La coopération militaire de l’Europe avance tambour battant

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Les ministres européens de la Défense ont signé 13 nouvelles propositions au titre de la coopération structurée permanente (CSP). En moins de deux ans, 47 projets ont été mis en place.

La coopération structurée permanente (CSP ou PESCO), officiellement lancée en décembre 2017, vise à renforcer la coopération militaire de ses 25 États membres, rassembler et distribuer les ressources à travers le bloc, rendre plus flexible le secteur européen de la défense et affirmer son indépendance face à Washington.

Avec le Fonds européen de la défense, qui devrait atteindre 13 milliards d’euros, il marque la volonté de l’UE de renforcer sa propre sécurité en se distançant de l’OTAN dominée par les États-Unis — organisation sur laquelle la sécurité européenne a reposé pendant des dizaines d’années, et qui est aujourd’hui largement remise en question, comme récemment par le chef de l’Etat français.

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La vision géopolitique du président français, exposée dans un entretien avec The Economist, a de nouveau suscité des réactions épidermiques. Le président multiplie les maladresses diplomatiques au risque de braquer ses partenaires.

Le Danemark ne participe généralement pas à la CSP, Malte s’en est retirée en raison de sa neutralité constitutionnelle, comme le Royaume-Uni après sa décision de quitter le navire européen.

Cette fois, contrairement aux deux précédentes séries de projets, l’accent est mis sur la participation plurinationale et sur l’implication des pays d’Europe du Sud et de l’Est.

La nouvelle vague de projets militaires communs inclut un grand nombre de projets de formation en matière spatiale et de cybersécurité et elle se concentre aussi fortement sur le développement de la technologie de pointe.

« L’UE et l’OTAN font face à de nouveaux défis, notamment les menaces hybrides, le changement climatique, l’intelligence artificielle, et nous avons besoin de plus de coopération pour les surmonter », a indiqué le ministre de la Défense finlandais Antti Kaikkonen.

Les nouveaux projets de la liste, publiée le 12 novembre, incluent un nouveau patrouilleur, un système anti-sous-marin sans surveillance, un appareil électronique de brouillage pour les avions, une technologie permettant de tracer les missiles balistiques et un système pour introduire les drones dans le Ciel unique européen.

Cinq des 13 projets se concentrent sur la formation, notamment un centre d’entraînement et de simulation, un centre d’entraînement médical, un centre d’entraînement à la défense, une cyber-académie et un réseau de centres de plongée.

La France devrait jouer un rôle important dans 60 % des 47 projets avec l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.

Ces derniers mois, les représentants de l’UE ont déclaré à maintes reprises qu’ils se penchaient sur un accord selon lequel les pays tiers pourraient prendre part aux projets militaires du bloc, mais jusqu’à présent aucune décision n’a été prise.

« Nous approuvons de nombreux points, mais devons encore nous mettre d’accord sur d’autres. Nous allons continuer à travailler sur la question pendant les prochains mois, mais nous espérons trouver un accord au plus vite, car cela est crucial pour les projets de la CSP », a affirmé Federica Mogherini, Haute Représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité.

Un accord sur la participation des pays tiers, qui autoriserait les entreprises américaines et européennes à prendre part aux projets communs de défense, pourrait ainsi apaiser les tensions dans les relations transatlantiques.

L’évaluation de la CSP

Selon les représentants des officiers de l’Agence européenne de la défense, la prochaine vague de propositions n’arrivera pas avant 2021.

Au début 2020, L’examen annuel coordonné en matière de défense (EACD) devrait évaluer les progrès effectués au sein de la CSP et décider ensuite quels projets seront prioritaires.

Pour le moment, 17 d’entre eux devraient être opérationnels d’ici la fin de cette année.

Interrogé sur les projets qui devraient figurer dans la liste finale, un diplomate européen a expliqué qu’« il était nécessaire de sélectionner des projets qui résorbent les déficits de capacité et soient efficaces », une vision largement partagée par presque tous les États membres.

Selon une source proche du dossier, une différence de maturité persiste. Certains projets sont relativement aboutis, mais d’autres ne figureront probablement pas dans la liste finale.

« Bien entendu, une fois que votre projet est sur la liste, il est difficile d’imaginer qu’il en soit retiré », a-t-il ajouté.

Selon plusieurs pays, notamment les Pays-Bas, les projets qui s’imbriquent clairement les uns avec les autres devraient être regroupés.

Ainsi l’Allemagne et les Pays-Bas pourraient développer un nouveau projet commun, car le secteur militaire néerlandais coopère déjà étroitement avec les forces armées allemandes.

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