L’Europe au coeur des négociations de la coalition allemande

Manfred Weber [Sarantis Michalopoulos]

L’avenir de l’UE sera l’un des points principaux des négociations de coalition à Berlin, assure Manfred Weber. Mais le dirigeant du Parti populaire européen appelle au réalisme face aux rêves d’Etats-Unis d’Europe du SPD.

« De l’expérience gagnée dans les négociations dans le cadre ‘Jamaïque’, nous nous sommes rendus compte que le sentiment général dans les partis démocratiques est pro-UE. Je dirais que les propositions de Jean-Claude Juncker sont une bonne base pour les prochaines étapes, surtout en ce qui concerne la zone euro ou des domaines comme l’union de la défense », a assuré Manfred Weber, leader du Parti populaire européen (PPE) et membre de l’Union chrétienne sociale (CSU), parti-frère de la CDU d’Angela Merkel.

En ce qui concerne l’avenir de l’UE, l’eurodéputé voit davantage de terrain d’entente que de rupture entre les trois partis allemands. « Nous devons prendre des mesures plus pragmatiques. Les citoyens attendent des progrès sur la substance et c’est ce que nous devrions délivrer », a-t-il estimé.

« Cela manque un peu dans les déclarations socialistes. Ils sont visionnaires, mais nous avons besoin de réponses concrètes », conclut-il.

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Les discussions entre les conservateurs de la CDU et les socialistes du SPD, qui ont gouverné ensemble de 2013 à 2017, pour former un gouvernement de coalition viennent de débuter. La question de l’avenir de l’UE devrait être au centre des négociations.

La semaine dernière, Martin Schulz, qui dirige le SPD, s’est toutefois exprimé en faveur d’« États-Unis de l’Europe », s’attirant des réactions fortes de la part de la CSU et de son parti frère bavarois, la CSU.

Le SDP souligne d’ailleurs des différences substantielles entre les politiques des socialistes et celles des conservateurs. Knut Fleckenstein, vice-président du S&D au Parlement européen, issus du SPD, a répété récemment que les « États-Unis d’Europe » étaient le seul moyen d’avancer, même si la CDU-CSU semblait maintenant préférer la manière intergouvernementale de gouverner l’Europe, en se concentrant sur le consensus entre les capitales de l’UE pour parvenir à des décisions clés.

« À mon avis, cette méthode n’est ni vraiment démocratique ni utile pour résoudre les problèmes que nous avons », a-t-il déclaré à Euractiv.

Knut Fleckenstein a ajouté que le principal objectif européen du SPD était de prendre des mesures sérieuses pour renforcer l’UE, en la développant, « selon les idées du président Macron ».

Le président français défend entre autres l’instauration d’un budget séparé pour la zone euro, bien qu’il semble avoir récemment décidé de ne pas insister sur cette question, afin d’éviter de s’enliser dans des débats techniques sur les réformes de la zone euro.

Alors, Emmanuel Macron a-t-il une approche « progressiste » sur l’avenir de l’UE ? « Je pense que oui. En principe, même si certainement pas sur tous les points de son programme social, s’il en a un, mais je le vois dans les principaux domaines, tels que la politique économique », répond Knut Fleckenstein.

L’élu a également averti que les divisions sur une vision de l’UE pourraient constituer un des obstacles à une grande coalition gouvernementale.

« La voie européenne peut être interprétée de différentes manières, et nous devons choisir maintenant. Nous devons choisir si nous voulons la voie d’une Union au Parlement renforcé, avec des institutions comme l’Eurogroupe plus transparentes ; ou si nous devons nous en tenir à une méthode intergouvernementale et aux décisions en coulisses », estime-t-il.

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Une réponse commune à Macron et Juncker

Le député européen Elmar Brok (PPE), proche allié d’Angela Merkel et président de l’Union des fédéralistes européens, a pour sa part affirmé qu’il s’opposait aux déclarations de Martin Schulz parce qu’elles étaient associées à une menace, ce qui est inacceptable.

« Tous ceux qui n’adhèrent à cette idée doivent quitter l’UE. Ce n’est pas la bonne manière de négociations », a-t-il noté, ajoutant que dans un avenir pas trop lointain, un changement de traité sera nécessaire pour faire avancer l’Europe.

Reste à savoir si les différentes visions de l’Europe pourraient constituer une menace pour la formulation d’un nouveau gouvernement en Allemagne.  « Je ne pense pas », estime Elmar Brok. « Nous devons nous concentrer sur les aspects pratiques et trouver des réponses appropriées aux propositions d’Emmanuel Macron et Jean-Claude Juncker. Nos trois partis sont des partis pro-UE, comme par le passé, il devrait être possible de trouver un accord. »

L’eurodéputé a également assuré qu’il n’y avait que peu de substance dans le discours de Martin Schulz. « Je ne sais pas quelle est sa position et je ne pense pas que le SPD veuille avoir un budget de l’UE de 3 % ou 4 % du PIB. Le parti devrait d’abord nous expliquer comment ce serait possible. Même Emmanuel Macron ne pourrait pas le faire. »

Die Linke pour un « modèle de coopération »

De son côté, la gauche réclame de nouvelles formes innovantes de coopération qui pourraient changer l’Allemagne et l’Europe. Idéologiquement plus proches du SPD, Die Linke s’est déclaré prêt à offrir son soutien si nécessaire, hors du cadre d’une autre grande coalition.

Gabriele Zimmer, présidente du groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) au Parlement, a déclaré à Euractiv que la grande coalition n’était pas la seule option et qu’elle ne pouvait plus faire avancer les choses pour l’Allemagne et l’Europe.

« Une proposition intéressante a été discutée le 11 décembre : un modèle de coopération au sein de la coalition. Cela signifie qu’il ne faudrait pas se prononcer sur toutes les questions précises et détaillées de la législation, mais qu’il devrait y avoir un espace de coopération avec d’autres partis et des majorités différentes au parlement », explique-t-elle.

Dans un tel système de gouvernance, un modèle de coopération entre son parti, le SPD, et une partie des Verts pourrait se développer et contribuer à restaurer la confiance entre eux. « Ils peuvent compter sur nous pour les questions sociales comme l’éducation et la fiscalité des riches », précise-t-elle.

S’agissant des prochaines élections, elle a fait remarquer que les formations progressistes de gauche devraient déjà commencer à coopérer. « Il n’est pas possible d’attendre les prochaines élections. »

Pour Gabriele Zimmer, l’Allemagne doit passer à un modèle plus social et combler le fossé entre riches et pauvres, et instaurer une nouvelle approche à l’UE.

Quant aux « États-Unis d’Europe », elle a déclaré que si le SPD comptait faire plus que la une des journaux avec cette formule, la question devrait être portée dans un débat public.

« Je voudrais leur demander d’entamer un débat public sur l’avenir de l’Europe et de le faire de manière à ce que les citoyens européens puissent en parler, une approche ascendante devrait être adoptée », a-t-elle, soulignant qu’aucun des futurs scénarios de l’UE présentés par la Commission ne comportent d’implication citoyenne.

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