La Grèce va ratifier des accords maritimes avec l’Égypte et l’Italie

epa08235377. Angela Merkel, Charles Michel, Emmanuel Macron et Kyriakos Mitsotakis au sommet européen extraordinaire en février 2020. [EPA/YVES HERMAN]

La semaine prochaine, le parlement grec ratifiera, après consultation, les accords maritimes délimitant les zones économiques exclusives (ZEE) avec l’Égypte et l’Italie, a annoncé Stelios Petsas, porte-parole du gouvernement grec.

« [En Grèce], le débat concernant la ratification des accords maritimes délimitant les zones économiques exclusives (ZEE) avec l’Égypte et l’Italie devrait être amorcé lundi prochain au parlement, et soumis aux votes mercredi », a déclaré M. Petsas, porte-parole du gouvernement grec.

La nouvelle devrait exacerber les tensions avec la Turquie, qui a qualifié l’accord gréco-égyptien de « caduc », car les deux pays ne partagent pas de frontière maritime commune.

Athènes avance que cet accord annule le protocole d’entente controversé conclut par la Turquie et la Libye visant à démarquer les zones maritimes de la région.

La Grèce soutient que l’accord turco-libyen ne prend pas en compte la Crète et qu’Ankara souhaite établir un précédent juridique alors que protocole d’entente constitue une violation au droit international – un protocole d’ailleurs condamné par l’exécutif européen.

L’accord turc avec Fayez al-Sarraj, chef du Conseil présidentiel du Gouvernement d’union nationale (GNA), basé à Tripoli et reconnu par l’ONU, a débouché sur une crise entre Athènes et Ankara.

La Turquie a déployé son vaisseau de recherche sismique, Oruc Reis, et ses navires dans les eaux grecques, tout en avançant qu’ils naviguaient sur son propre territoire.

Une attaque contre un navire turc se payera au "prix fort", prévient Erdogan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a prévenu jeudi 13 aout qu’une attaque contre un navire turc cherchant des hydrocarbures dans une zone disputée de la Méditerranée se payerait au « prix fort ».

Deux points, deux mesures

Le bloc a soutenu la Grèce dans cette affaire, mais n’a pas encore proposé d’actions spécifiques, ce qui a suscité des critiques dans les médias grecs.

Athènes a tenté de lier les sanctions contre la Biélorussie à la suite d’élections qui, selon Bruxelles, ont été falsifiées, à une action potentielle contre Ankara, mais le président du Conseil européen, Charles Michel, a clairement indiqué le 18 août que la situation en Turquie ferait l’objet de plus amples discussions.

« Quant à l’autre grand sujet abordé par nos ministres des Affaires étrangères, la situation en Méditerranée orientale, je propose que nous prenions le temps de le préparer de manière approfondie et que nous revenions sur cette problématique lors d’un sommet européen extraordinaire les 24 et 25 septembre 2020 ».

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a déclaré mercredi (19 août) que l’UE ne pouvait pas avoir deux poids deux mesures pour la Biélorussie et la Turquie.

« L’approche de l’UE en matière de droits de l’homme et d’État de droit ne peut être différente pour le Belarus et la Turquie », a-t-il maintenu.

Toutefois, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a expliqué hier que la Turquie et la Biélorussie constituaient « deux situations distinctes ».

« Nous partageons une longue histoire avec la Turquie, nous avons saisi des opportunités, nous avons coopéré, mais nous avons aussi traversé des conflits », a-t-elle enchéri, soulignant que ce qui était important pour l’UE était « la volonté de toutes les parties à s’engager dans un dialogue afin de résoudre les problèmes ».

Aux yeux des détracteurs, l’UE a décidé de tenir ce sommet extraordinaire exclusivement sur le Belarus sans inclure la Turquie afin d’éviter un « compromis » de sanctions.

Les « options » 

Bruxelles a déclaré à plusieurs reprises qu’une boîte à outils d’options potentielles pour aborder la situation turque sera examinée lors d’une réunion des ministres européens des Affaires étrangères les 27 et 28 août à Berlin.

La presse grecque a critiqué le fait que dans le cas de la Turquie, l’UE parle d’« options » alors que dans le cas du Belarus, elle évoque des « sanctions ».

Athènes appelle à des sanctions qui « paralyseraient » l’économie turque, en ciblant des domaines clés comme le secteur bancaire, mais il sera très complexe d’obtenir l’unanimité des États membres de l’UE à ce sujet.

Lors de la dernière réunion des ministres des Affaires étrangères le 14 août, un certain nombre de pays tels que l’Espagne ont demandé une « approche diplomatique discrète » envers la Turquie.

L’Allemagne, la Hongrie et l’Italie ont également fait preuve de prudence.

La Roumanie a proposé d’inviter le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu à une réunion à Berlin, une idée rejetée d’emblée par le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell.

Jusqu’à présent, la France et l’Autriche ont demandé que Bruxelles adopte une position plus ferme à l’égard d’Ankara. Mercredi (19 août), le président français Emmanuel Macron a qualifié la Turquie de « facteur déstabilisant pour l’Europe », accusant son président Recep Tayyip Erdoğan de mener une politique expansionniste qui « mélange le nationalisme à l’Islam » et n’est pas compatible avec les intérêts européens.

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Le rôle de l’Allemagne

L’Allemagne, qui siège actuellement à la présidence tournante de l’UE, fait pression pour dissoudre la crise et tente de servir de médiateur entre les deux pays en les poussant au dialogue.

Cependant, à Athènes, nombreux sont ceux qui pensent que la position neutre de l’Allemagne encourage « l’aggressivité turque ».

Les médias grecs ont récemment révélé que lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du 14 août, Berlin s’était opposé à Athènes au sujet de la déclaration officielle finale, laissant entendre que l’Allemagne avait refusé de « saluer » l’accord maritime gréco-égyptien et que, par conséquent, aucune déclaration officielle n’avait été adoptée.

Des sources diplomatiques proches du dossier ont indiqué que la réunion était informelle et que les acteurs présents ne pouvaient pas adopter de déclaration formelle à moins de lancer une procédure écrite par la suite.

Les mêmes sources ont ajouté que Berlin avait toujours fait preuve de solidarité à l’égard de la Grèce et de Chypre tout en soulignant la nécessité d’une accalmie dans la région.

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