De Merkozy à Merkonti après les élections en France

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Si François Hollande remporte les élections présidentielles françaises dimanche, l’Italie pourrait contribuer à rééquilibrer le couple franco-allemand. Angela Merkel a déclaré hier (3 mai) que l’Europe a besoin « de courage politique et de créativité, et non de milliards d’euros », selon un reportage d’EURACTIV Italie.

« Il est important de se défaire de l'idée que la croissance est toujours coûteuse et doit passer par des programmes de relance onéreux », a déclaré Mme Merkel lors d'un entretien qui sera publié mercredi dans le quotidien Abendblatt.

Elle a ajouté que la remise sur pied de la zone euro dépendrait de l'assainissement des finances publiques et des réformes structurelles du marché de l'emploi et de l'éducation.

M. Hollande a promis de transformer le pacte budgétaire européen, axé sur la discipline, en « pacte de croissance ». Selon ses calculs, ces politiques coûteront 20 milliards d'euros supplémentaires en cinq ans.

Mario Monti, qui anticipe des tensions, a déclaré cette semaine que l'Italie pourrait aider la France et l'Allemagne à trouver « un nouvel équilibre » si M. Hollande remportait les élections.

« Nous [l'Italie] avons davantage de poids et, je l'espère, plus d'influence dans le contexte européen », a déclaré M. Monti lors d'un débat avec l'ancien économiste de la Banque mondiale Joseph Stiglitz organisé à Rome par le groupe de réflexion de centre-gauche FEPS. « Ce qui pourrait se passer en France est un facteur très important », a-t-il précisé.

Cette semaine, le Wall Street Journal a mis en exergue un blog suggérant que M. Monti pourrait devenir « le prochain partenaire (romain) de Mme Merkel ». L'hypothèse est la suivante : si M. Sarkozy perd les élections, la longue et fructueuse collaboration franco-allemande en Europe toucherait à sa fin, ou traverserait au moins une période d'ajustement. Le cas échéant, « Rome serait prête à remplacer Paris », explique le journal.

En réalité, il ne s'agit pas que d'une simple supposition journalistique. Au cours des derniers mois, M. Monti et son gouvernement ont construit un système d'alliance fondé sur une « géométrie variable ». Ce terme a été proposé par le ministre italien de la cohésion, Fabrizio Barca. Il désigne une politique destinée à ramener l'Italie au coeur de la stratégie européenne et à contribuer à « préserver l'influence de la Grande-Bretagne » qui a rejeté le pacte budgétaire.

Cette politique a été à la base de l'initiative visant à établir le marché unique, initialement signée par 12 chefs d'État et de gouvernement et transmise à la Commission et au Conseil la veille du dernier sommet européen. L’Allemagne et la France ne figuraient pas sur cette liste au départ, mais l’Allemagne et d'autres pays ont été convaincus de rejoindre les signataires, qui sont aujourd'hui au nombre de 21.

L'Italie a ensuite établi une alliance avec la Grande-Bretagne et la Pologne. Les points de vue anglo-saxon, d'Europe de l'Est et méditerranéen sur les fonds structurels ont ensuite été rapprochés. Enfin, une lettre a été rédigée par tous les contributeurs nets au budget de l'UE (à l'exception de la Grande-Bretagne) dans le but de renforcer le budget de l'Union. Mais l'Italie ne sera pas un partenaire forcément facile à vivre pour Mme Merkel. « Nous voulons mettre les Allemands à l'épreuve, d'une façon amicale, en les prenant par la main plutôt qu'en les menaçant », a déclaré à la presse italienne Enzo Moavero Milanesi, le ministre des affaires européennes.

Rome est décidée à obtenir le soutien de l'Allemagne quant à l'émission d'euro-obligation, même si la chancelière a bien précisé que cela ne serait possible qu'à l'issue d'une longue série de mesures d'austérité et de réformes structurelles.

Le quotidien italien La Repubblica a rapporté cette semaine que les parlements italien et allemand projetaient de ratifier le pacte budgétaire en même temps, un geste symbolique destiné à souligner les liens étroits qui qu'entretiennent les deux pays.

Le second tour des élections présidentielles françaises aura lieu le 6 mai prochain. Les sondages donnent François Hollande gagnant.

Ces élections pourraient entraîner de grands changements au sein de l'Union européenne. Si la France passe à gauche, le quasi-monopole du Parti populaire européen de centre-droit en Europe sera brisé.

Si le président sortant, Nicolas Sarkozy, décroche un second mandat, l'Europe pourrait avancer rapidement vers une Union à deux vitesses et une révision de Schengen qui pourrait entraîner l'exclusion de la Grèce et bloquer les futurs élargissements.

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