Coup d’envoi de la « super année électorale » allemande avec l’élection du nouveau dirigeant de la CDU

Réunis en congrès virtuel ces vendredi et samedi (15 et 16 janvier), les conservateurs de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) doivent élire le successeur d’Annegret Kramp-Karrenbauer à la tête du parti. Celui des trois candidats qui sortira vainqueur aura les meilleures chances de devenir le prochain chancelier d’Allemagne. [EPA-EFE/ADAM BERRY / POOL]

Réunis en congrès virtuel ces vendredi et samedi (15 et 16 janvier), les conservateurs de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) doivent élire le successeur d’Annegret Kramp-Karrenbauer à la tête du parti. Celui des trois candidats qui sortira vainqueur aura les meilleures chances de devenir le prochain chancelier d’Allemagne – et par là, l’un des plus puissants dirigeants européens. Si à première vue, leurs positions sur l’Europe semblent similaires, les divergences se cachent dans les détails. Un article d’Euractiv Alllemagne.

Demain, samedi 16 janvier, les 1001 délégués de la CDU éliront leur prochain dirigeant, première étape en Allemagne d’une « Superwahljahr » ou super année électorale. Les prochains s’organiseront autour de six élections régionales dans les 16 Länder que compte le pays, avant l’échéance ultime du 26 septembre 2021, date à laquelle les allemands éliront le successeur d’Angela Merkel.

Celui qui remportera la course pour tenir les rênes de l’un des derniers Volkspartei d’Europe aura de grandes chances de devenir le prochain chancelier allemand, et de facto, l’un des dirigeants les plus puissants en Europe et dans le monde. Les trois prétendants sont tous des hommes, pères de famille catholique et originaire du même Bundesland, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (ouest de l’Allemagne) : Armin Laschet, Friedrich Merz et Norbert Röttgen.

Remarque préalable : d’un point de vue purement technique, le président de la CDU ne devient pas automatiquement le candidat du parti conservateur à la chancellerie. Mais, c’est la tradition qui prime, du moins jusqu’à présent. Norbert Röttgen a ainsi souligné qu’il n’insisterait pas nécessairement sur une candidature au poste de chancelier, alors que l’ambitieux Ministerpräsident de la puissante Bavière, Markus Söder, pourrait porter les couleurs des conservateurs allemands. Le ministre de la Santé, Jens Spahn, colistier avec Armin Laschet fait également figure de candidat potentiel.

Politique fiscale : le réflex de morsure allemand

En ce qui concerne les pourtours d’une future politique européenne à définir, aucune différence majeure ne distingue les trois candidats sur les grands principes fondamentaux : « Ils sont tous proeuropéens, multilatéralistes et transatlantiques », décrypte Katja Leikert, vice-présidente du groupe parlementaire de la CDU, dans un entretien avec Euractiv Allemagne.

C’est dans les détails que les différences émergent ainsi que dans les positions défendues par le passé, notamment sur le plan de la politique fiscale. Pendant les semaines et les mois qui ont précédé la présentation du plan de relance pour l’Europe – qui donne le feu vert à la Commission européenne d’émettre des obligations communes pour le financer – des débats passionnés ont éclaté en Allemagne. Le principe d’une dette commune laissait ressurgir à la surface l’idée des euro-obligations mise sur la table pendant la crise de la dette grecque ; idée à laquelle la chancelière Angela Merkel et son parti avaient donné une fin de non-recevoir.

Cette fois, c’est Friedrich Merz qui s’est vivement opposé à l’idée d’une dette commune. « La solidarité ne peut consister à ouvrir rapidement de nouvelles sources de financement dès maintenant pour des problèmes qui existaient déjà avant la crise sanitaire », a-t-il expliqué en avril, en faisant référence aux États membres structurellement faibles de l’UE comme l’Italie ou l’Espagne. « La solidarité n’est pas une voie à sens unique ».

Norbert Röttgen a également rejeté le principe d’une mutualisation des anciennes dettes, mais a toutefois souligné qu’une aide était nécessaire. « Si les populations italiennes et espagnoles avaient le sentiment persistant qu’elles étaient abandonnées par les autres États européens après des années d’austérité et que les riches ne faisaient pas preuve de solidarité, alors nous serions très proches de l’échec de l’UE », a-t-il déclaré dans une interview en mai.

