Les espoirs d’adhésion de la Macédoine du Nord refroidis

Hannes Ciamba [Council newsroom]

Une réunion cruciale entre ministres des affaires européennes mardi 18 juin s’est conclue par une énorme déception pour la Macédoine du Nord. Le pays espérait que l’accord historique conclu avec la Grèce sur son nom serait récompensé par un ticket d’entrée pour l’UE.

Les ministres européens réunis en Conseil des affaires générales le 18 juin à Luxembourg ont discuté de la possible adhésion de l’Albanie et de la Macédoine du Nord dans l’UE.

Ils ont décidé de repousser la décision d’ouverture des négociations en octobre 2019. Un coup dur pour les espoirs d’adhésion à l’UE de ces deux pays.

L’Albanie et la Macédoine du Nord avaient espéré que les ministres européens leur donneraient le feu vert lors de cette réunion, conformément aux recommandations de la Commission européenne.

Une décision positive aurait permis d’approuver officiellement les négociations d’adhésion à l’UE lors du sommet européen à Bruxelles les 20 et 21 juin.

Bruxelles veut ouvrir les négociations d’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine du nord

La Commission européenne préconise l’ouverture de négociations d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine du nord, qui ont « ont saisi l’occasion et ont réalisé des réformes ». Les États membres doivent cependant donner leur feu vert.

Au nom de la présidence roumaine de l’UE, le ministre des Affaires européennes, George Ciamba a déclaré avant la réunion que son pays avait redoublé d’efforts pour promouvoir le processus d’élargissement.

« La Roumanie s’efforce à présent de trouver la voie qui serait engageante, constructive et, dans le même temps, préserverait l’équilibre et l’importance stratégique des Balkans occidentaux pour l’Europe. La stabilité de la région est un intérêt stratégique de l’Union », a-t-il déclaré.

Le ministre tchèque des Affaires étrangères, Tomáš Petříček, s’est également prononcé fermement en faveur de l’ouverture des négociations d’adhésion des deux pays des Balkans occidentaux. « Il est nécessaire d’envoyer le message clair que ces deux pays ont engagé de nombreuses réformes et rempli de nombreuses conditions exigées par l’UE. Désormais, c’est à nous de tenir notre promesse et de lancer les discussions d’adhésion », a-t-il commenté avant la session finale à Luxembourg.

La Macédoine du Nord a fait un pas de géant vers l’adhésion à l’UE en résolvant un conflit de plus de 27 ans sur son nom avec la Grèce. L’accord de Prespa de juin 2018 a ouvert la voie aux négociations d’adhésion à l’UE et l’OTAN, qui étaient jusqu’à présent bloquées par la Grèce.

Rappelant que le Conseil des ministres avait lieu au moment du premier anniversaire de l’accord de Prespa, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a affirmé qu’il était temps que l’UE réponde aux espoirs d’adhésion de la Macédoine du Nord.

Un accord historique réconcilie Grèce et Macédoine

Grèce et  Macédoine ont signé un accord préparant un changement de nom historique, qui clôt un conflit bilatéral et ouvre la voie de l’OTAN et de l’UE à Skopje.

 

Les conclusions du Conseil des affaires générales ne vont toutefois pas dans ce sens. « Le Conseil se félicite vivement de l’accord historique de Prespa, qui représente un accomplissement majeur, et donne un exemple positif pour la région et au-delà. Il salue le courage et la détermination des parties impliquées. »

Le Traité de bon voisinage avec la Bulgarie, signé par Skopje avant l’accord de Prespa, a également été salué par le Conseil. Dans le cas de l’Albanie, les espoirs d’ouverture des négociations d’adhésion ont encore plus été douchés.

La Conseil prendra la décision sur les négociations adhésion de l’Albanie d’ici à octobre. L’une des raisons de ce report sont les luttes intestines qui rongent le pays, et que certains interprètent comme un signe d’immaturité en termes de normes démocratiques.

Skopje s’approche des négociations d’adhésion, l’Albanie s’en éloigne

Les États membres vont repousser à septembre la décision d’ouverture des négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord et de l’Albanie. Toutes les capitales sont prêtes à donner leur feu vert à Skopje, mais pas encore à Tirana.

« Nous ne pouvons pas ignorer la situation politique nationale, qui influence l’opinion de certains États membres. Nous espérons que la période d’ici à octobre leur permettra de changer d’avis », a commenté George Ciamba.

« C’est aussi une sorte de sonnette d’alarme pour tout le monde en Albanie, pour le gouvernement et aussi l’opposition », a ajouté Johannes Hahn, commissaire européen en charge de l’élargissement.

Lors du Conseil des ministres, les Pays-Bas ont confirmé leur position de plus farouche opposant à l’élargissement de l’UE. Le parlement néerlandais a de sérieux doutes concernant l’adhésion de l’Albanie, à cause de la corruption et du crime organisé dans le pays. La France estime pour sa part que l’UE doit d’abord renforcer ses institutions et son processus décisionnel avant de s’agrandir.

Johannes Hahn a contesté la position française, en déclarant que la cohésion interne de l’Europe et l’élargissement n’étaient pas des processus distincts « qui s’effectuent l’un après l’autre ». Selon lui, les deux peuvent être menés en parallèle.

Le Conseil a toutefois salué les progrès réalisés par l’Albanie et la Macédoine du Nord pour réformer leur système judiciaire, lutter contre la corruption et s’attaquer au crime organisé ainsi qu’au blanchiment d’argent.

Chypre a pour sa part prévenu qu’il utiliserait son véto contre toute décision d’élargissement à condition que l’UE prenne des mesures contre la Turquie, qui mène actuellement des activités illégales de forage dans sa zone économique.

La position de Nicosie a été critiquée par le ministre italien des Affaires étrangères, Enzo Moavero Milaneso, qui a déclaré à Reuters que les problèmes soulevés par Chypre n’avaient « rien à voir avec l’élargissement. »

En fin de compte, le Conseil des ministres n’a servi qu’à exacerber les divisions entre les États membres sur l’élargissement de l’UE aux pays des Balkans occidentaux.

Leur processus d’adhésion en suspens, ces pays se tournent vers d’autres acteurs étrangers comme la Russie, la Turquie et la Chine, qui investissent massivement dans la région.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.