Réunis à Rome, les Européens se mobilisent aussi contre le nationalisme

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Des milliers de citoyens européens se sont rassemblés dans la capitale italienne pour célébrer le 60ième anniversaire du traité de Rome. Et aussi pour appeler à plus d’ambition face à la montée des nationalismes. Euractiv était à Rome pour l’occasion.

Les Européens ont afflué de tout le continent vers Rome pour le 60ième anniversaire du traité de Rome. Ce rassemblement  de 10.000 personnes symbolise aussi un message clair des activistes inquiets de la popularité croissante de l’extrême droite. A Londres, 80.000 personnes en ont profité pour manifester contre le Brexit, tandis que des marches se déroulaient aussi à Berlin et Bruxelles. A Rome, la marche pour l’Europe, où flottaient des drapeaux européens, fédéralistes- et, plus surprenant, britanniques, a surtout rassemblé des jeunes, mais pas seulement.

La marche pour l’Europe. [Sarantis Michalopoulos]

Pour l’Europe, pas l’UE

« Contrairement à ce que certains pensent, la majorité des citoyens sont aujourd’hui pour l’Europe, mais pas pour l’UE actuelle », a assuré Guy Verhofstadt, président de l’Alliance des démocrates et des libéraux (ALDE) au Parlement européen. Selon lui, les actes sont à présent plus nécessaires que les grandes déclarations pour aller de l’avant.

À Rome, une déclaration commune mais pas de recette miracle

La déclaration commune pour les 60 ans du traité de Rome peine à mettre tout le monde d’accord. Son objectif est de « convaincre que l’UE est la bonne réponse », un objectif pour lequel il n’y pas « pas de potion magique » selon un diplomate.

« Les critiques s’amplifient, et il y a une raison à cela », a-t-il continué. L’eurodéputé a lui-même reçu une volée de bois vert quand il a tenté de former une alliance au Parlement avec le mouvement populiste de Beppe Grillo, le Mouvement 5 étoiles (M5S).

« Les Le Pen et Wilders veulent nous dire que l’Europe devrait être détruite et que nous devrions retourner au nationalisme », a pour sa part déclaré Elmar Brok, eurodéputé du Parti populaire européen (PPE), lors d’une tirade contre les partis nationalistes. « Le nationalisme a toujours signifié la guerre […] nous devons dire non à tout type de dictature pour le futur. »

Cet allié d’Angela Merkel estime d’ailleurs que les nationalistes n’ont en réalité aucun projet pour l’avenir. « L’Europe doit s’améliorer en termes de compétitivité et d’équilibre social », assure-t-il, notant au passage que le président américain devrait cesser d’essayer d’organiser des négociations bilatérales avec les États membres : « M. Trump, l’Europe restera soudée ».

« La principale raison de ma présence aujourd’hui, c’est l’avenir de mes enfants », explique un Français. [Sarantis Michalopoulos]

Gianni Pittella, président du groupe parlementaire des Socialistes et Démocrates (S&D), souligne quant à lui que le modèle social devrait être hissé au centre de l’avenir de l’UE. Selon lui, le prochain président du Parlement européen devrait également être directement élu par les citoyens.

« Sans Europe sociale, le projet européen va droit dans le mur. Nous devons créer des États-Unis d’Europe ! », martèle le socialiste italien.

Un nationalisme qui exaspère

Jessica Chambat, une activiste française pro-UE, s’inquiète de la montée du nationalisme. « La principale raison de ma présence aujourd’hui, c’est l’avenir de mes enfants », explique-t-elle. « Je veux qu’ils vivent dans une Europe unie et je suis inquiète de la tendance actuelle d’élever des frontières, de diviser, de convaincre [la population] que la solidarité doit cesser. »

La jeune Française souligne cependant que si l’UE avait été l’occasion de créer de la prospérité, cette prospérité avait aggravé les inégalités entre citoyens. « La solidarité, l’égalité et le social doivent revenir au centre du projet européen. »

Ophélie Omnes, la vice-présidente des Jeunes Européens fédéralistes, est venue de Paris. Pour elle, le mouvement européen est toujours bien vivant, mais « cette Europe doit changer ».

« 60 ans, c’est un anniversaire dont nous pouvons être fier, mais ce n’est pas assez. Nous vivons des années troublées et l’UE doit faire les bons choix pour l’avenir », estime la fédéraliste, qui souligne que les dirigeants de Bruxelles devraient penser à sortir de leur « bulle ».

Catherine Guiburg, activiste originaire du sud de la France, est aussi venue à Rome pour combattre le nationalisme. « On en a marre de tous les mensonges des nationalistes sur l’Europe », défend-elle. En France, les personnalités politiques de tous bords expliquent mal l’UE, dont ils ont fait un bouc émissaire, selon elle. « Ils sont responsables de la situation actuelle », juge-t-elle.

Une organisation ukrainienne a également fait le déplacement pour la manifestation. Ses membres organisent des événements et manifestations tous les dimanches en Italie pour appeler à l’adhésion de l’Ukraine.

« Nous sommes ici parce que nous nous sentons Européens », explique Anastasia Tatarin, 15 ans. « Nous respectons vos valeurs et nous sentons proches de vous. »

Des drapeaux ukrainiens à la marche pour l’Europe. [Sarantis Michalopoulos]

Les belles paroles doivent devenir des actes

Luca Visentini, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (ETUC), qui a organisé une autre marche dans la capitale italienne ce 25 mars, estime que la décélération de Rome offre de l’espoir pour l’avenir de l’UE.

« Les belles paroles écrites doivent se concrétiser. Le test est pour bientôt, en avril avec la publication de propositions pour un nouveau pilier européen des droits sociaux, en mai avec de nouvelles recommandations pour les politiques économiques, puis, plus tard dans l’année, au sommet de l’UE sociale à Gothenburg », indique-t-il.

« Les travailleurs doivent  voir des mesures concrètes de redressement contre la dégradation énorme du niveau de vie, suite à la crise financière et aux années désastreuses de l’austérité que certains États ont endurées », conclut-il.

 

Face à la marche pour l’Europe, des affiches anti-UE. [Sarantis Michalopoulos]

 

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