Donald Tusk déclare la guerre aux « populistes »

EPA-EFE/PATRICK SEEGER

Le président sortant du Conseil européen Donald Tusk a déclaré la guerre aux « autocrates » et aux « populistes » le 20 novembre à Zagreb en prenant la tête d’une droite européenne qui tente de se relancer après ses récents reculs électoraux.

Avec l’ancien Premier ministre polonais aux commandes, la grande famille du PPE largement dominée par les chrétiens-démocrates de la chancelière allemande Angela Merkel cherche à s’affirmer, en particulier face au président français Emmanuel Macron, très présent sur le devant de la scène européenne.

Le Parti populaire européen reste la formation la plus importante du Parlement européen, mais il veut se remettre en selle après les élections de mai. Celles-ci ont montré une érosion des deux grands partis traditionnels, PPE et sociaux-démocrates, au profit des Libéraux, des Verts ou de l’extrême droite et des populistes.

Donald Tusk, 62 ans, personnalité connue sur la scène européenne, a été élu dans la soirée président du PPE par les délégués réunis dans la capitale croate, sans surprise puisqu’il était seul candidat.

« En aucun cas, nous ne pouvons abandonner la sphère de la sécurité et de l’ordre aux populistes politiques, aux manipulateurs et aux autocrates qui font croire aux gens que la liberté n’est pas compatible avec la sécurité », a-t-il martelé.

Dans une attaque à peine voilée contre le Premier ministre hongrois Viktor Orban, il a évoqué la crise des migrants de 2015 et l’accord conclu entre l’UE et la Turquie pour réduire les flux migratoires après des « centaines d’heures de négociations ».

Cependant « quelqu’un d’autre a également travaillé dur, mais seulement pour défendre sa façon de présenter les choses, érigeant une clôture et des panneaux avec de la propagande anti-immigration », a-t-il dit.

La Hongrie avait érigé en 2015 une clôture partiellement électrifiée le long de ses frontières pour barrer la route des migrants. Depuis lors, Budapest n’a cessé de durcir la législation anti-immigration, au prix d’un antagonisme croissant avec les institutions européennes.

Élargissement aux Balkans occidentaux

Les rapports entre le PPE et le parti Fidesz du dirigeant hongrois sont tendus. Le Fidesz a été suspendu en mars par le PPE après des déclarations populistes et anti-Bruxelles alors que certains réclamaient son exclusion pure et simple.

« Nous ne sacrifierons pas des valeurs comme les libertés civiques, l’état de droit et la décence dans la vie publique sur l’autel de l’ordre et de la sécurité », a poursuivi M. Tusk.

« Rassemblons-nous tous ensemble sur ce terrain de bataille politique très important, d’un côté les partis du populisme irresponsable et de l’autre, notre parti de la popularité responsable ».

Les congressistes ont également évoqué l’élargissement du bloc aux Balkans occidentaux, un mois après le refus de l’UE, sous l’impulsion de la France, d’ouvrir des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie.

Les eurodéputés dénoncent l'échec des négociations sur l'élargissement

Reporter les négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie serait une « grave erreur » selon Donald Tusk, mais aussi plusieurs eurodéputés.

Paris vient de proposer à ses partenaires de l’UE une réforme du processus d’adhésion.

« Nous devons maintenant discuter avec la France — et nous le ferons de manière très intensive — exactement quels éléments doivent être améliorés et modifiés dans le processus d’adhésion », a déclaré Mme Merkel en marge du congrès, après une rencontre avec le Premier ministre croate Andrej Plenkovic dont le pays assumera à compter de janvier la présidence tournante de l’UE.

La chancelière a souhaité « parvenir à un accord le plus rapidement possible » car « il ne faut pas que nous nous écartions de ce que nous avions promis ».

« C’est dans notre intérêt commun que les Balkans occidentaux aient une perspective européenne », a renchéri sa compatriote, la présidente élue de la Commission européenne Ursula von der Leyen. « Nous sommes à vos côtés, nous vous voulons près de nous ».

Beaucoup à Bruxelles craignent que la Chine, la Russie, la Turquie ou l’Arabie saoudite ne viennent combler le vide laissé par l’UE dans les Balkans et qu’une absence de perspective européenne ne fragilise encore plus cette région volatile.

Le chef du gouvernement croate a souhaité pour sa part que la situation soit « débloquée » lors du sommet qui réunira en mai à Zagreb UE et Balkans occidentaux.

Paris présente ses propositions de réforme sur l'élargissement

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