L’union de la gauche européenne butte sur le néolibéralisme

De gauche à droite : la ministre allemande de la Justice et candidate aux élections européennes, Katarina Barley, le Premier ministre portugais, Antonio Costa, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, la présidente du Parti social-démocrate (SPD) et présidente de faction au Bundestag allemand, Andrea Nahles, et le président du groupe S&D européen, Udo Bullmann [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Les  différents courants de la gauche européenne insistent sur la nécessité d’une stratégie commune pour arrêter la montée du populisme d’extrême droite. Mais n’arrivent pas à s’accorder sur le néolibéralisme.

Le centre gauche et la gauche ont fait passer un message d’unité le 11 novembre à Bilbao, affirmant qu’un nouveau discours pro-UE était nécessaire pour affronter les forces politiques qui rejettent le projet européen.

Parallèlement au Forum de Bilbao, le Parti social-démocrate allemand (SPD) a organisé une conférence à Berlin, à laquelle le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, et son homologue portugais, Antonio Costa, étaient invités le 11 novembre.

La présidente du SPD, Andrea Nahles, a déclaré qu’une stratégie commune contre les forces de droite était « une nécessité urgente ». « Nous devons déjà coopérer pendant la campagne électorale et après les élections », a-t-elle conseillé.

« Nous devons collaborer plus étroitement au niveau national, y compris en Allemagne. En Allemagne, il y a des forces de droite et d’extrême droite qui rejettent notre système et nuisent à la démocratie. Au niveau européen, il est essentiel que ce problème soit pris en main pour les élections de l’année prochaine », a-t-elle ajouté.

Andrea Nahles a admis que cela ne pouvait pas se faire du jour au lendemain, mais que c’était « faisable ».

Le SPD a également invité à sa conférence le Premier ministre grec Alexis Tsipras (GUE-NGL), mais pas le parti socialiste grec (Pasok), pourtant membre officiel du parti socialiste européen. « La social-démocratie et la gauche doivent cheminer ensemble sur la base d’un projet progressiste digne du XXIe siècle en Europe », a fait valoir Alexis Tsipras.

« Toutes les forces progressistes en Europe, gauche, socialistes, social-démocrates et écologistes doivent aujourd’hui réaliser combien l’Europe, notre maison commune, est menacée. Nous devons donc mettre de côté nos différences et unir nos forces pour son salut », a souligné le Grec.

Pour Alexis Tsipras, les progressistes n’ont qu’à suivre l’exemple du Portugal et de l’Espagne, qui ont tous deux la particularité d’avoir des coalitions gouvernementales polarisées.

Les sociaux-démocrates ne sont pas les ennemis

Le deuxième Forum européen des forces progressistes, écologiques et de gauche se tenait du 9 au 11, à Bilbao. La première réunion a eu lieu l’année dernière à Marseille.

« Pour la première fois, le Forum cherche à se pérenniser et se donne pour objectif de former une large coalition contre le néolibéralisme et l’extrême droite », a confié à Euractiv Dimitris Papadimoulis, député Syriza (parti de gauche d’Alexis Tsipras).

Selon certaines sources, l’élection du conservateur Manfred Weber comme Spitzenkandidat du Parti populaire européen (PPE) avec la « bénédiction » du Hongrois Viktor Orbán, et le danger des ponts avec l’extrême droite en Europe ont au moins eu pour avantage d’« accélérer » les choses sur le front progressiste.

Gabriele Zimmer, présidente de la GUE-NGL au Parlement européen, a enjoint aux forces de gauche en Europe de sortir de leur isolement et de coopérer avec les autres forces progressistes, afin d’obtenir la majorité et d’avoir un poids décisif dans les processus de décision en Europe.

Elle a également souligné que les ennemis de la gauche n’étaient pas les sociaux-démocrates. « Nous devons les critiquer, mais ils ne sont pas nos ennemis. L’ennemi est l’extrême-droite», affirme-t-elle.