À rebours des ses deux concurrents, Armin Laschet avait quant à lui appelé dès 2011 à une franche discussion sur l’idée d’une union fiscale européenne structurée notamment par l’émission d’obligations communes, mais il n’avait guère été impliqué dans le débat sur les « coronabonds ».

En fin de compte, tous trois ont soutenu la décision relative au plan de relance pour l’Europe.

Climat : Bruxelles, chef d’orchestre

Parallèlement à la crise sanitaire du nouveau coronavirus, l’exécutif européen doit également s’attaquer à la crise climatique. Or, aucun des trois prétendants n’est considéré comme un grand politique du climat, et ce en dépit du fait que Norbert Röttgen ait déjà occupé le poste de ministre de l’Environnement (2009-2012). Friedrich Merz martèle que la lutte contre le réchauffement climatique ne doit pas se faire au détriment de l’économie, et le plan en dix points présenté tout récemment par Armin Laschet et son binôme Jens Spahn ne fait que mentionner brièvement la question du climat.

Sans surprise, pour les organisations allemandes de protection du climat, les positions des trois candidats en matière de lutte contre le réchauffement climatique et de transition vers une économie bas-carbone sont bien maigres. Elles aimeraient voir une campagne électorale en faveur du climat bien plus ambitieuse. « En onze mois de campagne, aucun des candidats de la CDU n’a présenté un plan qui permettrait au parti de respecter ses engagements internationaux en matière de protection du climat », a déclaré Nick Heubeck de Fridays for Future à Euractiv Allemagne. Il appelle le futur leader de la CDU à « prendre des mesures immédiates pour réduire significativement les émissions dans les mois et années à venir et à s’en tenir à la limite de 1,5 degré Celsius ».

Peu importe qui remportera la présidence de la CDU, le vainqueur devra tenir compte des paramètres politiques actuels en matière de lutte contre le réchauffement climatique : la montée en puissance des Verts – qui pourraient devenir la deuxième force la plus puissante du pays – et le leadership de Bruxelles, estime Ottmar Edenhofer, directeur et économiste en chef de l’Institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam (PIK).

« La musique se joue déjà à l’échelle européenne. Un chancelier allemand ne pourra pas se permettre de remettre en cause le Green Deal ou de faire baisser le niveau d’ambition », relève-t-il dans un entretien avec Euractiv Allemagne. Et sur le plan de la politique climatique, cet état de fait est positif, car il restreint toute tentative par un État membre de faire cavalier seul, précise le directeur du PIK. MM. Röttgen, Laschet ou Merz devront donc s’habituer à ne pas pouvoir faire de la politique climatique selon leur propre goût.

Politique étrangère : Norbert Röttgen le « faucon »

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, elle-même membre de la CDU et oratrice lors du congrès de son parti ce vendredi soir, entend vouloir mettre en place une « Commission géopolitique », capable de tenir tête aux États-Unis et à la Chine. La crise du nouveau coronavirus change la donne, mais pas suffisamment toutefois pour remettre en question la volonté de montée en puissance du poids politique de l’UE sur la scène internationale et bien évidemment vis-à-vis des deux grands pôles que sont Pékin et Washington.

Parmi les trois candidats, Norbert Röttgen peut se targuer d’être le meilleur expert en politique étrangère puisqu’il préside la commission des affaires étrangères au Bundestag. Sa position agressive envers la Chine est bien connue et aux États-Unis, on l’appellerait « le faucon ». De fait, il a récemment fait campagne pour une exclusion complète du fournisseur chinois de la 5G Huawei du marché allemand.

Les trois prétendants sont des transatlantiques convaincus, mais Friedrich Merz se démarque particulièrement dès lors qu’il est question des relations avec l’Oncle Sam : de 2009 à 2019, il a dirigé l’influente association Atlantikbrücke qui promeut les relations de l’Allemagne avec les États-Unis. Sa principale priorité est de retrouver de bonnes relations commerciales avec Washington. Aussi, l’Europe doit elle-même faire preuve d’initiative par exemple en ratifiant l’accord CETA avec le Canada, a-t-il soutenu dans une interview en janvier. « Si nous voulons parvenir à quelque chose avec l’Amérique en matière de politique commerciale, nous devons aussi montrer aux Américains que nous sommes prêts à faire quelque chose nous-mêmes. »

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