Macron tacle ceux qui «aiment l’Europe quand elle rapporte de l’argent»

epa07034780 Le Président de la République française, Emmanuel Macron, s'exprime lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet informel des chefs d'État de l'Union européenne à Salzbourg, Autriche, le 20 septembre 2018. Les dirigeants des pays de l'UE se réunissent les 19 et 20 septembre pour un sommet consacré aux mesures de sécurité intérieure, aux migrations et au Brexit. EPA-EFE/CHRISTIAN BRUNA

Les dirigeants européens sont restés divisés sur l’immigration au sommet de Salzbourg. La faute aux États qui ne coopèrent pas, a dénoncé Emmanuel Macron, visant l’Italie et le groupe de Visegrád.

« Il y a une crise et des tensions » autour de l’immigration, a admis le président français lors de sa conférence de presse après le sommet européen de Salzbourg, le 20 septembre.

« Mais qui les génère ?  Ceux qui disent ‘Je ne veux pas respecter le droit humanitaire et le droit maritime international quand un bateau arrive et que je suis le port le plus sûr et le plus proche, je ne le prends pas’ », a précisé Emmanuel Macron. « Ce sont ceux-là qui les génère, pas l’Europe. »

« Qui génère la crise ? Ce sont ceux qui expliquent ‘Moi je suis dans Schengen, j’aime l’Europe quand il faut toucher des fonds structurels, j’aime l’Europe quand elle me donne de l’argent, quand elle permet la prospérité à mon peuple, quand elle permet à mes travailleurs d’aller mieux gagner leur vie dans des pays voisins. Mais chez moi, pas un seul migrant ne sera pris, même pas un seul réfugié qui a droit à l’asile », a-t-il poursuivi, fustigeant les dirigeants qui ne respectent « aucune règle », dans une attaque à peine voilée contre l’Italie de Matteo Salvini et contre le groupe de Visegrád, et en particulier la Hongrie de Viktor Orbán.

« À un moment donné, le règlement se fera simplement […] les pays qui ne veulent pas davantage de Frontex ou de solidarité sortiront de Schengen, les pays qui ne veulent pas davantage d’Europe ne toucheront plus les fonds structurels », a-t-il assuré, insistant sur le fait que l’Europe n’était pas « un menu à la carte », mais un projet politique qu’il faudra discuter en profondeur « au printemps prochain ».

Les divisions sur l'immigration minent le Sommet de Salzbourg

Au sommet informel de Salzbourg, les divergences sont restées nombreuses entre les dirigeants européens sur la question de la gestion des migrations, tandis que celle du Brexit fait davantage consensus.

Partage des responsabilités

La question de la répartition des migrants entre États membres, aussi appelée « partage du fardeau », est cependant restée sans réponse, puisque si la Grèce, la France et l’Allemagne défendent cette idée, d’autres comme l’Autriche la rejettent.

À ce sujet, Sebastian Kurz, le chancelier autrichien, a pour sa part surtout insisté sur la volonté de son pays à renforcer les frontières externes de l’Europe et le mandat de l’agence Frontex.

« Nous devons tout faire pour nous assurer que moins de personnes se mettent en route vers l’Europe via la Méditerranée de manière illégale. Nous pouvons notamment construire des partenariats forts avec les pays d’Afrique du Nord », a-t-il ajouté, soulignant que l’Égypte luttait efficacement contre l’immigration illégale.

Donald Tusk, le président du Conseil, a d’ailleurs indiqué qu’il rencontrerait le président égyptien, Abdel Fattah El-Sissi le 23 septembre.

Mensonges et Brexit

En ce qui concerne les négociations de Brexit, Donald Tusk s’est dit un peu plus optimiste à la fin de ce sommet qu’il y a quelques semaines. « Je ne peux cependant pas écarter la possibilité d’un Brexit sans accord. Nous ne ferons pas de compromis sur nos quatre libertés, notre marché unique, ni la frontière irlandaise », a-t-il nuancé.

Un sommet supplémentaire sera organisé à Bruxelles les 17 et 18 novembre afin de finaliser l’accord si les progrès du sommet de la mi-octobre ne sont pas suffisants.

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a pour sa part promis que l’UE était tout à fait prête pour un Brexit dur, sans accord, et appelé les Européens, comme dans la chanson à « be happy,  don’t worry,».

May appelée à trouver un plan B de toute urgence pour le Brexit

Londres doit « de toute urgence » trouver une alternative à la dernière proposition d’accord de Brexit de Theresa May si le pays veut éviter une sortie chaotique de l’UE, s’inquiètent les députés.

Emmanuel Macron s’est montré plus dur, estimant que les dernières propositions de Theresa May étaient inacceptables, surtout sur le plan économique, et que Londres devait se montrer accommandante sur le plan de Chequers. « Nous devons défendre le marché unique et ses cohérences », a-t-il pointé, insistant sur le fait que la stratégie européenne ne changerait pas.

Face à un journaliste qui voulait connaitre son opinion sur les eurosceptiques et ses détracteurs, le président français a répondu « Qui nous a mis dans cette situation de Brexit ? Ceux qui vous disent aujourd’hui que l’Europe va de crise en crise. »

« Le Brexit est le choix qu’ont fait les Britanniques, poussés par ceux qui promettaient des solutions faciles. Le Brexit nous dit une chose : il démontre que ceux qui veulent nous convaincre qu’on peut facilement se passer de l’Europe, que tout ira très bien et que cela leur rapportera beaucoup d’argent sont des menteurs », a-t-il martelé. « Ces mêmes personnes ont disparu le lendemain [du référendum] pour ne pas avoir à gérer tout cela. »

Moins d’une heure après la fin du sommet, Theresa May aurait déclaré qu’elle proposera « bientôt » une nouvelle proposition sur la frontière irlandaise.

Unanimité contre les propositions de May à Salzbourg

Le président français juge « inacceptable » les propositions britanniques sur la sortie du pays de l’UE. Donald Tusk estime qu’elles « ne fonctionneront pas » et Angela Merkel qu’il y a encore beaucoup de travail. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

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