La Roumanie peut-elle entrer dans Schengen dans les mois qui viennent ?

epa07273832 Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker (C), accueilli par la Première ministre roumaine, Viorica Dancila (D), derrière le président du Parlement européen, Antonio Tajani (G), à leur arrivée à l’événement de lancement de la présidence roumaine du Conseil de l’UE, à Bucarest, le 10 janvier 2019. EPA-EFE/ROBERT GHEMENT [EPA-EFE/ROBERT GHEMENT]

Pour le président du Parlement européen, la Roumanie devrait accéder à l’espace Schengen durant sa présidence, d’ici le mois de juin. Les questions persistantes sur le respect de l’état de droit éloignent cependant cette perspective.

Lors d’un clinquant événement de lancement de la présidence roumaine, à Bucarest, le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a appelé les États membres qui continuent à bloquer l’accès de la Roumanie à la zone de voyage sans passeport de Schengen à « revoir leur position ».

Il a insisté sur le fait que Bucarest remplit tous les critères d’adhésion à l’espace « depuis plusieurs années », et que le pays devrait donc entrer dans Schengen dans les six mois à venir, tout comme son voisin bulgare.

Durant son discours, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a ajouté que « la place naturelle de la Roumanie est dans l’espace Schengen » et qu’il « restait fidèle à la promesse » faite en 2014 de soutenir Bucarest dans cette entreprise.

Réticences politiques plutôt que juridiques

Pour l’exécutif européen, la Bulgarie et la Roumanie sont toutes deux prêtes à rejoindre Schengen depuis des années. L’adhésion à cette zone ne dépend en effet théoriquement pas de critères d’état de droit ou du suivi s’appliquant aux deux pays, le mécanisme de coopération et de vérification, qui mesure notamment l’application du principe d’état de droit.

L’élargissement de cet espace doit cependant être accepté à l’unanimité par ses membres. Or, plusieurs, en particulier les Pays-Bas, souhaitent lier l’adhésion à Schengen avec les progrès réalisés dans le cadre du mécanisme de coopération et de vérification.

Le dernier rapport du mécanisme n’a pas été sans douleur pour Bucarest, ses auteurs soulignant un net recul dans plusieurs catégories, notamment celle des réformes de la justice.

En novembre, le président roumain, Klaus Iohannis, critique véhément du gouvernement social-démocrate en place et de ses tentatives de limiter les condamnations pour corruption, a carrément jugé que « la Roumanie [était] revenue au temps d’avant l’adhésion à l’UE ».

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La Roumanie n’ayant pas mis la question de son adhésion à Schengen au programme des discussions du Conseil, il semble peu probable que cela ait lieu dans les six mois à venir. De fait, dans un discours entièrement prononcé en roumain, le président du Conseil, Donald Tusk, n’a pas mentionné la question. Il a cependant souligné que « la manière dont nous envisageons notre avenir européen ensemble » était à présent entre les mains de la nouvelle présidence.

Attendre après les élections européennes de mai et la formation d’une nouvelle Commission pour se pencher sur le sujet n’est pourtant pas la meilleure option pour Bucarest. Les deux principaux candidats à la succession de Jean-Claude Juncker pourraient être peu désireux de soutenir son entrée dans Schengen.

Manfred Weber, Spitzenkandidat du PPE, le plus grand groupe au Parlement actuel, a récemment appelé à l’accession à Schengen de la Bulgarie et de la Croatie, sans mentionner la Roumanie. La Bulgarie espère rejoindre Schengen d’ici la fin du mandat de la Commission actuelle.

Pour sa part, Frans Timmermans, le candidat su S&D et actuel vice-président de la Commission, a régulièrement épinglé les violations à l’état de droit en Roumanie, en Pologne et en Hongrie.

La dernière chance de Bucarest de mettre son adhésion à Schengen sur le tapis sera donc le sommet sur l’avenir de l’Europe, qui aura lieu à Sibiu, en mai et clôturera les grandes actions du Parlement et de la Commission avant les élections.

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