«Dans la guerre des idées, la France a besoin d’être mieux armée», selon une étude

En Europe, seuls les Britanniques et les Allemands savent réellement utiliser les think tanks. C’est le constat dressé par un ouvrage récent sur l’action de ces «cerveaux de la guerre des idées».

« En France, le pouvoir politique ne fait a priori aucune confiance à la société civile ». Ce constat, dressé par Martine Royo et Stephen Boucher, auteurs d’un ouvrage sur les think tanks* et qui en présentaient la deuxième édition jeudi 5 février, explique la faiblesse de l’utilisation de ces laboratoires d’idées par le pouvoir politique en place. Une situation très différente de celle de la Grande-Bretagne ou encore des États-Unis, berceau de ces structures d’influence des idées politiques, au nom intraduisible en français.

Le goût historique de la France pour les clubs et les salons expliquerait l’incapacité des hommes politiques à utiliser la société civile comme une force susceptible de féconder sa pensée, expliquent les auteurs.

Corolaire à ce manque de confiance de l’État dans la société civile, cette dernière a tendance à se reposer sur le fait que l’État a ses propres think tanks. « Les chiffres du chômage sont donnés par l’INSEE. Aucun organisme privé en France n’est capable de porter la contradiction à ces données fournies par l’État, raconte Martine Royo. La société civile s’est laissée bercer par l’idée que l’État pouvait tout faire ». Une situation très différente en Allemagne par exemple. « Quand les grandes institutions privées allemandes publient leurs prévisions économiques, la Bundesbank tremble », poursuit Martine Royo.

Nicolas Sarkozy semblait pourtant avoir amorcé un changement lors de sa campagne présidentielle de 2007. A l’époque, Emmanuelle Mignon, l’ancienne directrice de cabinet du président, avait convoqué chercheurs, intellectuels, penseurs et membres de think tanks de tous bords politiques afin de constituer le programme du candidat.

« Si les idées proposées sont intéressantes, Nicolas Sarkozy n’utilise pas les think tanks en tant que tel, mais les chercheurs de manière individuelle, donc cela relativise leur pouvoir, analyse Martine Royo. Dans la guerre des idées, la France a besoin d’être mieux armée ».

« Mais il ne faut pas céder à la tendance bien française qui consiste à tout voir de manière négative », nuance Stephen Boucher, qui souligne que « certains d’entre eux réussissent à porter des idées ». Sans compter que la situation française s’explique aussi car la politique y est fabriquée par toute une série d’acteurs, tels que les syndicats, les clubs politiques ou les réseaux sociaux. Et certains think tanks sont très influents sur la scène internationale, à l’instar de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales), par exemple.

L’Europe compte près de 1200 think tanks, un chiffre « tout à fait respectable », selon les auteurs si on le compare aux 1750 existant aux États-Unis. Mais « la majorité des réservoirs d’idées européens se focalisent sur les problèmes nationaux. Ce qui n’a rien d’étonnant, les 27 membres du club européen n’ayant pas conscience de former un tout ».

Ironie du sort, ce sont bien les Britanniques, pourtant loin d’être les plus europhiles, qui comptent le plus de think tanks à Bruxelles et sont les plus influents auprès des institutions européennes.  

*Think Tanks, cerveaux de la guerre des idées, Stephen Boucher, Martine Royo, Editions Le Félin, février 2009, 157 pages, 13,90 euros

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