Crise entre l’Italie et la France : la stratégie populiste de la tension

Luigi di Maio et Matteo Salvini [EPA-EFE/ANGELO CARCONI]

Insultes, ingérences, manœuvres. Depuis quelques mois, c’est une idée fixe chez les deux principaux dirigeants italiens. Matteo Salvini et Luigi Di Maio ont fait de la France, et d’Emmanuel Macron en particulier, leur cible préférée. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Un jour en l’accusant d’hypocrisie sur les questions migratoires, ce qu’une majorité d’Italiens pense aussi d’ailleurs. Un autre en soutenant ouvertement le mouvement de contestation des Gilets jaunes et en exprimant le souhait qu’ils parviennent à renverser le président de la République.

Lorsqu’on est simple dirigeant d’une formation politique, c’est pour le moins rude et inamical. Mais lorsqu’en l’occurrence il s’agit des deux vice-présidents du Conseil, leader des deux partis qui gouvernent l’Italie depuis juin, le cadre est tout autre.

Le 21 janvier, Paris avait lancé un premier avertissement en convoquant au ministère des Affaires étrangères l’ambassadrice italienne, après des propos et des attaques d’une rare virulence. Hier, le langage institutionnel est monté d’un cran. L’ambassadeur de France à Rome a été rappelé pour consultations. C’est la première fois depuis juin 1940 et la déclaration de guerre de Mussolini.

Bien sûr, le parallèle s’arrête là, mais la gravité de la crise diplomatique en cours, qui plus est entre deux pays fondateurs de l’Union européenne, ne doit pas être sous-estimée. Le casus belli, c’est Luigi Di Maio qui l’a provoqué, en venant mardi en région parisienne rencontrer un groupe de Gilets jaunes, notamment Christophe Chalençon, qui appelait en décembre à une prise de pouvoir par l’armée. Et en les encourageant à « ne pas lâcher ».

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Souverainisme ou déstabilisation ?

Certes, le Mouvement 5 Étoiles de Luigi Di Maio cherche des alliés en Europe, et espère ainsi effacer ses déconvenues face au retour de la récession économique en Italie, ou masquer ses désaccords avec la Ligue de Salvini sur la LGV Lyon-Turin. Mais un vice-chef de gouvernement qui se déplace dans un pays allié et appelle la population à l’insurrection, voilà qui ne laissait guère d’autre choix au gouvernement français que de réagir fermement.

Matteo Salvini et Luigi Di Maio sont un curieux attelage, propulsés l’un vers l’autre par l’effondrement des partis traditionnels. Beaucoup de choses séparent ces deux hommes : leur électorat, leur programme économique, leur enracinement géographique au nord et au sud de la Péninsule. Mais une même rhétorique les unit, et une même stratégie sur les réseaux sociaux : celle de la recherche de l’ennemi, du bouc émissaire. Instrument efficace de mobilisation populaire, quand une société est exaspérée et appauvrie par dix ans de crise. Tantôt l’immigré en fait office, tantôt Bruxelles, tantôt Macron, morceau de choix.

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À bien y réfléchir, si l’on est vraiment souverainiste et qu’on invoque le peuple tous les trois mots, on ne va pas à Moscou chercher des soutiens comme l’ont fait la Ligue et le M5S (et d’autres…). On ne fait pas campagne chez le voisin, en l’occurrence gaulois. Le vrai visage de ces deux alliés de circonstance, c’est un projet non pas européen mais à l’échelle européenne. Celui de contribuer à déstabiliser le cadre existant par une fuite en avant dans la tension permanente, à l’image de leur fuite en avant budgétaire. Le clash diplomatique signifié hier par Paris a le mérite de faire tomber les masques, et de signaler à Rome que personne n’est dupe. Il n’est néanmoins qu’une étape dans une longue bataille politique qui ne fait, probablement, que commencer.

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