Athènes rejette l’appel au dialogue formulé par Ankara

epa07846105. Le ministre grec des Affaires étrangères Nikolaos Dendias (G) et son homologue allemand Heiko Maas (D) au cours d'une conférence à Berlin, le 16 septembre 2019. EPA-EFE/CLEMENS BILAN [EPA/CLEMENS BILAN]

Alors que la Turquie souhaite apaiser les tensions avec la Grèce au sujet du forage gazier en Méditerranée orientale, Athènes a rejeté l’appel au dialogue d’Ankara, invoquant un manque de fiabilité.

« Il faut faire appel à un interlocuteur fiable », titraient les médias grecs en citant des sources gouvernementales, ajoutant qu’« un dialogue miné ne [pouvait] pas être amorcé ».

Les déclarations d’Ankara visant à atténuer la situation avec Athènes ont été prononcées un jour avant la visite cruciale du ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas dans les deux capitales.

L’Allemagne a souligné que le dialogue entre les deux pays était essentiel et a appelé à un désamorçage immédiat des tensions dans la région.

La Turquie a déployé son vaisseau sismique Oruç Reis et sa flotte nationale dans les eaux territoriales grecques. La mission aurait dû se terminer le 23 août, mais les autorités ont décidé de la prolonger jusqu’à jeudi (27 août).

D’après Ankara, le vaisseau mouille dans les eaux turques. De ce fait, le président Recep Tayyip Erdoğan a déclaré qu’il ne permettrait « pas une diminution des activités d’Oruç Reis ou des autres navires l’escortant, si minime soit-elle ».

En réponse à la décision turque, la Grèce, fortement soutenue par la France, s’est engagée à procéder à des exercices militaires dans la région.

Une action qui a suscité une réponse de M. Erdoğan : « Dorénavant, la Grèce sera tenue seule responsable des tensions de la région. Tout dommage causé incombera à Athènes. »

Une attaque contre un navire turc se payera au "prix fort", prévient Erdogan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a prévenu jeudi 13 aout qu’une attaque contre un navire turc cherchant des hydrocarbures dans une zone disputée de la Méditerranée se payerait au « prix fort ».

Un message clair

L’Allemagne, désormais à la tête de la présidence tournante de l’UE, tente d’amener les deux pays au dialogue, mais a été critiquée par Athènes en raison de sa « neutralité ».

Aux yeux des détracteurs grecs, l’attitude de Berlin dans cette problématique ne fait qu’encourager les réactions agressives de la Turquie.

Par ailleurs, alors que les frégates françaises mouillent dans cette région, Paris a demandé au bloc européen d’adopter une position plus ferme.

Lors d’une réunion organisée la semaine dernière, le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont admis que leurs approches n’ont pas toujours été identiques.

« Mais elles ont toujours tendu vers le même souhait : faire de la Méditerranée orientale une zone de paix qui respecte le droit international et la stabilité », a déclaré M. Macron.

La visite conjuguée d’Heiko Maas a pour objectif d’apaiser les tensions et d’aider au dialogue.

Avant son départ pour Athènes ce 25 août, Heiko Maas a indiqué que : « la Turquie et la Grèce sont nos alliés au sein de l’OTAN. Le droit international et l’ouverture d’un dialogue honnête doivent constituer les bases des solutions visant à résorber les différends sur les réserves de gaz naturel en Méditerranée orientale ».

« Les tensions [actuelles] n’entravent pas seulement les relations entre l’UE et la Turquie, mais en cas d’intensification, tout le monde en pâtirait, surtout les personnes présentes dans la région [touchée] », a-t-il ajouté.

Selon Constantinos Filis, directeur de l’Institut des relations internationales à l’Université Panteion en Grèce, si la visite de M. Maas est infructueuse, il se pourrait qu’une nouvelle série de conflits éclate avec la Turquie.

« Il y a deux mois, le chef grec Kyrios Mitsotakis avait mis fin aux bisbilles politiques en s’entretenant avec son homologue turc. Il y a un mois, Angela Merkel était intervenue. Maintenant quoi ? », se demande M. Filis.

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Des sanctions sont-elles envisageables ?

Une réunion de la plus haute importance est prévue les 27 et 28 août entre les ministres européens des Affaires étrangères. Le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, devrait y présenter une « boîte à outils », une réponse européenne à la problématique turque. D’après M. Maas, l’avis de la Grèce aurait « un poids particulier ».

Les représentants européens évitent d’employer publiquement le terme « sanctions », même s’ils soutiennent que toutes les options sont actuellement considérées.

L’Autriche et la France appellent l’UE à adopter une attitude plus ferme dans cette affaire, tandis que l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et la Hongrie se montrent plus réservées.

D’après des sources proches du dossier, la position discrète de Berlin s’explique par la résurgence de la COVID-19 et le poids toujours inconnu de ses répercussions économiques. L’Allemagne craint également la réponse turque en cas de sanctions de la part de l’UE, en particulier sur le plan de la migration.

Les intérêts des États membres de l’UE dans cette région sont divers et variés. Par exemple l’Espagne fournit son savoir-faire à la Turquie en matière de construction d’aéronefs militaires, alors que Rome semble se rapprocher d’Ankara dans le contexte de la guerre civile en Libye.

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