Prague dit oui à une défense commune, non à l’UE à plusieurs vitesses

Pour le Premier ministre, Bohuslav Sobotka, les Tchèques doivent avant tout déterminer si l'Europe à plusieurs vitesses leur serait avantageuse.

Les dirigeants européens se sont rencontrés à Rome le 25 mars  pour évoquer l’avenir de l’intégration européenne. Nombre d’entre eux restent circonspects, à l’image de la République tchèque. Un article d’Euractiv République tchèque.

« À l’heure actuelle, il est difficile de discuter des scénarios proposés par la Commission européenne. Je pense que les États membres, y compris la République tchèque, ont encore besoin de temps pour les analyser. Nous y travaillons », a déclaré aux eurodéputés le Premier ministre tchèque, Bohuslav Sobotka, du Parti social-démocrate ČSSD, lors d’une rencontre entre le sénat et un comité européen, la semaine dernière

La déclaration de Rome reste un document général et non spécifique, a-t-il affirmé. « Je suppose qu’il y aura un débat national intense concernant les intérêts nationaux. Je considère la proposition de la Commission comme une sorte de base technique. Ces scénarios auraient pu venir à l’esprit de tout un chacun », a-t-il ajouté.

Le groupe de Visegrád craint d'être déclassé dans une Europe à plusieurs vitesses

Les dirigeants du groupe de Visegrád ont présenté le 2 mars un programme commun sur leur contribution à la déclaration de Rome. Ils réaffirment leur idéal européen et rejettent l’idée d’une Europe à plusieurs cercles.

Europe à plusieurs vitesses ou coopération renforcée?

Pour le Premier ministre, Bohuslav Sobotka, les Tchèques doivent avant tout déterminer si l’Europe à plusieurs vitesses leur serait profitable.

Au début du mois, les conclusions du sommet des pays du groupe de Visegrád avaient été claires. L’Europe à plusieurs vitesses n’est pas le scénario préféré du groupe, mais le concept déjà existant de coopération renforcée pourrait être un bon compromis.

Le président de la Chambre basse du parlement tchèque, Jan Hamáček (ČSSD), n’en pense pas moins. D’après lui, les États ne devraient pas s’exprimer clairement sur leur scénario préféré. « Nous devrions simplement réfléchir à propos de ces scénarios », a-t-il indiqué à Euractiv, ajoutant que créer une Europe à plusieurs vitesses n’est certainement pas une bonne solution. Avec une exception cependant. « Je peux imaginer un domaine dans lequel une Europe à plusieurs vitesses pourrait être très utile : la politique de défense et de sécurité », a-t-il précisé.

Jan Hamáček a également souligné que la coopération en matière de défense entre certains États membres ne devait pas nécessairement aboutir à la création d’une armée européenne commune. D’après lui, il s’agit plutôt de « projets de plus petite envergure, tels que l’organisation d’entraînements communs et de missions de stabilisation ».

La coopération en matière de défense est une priorité

Il y a peu de chances que le gouvernement tchèque souscrive totalement au concept d’Europe à plusieurs vitesses soutenu par l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne.

Cependant, elle souscrit à l’idée d’une coopération renforcée, surtout pour la politique de défense. Cette solution pourrait être accepté non seulement par les pays de Visagrád, mais aussi par la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie, Chypre, Malte et peut-être d’autres.

« De la même manière que la Suède se concentrera sur la dimension sociale de l’Europe [dans le débat actuel sur une potentielle réforme de l’UE], la République tchèque aura également un domaine dans lequel elle exprimera une position claire », a fait savoir Jakub Dürr, ministre adjoint tchèque des Affaires étrangères.

Le parquet européen progresse enfin, mais à 19

Le projet de loi controversé visant à mettre sur pied un parquet européen avance, mais sans une dizaine d’Etats-membres. Une victoire de fait « l’Europe à plusieurs vitesses ».

En juin, Prague organisera une conférence sur la sécurité internationale, à laquelle assisteront le président de la Commission européenne et d’autres dirigeants européens. « Nous essayons de soutenir l’idée d’une politique de défense et de sécurité plus forte », a mentionné le Premier ministre lors du dernier sommet européen à Bruxelles.

« Restons en dehors »

Même si la plupart des partis politiques tchèques ne sont pas en faveur de l’Europe à plusieurs vitesses, le Parti démocratique civique (ODS) a une opinion différente.

« Bohuslav Sobotka ne veut pas d’une Europe à plusieurs vitesses. Nous, au contraire, somme en faveur de cette idée. Nous pensons même qu’il s’agit de la seule option réalisable pour l’avenir. Nous voulons rester en dehors de la zone euro, en dehors de la politique migratoire et d’asile commune, en dehors de l’armée commune européenne », a indiqué l’eurodéputé de l’ODS Jan Zahradil (CRE).

Les pays de Visegrád réclament une refonte de l’UE après le Brexit

Le sommet européen s’est poursuivi le 29 juin sans le Premier ministre britannique. La Pologne, la République tchèque, la Hongrie et la Slovaquie comptent demander une réforme complète de l’UE et de ses institutions.

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