Le PPE opte pour une suspension à l’amiable du Fidesz

Le parti Fidesz du Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a été temporairement suspendu de sa famille politique européenne [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Le PPE a décidé de suspendre et non d’exclure le parti hongrois Fidesz, accusé de violations du principe d’état de droit. Un compromis qui vise à préserver l’unité du parti avant les élections européennes.

Les délégués du groupe, dont certains membres de Fidesz, ont voté (190 pour, trois contre) la suspension du parti du Premier ministre hongrois. « S’il n’y avait pas eu de compromis, j’aurais quitté le PPE », a déclaré Viktor Orbán lors d’une conférence de presse qui a suivi le vote.

Avant le vote, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, ainsi que 13 partis du PPE, avaient demandé à ce que Viktor Orbán soit exclu du groupe. La présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, avait toutefois appelé à un compromis avant la réunion.  Le président du PPE, Joseph Daul, a partagé dans un tweet le contenu de l’article 2 de la proposition de la présidence à l’assemblée politique, expliquant que « la suspension implique de ne participer à aucune réunion de parti, de ne plus avoir de droit de vote, de ne plus avoir le droit de proposer des candidats pour des postes ». Fidesz ne sera donc plus présent aux réunions du PPE, à commencer par le sommet de ce jeudi.

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Une source présente lors de la réunion a expliqué qu’il avait fallu un après-midi de discussions pour que « la présidence du PPE et Fidesz se mettent d’accord sur la suspension du parti hongrois jusqu’à ce que le rapport de la commission d’évaluation soit prêt ». Cette même source a révélé qu’Annegret Kramp-Karrenbauer avait joué un rôle décisif lors de la médiation.

Le texte prévoit que l’évaluation soit effectuée par un comité dirigé par l’ancien président du Conseil Herman Van Rompuy l’ancien président du Parlement Hans-Gert Poettering et l’ancien chancelier autrichien Wolfgang Schuessel. Ce comité dit « des trois sages » sera chargé de surveiller que les trois conditions proposées par le Spitzenkandidat du PPE, Manfred Weber, seront bel et bien mises en place pour les élections européennes.

Ces conditions sont la suppression immédiate « des affiches et autres dispositifs utilisés pour la fausse campagne contre le président Jean-Claude Juncker, la reconnaissance du préjudice politique causé par sa campagne et la clarification de questions juridiques en suspens au sujet de l’Université d’Europe centrale. » Le chef de file de Fidesz a toutefois répondu qu’il « n’y a jamais eu de campagne anti-Juncker. Ce que nous avons en Hongrie, c’est simplement une campagne d’information. » Une remarque qui a suscité des rires dans la salle.

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Selon le texte, le comité d’évaluation sera également chargé d’évaluer le respect de l’état de droit et des « valeurs du PPE », ainsi que la mise en place de la résolution d’urgence du PPE sur « La protection des valeurs de l’UE et la sauvegarde de la démocratie ». La décision prend effet immédiatement, et le Premier ministre hongrois ne participera donc pas non plus à la traditionnelle réunion du groupe précédent le sommet.

Plus tôt dans l’après-midi, Manfred Weber avait soutenu la suspension de Fidesz dans l’attente de l’enquête sur le parti qui aura selon lui « une énorme portée politique ». Après le vote, le Spitzenkandidat a déclaré que le groupe avait pris une « décision claire » à la suite d’une « discussion franche, honnête et difficile ». « Le message était on ne peut plus clair, et je suis fier que le PPE ait pu montrer que ce n’était pas à Fidesz de décider de l’évolution du groupe », a-t-il ajouté.

Viktor Orbán a quant à lui décrit le résultat du vote de « bonne décision » et de « compromis ». « Fidesz souhaite rester membre du PPE. Un débat houleux au sein de notre groupe serait qu’un très beau cadeau pour l’opposition », a expliqué le Premier ministre hongrois. Celui-ci a également accusé les « partis de gauche » au sein du PPE d’avoir demandé l’exclusion de Fidesz « cela aurait transformé l’identité du groupe et l’aurait fait pencher vers la gauche », a-t-il déclaré à la presse. « Je ne changerai pas mes politiques et mon approche politique », a-t-il déclaré, ajoutant « Nous restons engagés aux valeurs de l’UE, mais nous ne voulons pas de l’immigration, nous voulons protéger les valeurs chrétiennes. »

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Viktor Orbán a conclu que le résultat du vote « permettra de garantir l’unité des forces conservatrices à la veille des élections », ajoutant que le groupe pouvait « organiser une campagne solide et continuer à soutenir le Spitzenkandidat Manfred Weber.

Une « manœuvre politique »

L’année dernière, le Parlement européen avait approuvé un rapport de l’eurodéputée néerlandaise, Judith Sargentini (verts), qui accusait le gouvernement de Viktor Orbán de représenter une « menace systématique » aux principes fondamentaux de l’UE. En septembre, le Parlement avait ainsi lancé la procédure de l’article 7 contre la Hongrie pour « risque évident de violation » de l’état de droit.

Selon l’eurodéputée néerlandaise, le parti hongrois est incontrôlable et « transforme le PPE, qui est une famille politique démocratique et pro-européenne, en une force d’extrême droite populiste et nationaliste ». « À la place du PPE, je ne voudrais pas voir mon groupe politique détourné. Peut-être que tous ces partis d’extrême droite peuvent trouver un terrain commun et constituer un groupe ensemble ».

Les détracteurs de la décision n’ont pas tardé à déclarer que la suspension arrivait trop tard et que Fidesz avait déjà porté atteinte à l’intégrité du parti. « La décision de suspendre temporairement l’appartenance de Fidesz au groupe et une manœuvre politique qui fait honte à l’Europe », a déclaré le président du groupe ALDE, Guy Verhofstadt après le vote.

« Ce coup monté montre que le PPE fera toujours passer ses intérêts en tant que parti avait l’intérêt collectif européen. Les conditions très simples de l’accord prouvent que le PPE n’accorde pas d’importance à l’état de droit, à l’équilibre des pouvoirs démocratiques, à une justice indépendante et impartiale et au pluralisme des médias. Ils n’accordent de l’importance qu’à eux-mêmes », a-t-il ajouté.

« Pendant trop longtemps, le PPE, parti prétendument pro-européen, a fourni un havre de sécurité à Viktor Orbán, alors qu’il sape l’état de droit en Hongrie et attaque sans relâche les valeurs démocratiques libérales », a-t-il poursuivi.

Une opinion qui semble partagée par le dirigeant du groupe S&D, Udo Bullmann, qui dénonce dans un tweet le fait que « le PPE n’a réagi qu’après que Viktor Orbán a attaqué le président de la Commission, qui appartient à son propre parti ».

Plus tôt le 20 mars, Jean-Claude Juncker a réitéré son appel à l’expulsion de Fidesz. « Je pense que Viktor Orbán est loin des valeurs chrétiennes-démocrates fondamentales », a-t-il déclaré à la radio allemande.

La campagne d’affichage controversée a dépeint le président de la Commission comme un partisan de l’immigration massive en Europe et une marionnette manipulée par le milliardaire philanthrope hongro-américain George Soros, qui a également fondé l’Université privée d’Europe centrale à Budapest.

Selon des sources proches de Manfred Weber, Viktor Orbán a au moins partiellement rempli les conditions posées par le conservateur allemand pour garder Fidesz au PPE, notamment en s’excusant auprès de ses collègues du groupe pour les avoir qualifiés d’« idiots utiles ».

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