En Italie, le gouvernement Conte prend officiellement ses fonctions

Giuseppe Conte avec ses vice-Premiers ministres Luigi Di Maio, Matteo Salvini et Giancarlo Giorgetti. [@EPA-EFE/ANGELO%20CARCONI]

Le nouveau chef du gouvernement populiste italien, Giuseppe Conte, a officiellement pris ses fonctions le 6 juin après le dernier vote de confiance du Parlement sur un programme tournant le dos à l’austérité, mais pas à l’Europe.

Après avoir obtenu mardi la confiance du Sénat, Giuseppe Conte a enregistré mercredi celle de la Chambre des députés, où la majorité gouvernementale est plus confortable, par 350 voix pour, 236 contre et 35 abstentions.

Le nouveau chef du gouvernement, qui assurait encore ses cours de droit il y a moins d’une semaine, doit désormais s’envoler pour sa première sortie internationale à l’occasion du sommet du G7 vendredi et samedi au Canada.

« La première chose pour l’Italie sera de se faire connaître, la seconde de se faire respecter », a-t-il déclaré à la presse.

Inconnu des Italiens avant d’avoir été choisi par le Mouvement Cinq Étoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite), Giuseppe Conte, 53 ans, avait prononcé le 5 juin devant le Sénat son discours de politique générale, défendant le programme de ce premier gouvernement populiste dans un pays fondateur de l’Union européenne.

Et s’il entend bien réduire l’énorme dette publique de l’Italie, la plus lourde par rapport au PIB dans la zone euro après celle de la Grèce, ce ne sera pas par des mesures d’austérité, a-t-il confirmé.

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Le premier gouvernement d’alliance entre un jeune mouvement antisystème et un parti d’extrême droite doit prêter serment le 1er mai à Rome, sous la direction de Giuseppe Conte, novice en politique, qui a promis une politique anti-austérité et sécuritaire.

Se voulant rassurant à l’égard des partenaires de l’Italie au sein de l’UE, ce professeur de droit privé a confirmé l’ancrage européen et atlantique de son pays.

Mais en ce qui concerne les missions de l’OTAN, il a introduit mercredi l’idée qu’elles seraient « examinées avec sérénité et prudence, au cas par cas ». Selon la presse, c’est avant tout pour des raisons budgétaires.

Mardi 5 juin, il avait réitéré sa volonté de mettre en œuvre une politique d’« ouverture » à l’égard de la Russie, un important partenaire économique des entreprises italiennes, conformément aux engagements de campagne de la Ligue comme du M5S, les deux « actionnaires majoritaires » de la coalition.

Axe Salvini-Orban

Le rappel de l’attachement à l’Europe n’est toutefois pas de nature à lever toutes les ambiguïtés, relevait le 6 juin le Corriere della Sera.

De quelle Europe parle en effet M. Conte quand son vice-Premier ministre Matteo Salvini, le patron de la Ligue, a fait savoir qu’il avait parlé avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban et que tous deux s’étaient promis de travailler ensemble pour « changer les règles » de l’UE ?

Certains responsables européens restent aussi dubitatifs face au coût des mesures fiscales, économiques et sociales prévues par le « contrat de gouvernement » signé par la Ligue et le M5S, dont Giuseppe Conte s’est dit le « garant ».

« Nous allons bien traverser l’été, mais il y aura des problèmes en automne même si le nouveau gouvernement ne met en œuvre que 50 % de ce qu’il a prévu », a d’ores et déjà prédit Klaus Regling, le patron du Mécanisme européen de stabilité (ESM), fonds mis en place par l’Union européenne pour venir en aide aux États membres en difficulté, cité par le quotidien allemand Handelsblatt.

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Face au potentiel chaos politique et financier que représentent les situations en Italie et en Espagne, le président de la Commission européenne envisage une réponse avant tout économique.

Et de ce point de vue, Giuseppe Conte a confirmé les objectifs contenus dans le « contrat » de son gouvernement : réduction de la fiscalité, lutte contre l’immigration clandestine, « revenu de citoyenneté » pour les plus pauvres, etc.

Mais il n’a pas donné de détails sur le financement de ces mesures qui pourraient représenter plusieurs dizaines de milliards d’euros. Et s’il a réitéré la volonté de son gouvernement d’instaurer une « flat tax », un impôt sur le revenu à 15 % et 20 %, il n’a donné aucune date. Idem pour le revenu de citoyenneté.

Pas de quoi rassurer les marchés financiers ou certains pays européens.

Mercredi (6 juin) devant les députés, il a de nouveau abordé de nombreux sujets sans lever ces doutes, évoquant le fait que son gouvernement n’était pas encore complètement constitué – il manque les vice-ministres et les secrétaires d’État – pour expliquer l’absence d’annonces concrètes.

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