L’assurance-chômage européenne à l’agenda de l’Eurogroupe

Paolo Gentiloni, le commissaire européen à l’économie. [Commission européenne]

La Commission planche sur un système de réassurance chômage paneuropéen. Il sera présenté lors de la prochaine réunion des ministres des Finances de l’UE.

Toutes les solutions pour atténuer l’impact économique de la crise sanitaire sont envisagées. Ainsi, un régime d’assurance-chômage européen, qui fait déjà l’objet de débats depuis de nombreuses années, pourrait voir le jour dans un avenir proche.

L’exécutif européen présentera sa proposition de mécanisme, censée surpasser les systèmes nationaux d’indemnités de chômage, à l’Eurogroupe le 7 avril, selon des sources européennes.

Le budget de la zone euro, un projet de coureur de fond

Des eurodéputés tentent de désensabler le projet d’un budget de la zone euro. Un consensus politique du Parlement européen pourrait faire bouger les lignes.

Après la réunion de la semaine dernière, Paolo Gentiloni, le commissaire européen à l’économie, a affirmé que l’Eurogroupe « travaillait dur » sur cette initiative, qui devait initialement voir le jour à la fin de l’année.

Il a néanmoins prévenu que l’UE, qui arrivait au bout de son budget à long terme (2014-2020), ne disposait plus de beaucoup de moyens pour concrétiser ce projet d’assurance-chômage — mais l’Eurogroupe trouverait des solutions pour financer le régime.

D’après le Financial Times, les ministres européens envisagent de mobiliser les ressources en donnant le budget de l’UE, voire des contributions nationales, comme garantie. Ils visent ainsi à accumuler entre 80 et 100 milliards d’euros de fonds.

L’argent servirait à consentir des prêts à taux réduit aux pays frappés soudainement par une crise, comme la pandémie actuelle.

Même s’il s’agit d’une somme importante, et bien plus élevée que les 13 milliards prévus par l’instrument budgétaire pour la zone euro, elle ne représente pas plus de 0,7 % du PIB européen.

L’an dernier, dans une ébauche de rapport pour la Commission, le groupe de réflexion CEPS a estimé que ce mécanisme atteindrait entre 0,3 % et 0,85 % du PIB de l’UE et la zone euro.

Le Parlement européen vote une aide financière en faveur des pays frappés par le coronavirus

Le Parlement européen, quasiment unanime, a adopté deux paquets de mesures destinées à soutenir financièrement les pays touchés par l’épidémie de COVID-19. Le vote a eu lieu à l’issue d’une procédure d’urgence.

Les présidents de la Commission, de l’Eurogroupe, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Conseil européen ont abordé cette initiative lors d’une téléconférence mardi 31 mars.

« Pour relancer l’économie européenne, nous devrons utiliser tous les leviers disponibles aux niveaux national et européen. Le budget de l’UE devra être adapté à cette crise. L’heure est venue de faire preuve de créativité. Toute option compatible avec le traité de [Rome] doit être considérée », a déclaré le président du Conseil européen, Charles Michel.

Selon un porte-parole de la Commission, les quatre présidents ont échangé « sur leurs activités respectives concernant la préparation à la relance économique et la contribution potentielle de leurs institutions ».

Dans un document interne qu’Euractiv a pu consulter, l’exécutif européen s’attend à ce que la crise provoquée par le coronavirus soit plus grave que la grande récession de 2009, et met en garde sur la « montée en flèche » du chômage technique.

À l’origine, la Commission ne comptait pas présenter cette initiative, parce qu’elle demandait encore du travail pour parvenir un consensus entre États membres. Mais le besoin de mobiliser les ressources disponibles et l’opposition aux initiatives plus ambitieuses — comme l’émission d’« obligations corona », une dette commune a l’UE —, ont forcé l’exécutif européen à changer de stratégie.

Désaccord flagrant entre chefs d'Etat sur la réponse économique au coronavirus

Les dirigeants européens n’ont pas trouvé de consensus sur les mesures de relance à mettre en œuvre pour contrer les effets de la pandémie. Les pays du Nord ne veulent pas des « obligations corona » réclamées certains États membres.

Cela fait plus de cinq ans que les économistes et les institutions considèrent un régime d’assurance-chômage paneuropéen. Le comité budgétaire européen a toutefois émis des doutes par le passé sur la complexité technique que représente l’instauration d’un tel mécanisme de stabilisation.

Olaf Scholz, le ministre allemand des Finances, avait déjà proposé d’accorder des prêts à taux réduit aux États membres durement touchés lorsqu’il avait défendu le système de réassurance il y a plusieurs années.

Mais d’autres options plus ambitieuses ont aussi été mises sur la table. Le think-tank Bruegel plaide pour un régime d’assurance-chômage européen en réponse aux catastrophes, qui serait aussi financé par des prêts ; il serait remboursé a posteriori par le pays bénéficiaire, mais aussi au moyen d’un taux de cotisation unique imposé à tous les salaires de l’UE.

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