Les élections allemandes hypothèquent le tandem Merkel Marcon

Angela Merkel, le 24 septembre.

Dans les années à venir, Angela Merkel pourrait être trop occupée à maintenir l’unité d’une coalition artificielle pour être un partenaire efficace dans la réalisation des projets ambitieux d’Emmanuel Macron pour l’Europe.

Depuis son élection à la présidence française il y a quatre mois, Emmanuel Macron promet de présenter un programme de réformes d’envergure pour l’Union européenne. Il a cependant choisi d’attendre que les résultats des élections allemandes soient connus pour dévoiler ses ambitions.

Il est aujourd’hui évident qu’il a bien fait. Si la chancelière s’est assuré un quatrième mandat, en privé, l’humeur n’était sans doute pas à la fête au CDU. Le parti conservateur arrive toujours bien en tête, mais a perdu 8 % de ses électeurs depuis 2013. Le SPD, partenaire de coalition du CDU depuis quatre ans, arrive pour sa part deuxième, mais a connu une débâcle jamais vue.

Les votes perdus par ces grands partis sont venus renforcer le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Le candidat du SPD, Martin Schulz, principal rival d’Angela Merkel, a écarté la possibilité de former une nouvelle coalition avec le CDU, afin d’éviter que le parti d’extrême droite devienne le premier parti d’opposition.

Cela signifie qu’Angela Merkel devra faire alliance avec le parti libéral FDP et les Verts, une formation appelée « Jamaïque », puisqu’elle rassemble les mêmes couleurs que le drapeau du pays.

Il sera cependant difficile de trouver des compromis entre ces deux partis. La chancelière s’en retrouvera affaiblie et n’aura sans doute pas beaucoup de temps à consacrer au grand projet d’Emmanuel Macron. Pour Reinhard Bütikofer, vice-président des Verts, les mois à venir s’annoncent « difficiles et traitres ».

« Il ne sera pas aisé pour Angela Merkel de regagner le soutien de son électorat conservateur de base », avait prédit Olaf Böhnke, conseiller pour la firme de consultance politique Rasmussen. « Cela pourrait avoir un impact sur le temps qu’elle pourra consacrer à la politique étrangère, et même à des engagements européens qu’elle a tenus ces dernières années. La formation d’une coalition avec deux partenaires très tenaces, le FDP et les Verts, absorbera toute son attention et ses talents politiques dans mois à venir. »

Macron  reverra-t-il ses ambitions à la baisse ?

Pour ne pas perdre de temps, le président français a prévu de présenter ses projets pour l’Europe le 26 septembre lors d’un discours à l’université de la Sorbonne, à Paris. Ce discours sera suivi d’un sommet informel, le 28 septembre, en Estonie, ou les dirigeants des États membres – sauf le Royaume-Uni – discuteront de l’avenir à 27.

Vu le résultat des élections allemandes, qui n’augure rien de bon pour son programme, Emmanuel Macron pourrait décider de revoir ses ambitions à la baisse.

La stratégie Macron pour arrimer l’Allemagne à la réforme de l’UE

La France veut peser directement sur le prochain gouvernement de coalition allemand en mettant sur la table des propositions pour l’UE 48h après les élections.

Le FDP s’est en effet opposé à deux de ses principaux objectifs en termes de réformes : la nomination d’un ministre européen des Finances et un budget spécifique à la zone euro, supervisé par un parlement ad hoc. Christian Lindner, qui dirige le parti libéral, a même appelé à la suppression du mécanisme européen de stabilité, qui a notamment permis le renflouement de la Grèce, et à l’exclusion de la Grèce de la zone euro.

Angela Merkel devrait également se heurter aux réticences du CSU, la branche bavaroise des conservateurs, qui pourraient s’opposer à toute intégration renforcée, dans le cadre de leurs efforts contre la perte d’électeurs au profit de l’extrême droite. Toute proposition pour un budget de la zone euro ou une collectivisation de la dette pourrait également être exclue.

Même s’il ne constitue pas le plus grand parti d’opposition, la présence forte de l’AfD au sein du parlement gênera également l’adhésion de l’Allemagne aux projets macroniens. Angela Merkel devra en effet être prudente pour ne pas livrer davantage d’électeurs au parti d’extrême droite, qui avait commencé par militer contre l’euro, en 2013, avant de se retourner contre les migrants.

La seule bonne nouvelle pour Paris serait la présence des Verts au gouvernement. Le parti est clairement pro-européen et soutient une grande partie des idées d’Emmanuel Macron.

Le choc que représente cette élection pour la classe politique allemande rend cependant très probable un avenir empreint de prudence et de conservatisme.

Le parti populiste allemand AfD veut bousculer le Bundestag

Le parti populiste de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), pourrait dépasser les 10 % des voix lors des élections fédérales du 24 septembre. Il pourrait ainsi devenir la troisième force politique au Parlement, devant les libéraux du FDP, le parti de la gauche radicale Die Linke et les Verts. Un succès électoral lié à un discours anti-Islam assumé. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

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