission préconise de remplacer graduellement « les états d’urgence généraux [qui octroient] des pouvoirs spéciaux aux gouvernements » par des « interventions ciblées » , afin d’assurer la transparence démocratique et le soutien de l’opinion publique.

« Le bon déroulement d’une levée coordonnée des mesures de confinement au niveau européen déterminera aussi le calendrier et l’impact du plan de relance de l’UE », souligne la feuille de route.

La semaine dernière, les ministres des Finances de l’UE ont convenu de débloquer 540 milliards d’euros de fonds pour atténuer les répercussions économiques de la crise sanitaire. Les leaders européens s’entretiendront la semaine prochaine sur la portée des mesures et sur les moyens de financer la relance de l’économie une fois que la situation d’urgence aura pris fin.

Accord pour 540 milliards d'euros de mesures à l'eurogroupe

Après plusieurs tentatives infructueuses, les ministres des finances de l’UE ont convenu jeudi (9 avril) d’un paquet de 540 milliards d’euros pour soutenir les États membresdans la crise du coronavirus.

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