«La candidature de Manfred Weber est absurde»

Manfred Weber représente la CSU, un parti proche de Poutine, d’Orbán, et des forces anti-UE affirme la cheffe de file du groupe de la gauche radicale au Parlement européen.

Gysi préconise de ratisser large pour combattre l’euroscepticisme

Gregor Gysi, président du Parti de la gauche européenne, a noté qu’il y avait des possibilités de collaboration après les élections européennes. « Nous sommes obligés de regarder les choses ainsi, sans quoi nous risquons d’avoir des populistes anti-européens ou de droite au pouvoir après les élections », a-t-il averti dans une interview.

Le scénario d’un candidat qui plairait à tous n’est cependant pas « réaliste » actuellement, a-t-il soupiré, ajoutant qu’il y avait en ce moment des discussions intensives pour une collaboration post-électorale.

À la question de savoir si la gauche européenne aurait son propre Spitzenkandidat, il a répondu que la décision finale serait prise fin janvier, car c’est une question sur laquelle le parti est divisé. « Je suis pour un Spitzenkandidat commun pour toute la gauche européenne, mais nous devons trouver le bon, et ce n’est pas facile. »

D’ailleurs, Gregor Gysi estime que celui-ci ne devrait pas être choisi en fonction de la présidence de la Commission – le ou la présidente de la Commission étant souvent élu-e parmi les Spitzenkandidaten.

Pour Gregor Gysi, toutefois, la Commission et le Conseil pourraient chercher ailleurs. « Nous ne sommes pas dans un pays où la tête du parlement prend en même temps la tête du gouvernement. Je sais que la CSU [parti chrétien-démocrate de Manfred Weber, Spitzenkandidat du plus grand parti européen, le PPE] voudrait que ça se passe comme ça, mais au niveau de l’UE, ce n’est  pas forcément le cas. »

En tous cas, l’homme politique allemand n’exclut pas une éventuelle collaboration avec un groupe dirigé par Emmanuel Macron dans le prochain hémicycle de l’UE. « Je ne parle pas d’une coalition, mais d’une large coopération contre les populistes et les extrémistes de droite et les forces anti-UE. C’est nécessaire », a-t-il conclu.

Socialisme et néolibéralisme

Dans cette discussion, un gros point d’interrogation plane sur les sociaux-démocrates, qui n’ont pas manqué par le passé de collaborer avec des forces de droite et d’extrême droite.

Le président du S&D, Udo Bullmann, a pour sa part adopté une rhétorique pro-gauche, contrairement à la plupart des socialistes au niveau gouvernemental.

Sur la question, le dirigeant du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, a déclaré le 10 novembre que les socialistes de l’UE devaient tourner le dos à la droite. « Nous devons continuer à lutter contre les adeptes d’une austérité violente, qui se trompent de direction dans leur distribution des richesses », a-t-il martelé dans une interview accordée au Spiegel.

Pour Panos Skourletis, secrétaire général de Syriza, ce qui importe vraiment est que la gauche oublie ses clivages internes et fasse front pour résister à la montée de l’extrême droite, qui a infiltré la base.

Pour Panos Skourletis, il est grand temps que les socialistes européens se positionnent sur le néolibéralisme.

Pour ce proche collègue d’Alexis Tsipras, un Spitzenkandidat commun pourrait être le résultat de cette collaboration, mais pas nécessairement un prérequis. « Nous devons élaborer une stratégie commune pour sauver l’avenir de l’Europe […] Une stratégie agressive et non défensive. Imaginer l’Europe et ne pas faire que résister aux pressions de l’extrême droite. »

Il estime qu’il est grand temps que les socialistes européens se positionnent clairement contre le néolibéralisme. « Si nous restons vagues, les citoyens européens ne croiront jamais que nous avons coupé les ponts avec le néolibéralisme ni que nous entendons leurs inquiétudes. »

« Nous nous intéressons donc au côté le plus à gauche de la social-démocratie, désormais », a-t-il promis. « La gauche centriste a changé de visage au cours des dernières décennies, car c’est elle, avec la droite, qui est à l’origine de l’Europe telle que nous la connaissons aujourd’hui. »

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