Guy Verhofstadt hors course pour succéder à Barroso

Rasmussen.jpg

Cet article fait partie de l'édition spéciale Budget UE 2014-2020.

EXCLUSIF / L’un des hommes politiques européens les plus célèbres et francs, Guy Verhofstadt, l’ancien premier ministre de la Belgique et dirigeant actuel du groupe politique ALDE au Parlement européen, ne se présentera probablement pas au poste de président de la Commission, a cru comprendre EURACTIV.

Les libéraux européens n'ont pas pu se mettre d'accord sur le candidat qui remplacera le président de la Commission, José Manuel Barroso, après les élections européennes de 2014. Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, un libéral danois est en effet pressenti à une autre fonction : président du Conseil européen.

 

Des sources présentes lors du congrès des libéraux, organisé à Dublin du 8 au 10 novembre, ont indiqué à EURACTIV que même si Guy Verhofstadt était un candidat évident au poste de président de la Commission, le parti ne pourrait pas le présenter en tant que candidat. M. Rasmussen, l'ancien premier ministre danois, dont le mandat en tant que secrétaire général de l'OTAN expire en 2014, a en effet l'intention de prendre la place d'Herman Van Rompuy au poste de président du Conseil.

 

M. Rasmussen pourrait en second choix succéder à Catherine Ashton, la haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

 

Dans les deux cas, il semble impossible que plus d'un candidat libéral obtienne plus d'un des trois postes qui seront disponibles pratiquement simultanément.

 

Des sources ont indiqué que lors du congrès, M. Verhofstadt avait soutenu que les libéraux devraient présenter un candidat commun au poste de président de la Commission. Les deux grands groupes politiques, le Parti des Socialistes européens (PES) et le Parti populaire européen (PPE), ont déjà annoncé qu'ils éliraient un candidat pour le poste de M. Barroso bien avant les élections européennes en juin 2014 afin de mobiliser les électeurs.

 

Le PPE choisirait-il Donald Tusk ?

 

Les socialistes devraient nommer le président du Parlement, Martin Schulz, et le PPE devrait soutenir le premier ministre polonais, Donald Tusk, a ajouté M. Verhofstadt lors du congrès. Il a ajouté qu'il serait étrange que les libéraux « s'abstiennent » de nommer un candidat.

 

Martin Schulz est un candidat presque certain. Il est toutefois difficile de savoir si le PPE désignera M. Tusk parce qu'il vient d'un État non membre de la zone euro et que sa maîtrise de l'anglais pourrait être insuffisante en vue de mener des discussions compliquées au plus haut niveau.

 

Des déclarations à huis clos de certains hommes politiques libéraux ont révélé qu'il n'existait pas de consensus pour proposer un candidat commun au poste de président de la Commission.  Un des orateurs a même accusé M. Verhofstadt de prendre la parole afin de promouvoir sa propre candidature.

 

Des détracteurs de M. Verhofstadt au sein de son parti arguent que dévoiler un nom à un stade aussi précoce pourrait être contre-productif. Ils ont également indiqué que le candidat susceptible d'être élu avait peu d'ennemis, impliquant que M. Verhofstadt était déjà hors course.

 

Déjà vu ?

 

Ce pourrait être la troisième fois que Guy Verhofstadt perd l'une des plus hautes fonctions exécutives de l'UE.

 

Il était candidat au poste de président de la Commission en 2004, mais le premier ministre britannique de l'époque, Tony Blair, avait opposé son veto. En 2009, les partisans de M. Verhofstadt avaient espéré qu'une coalition libéraux-socialistes-verts lui permette de succéder à M. Barroso. Les premiers ministres espagnol et portugais avaient toutefois soutenu M. Barroso et le camp de centre gauche avait suivi.

 

Le congrès a décidé qu'en mai, un forum libéral permettrait une dernière fois de convenir du nom du ou des candidats. Selon un projet de résolution, les libéraux auraient finalement trouvé un consensus en la désignation d’un candidat pour le poste de président de la Commission « à temps pour la campagne des élections parlementaires de 2014 ». Le texte n’a toutefois pas été adopté en raison de désaccords sur l’introduction de listes transnationales pour 10 % des eurodéputés, de la diminution du nombre de commissaires, et de la nomination de la moitié des eurodéputés actuels à ces postes.

 

EURACTIV a demandé au cabinet de M. Rasmussen de commenter son ambition de briguer un poste de haut niveau. La porte-parole de l'OTAN, Oana Lungescu, a répondu : « Le mandat du secrétaire général a récemment été prolongé d'un an jusqu'en juillet 2014. Il a été très honoré de la confiance et du soutien des gouvernements des alliés de l'OTAN. Il  occupe donc une fonction importante et il s'y consacre entièrement. »

 

Des élections européennes anticipées ?

 

Pour les libéraux, ou du moins ceux proches de M. Verhofstadt, si les élections européennes sont organisées en juin 2014, cela jouerait en faveur des chefs d'État et de gouvernement, responsables du choix du nouveau président de la Commission.

 

En vertu du Traité de Lisbonne, les dirigeants de l'UE votent à la majorité qualifiée afin de nommer une personne au poste de président, en tenant compte des dernières élections européennes. Cette proposition est ensuite présentée au Parlement qui peut approuver ou rejeter la nomination. Si une majorité absolue d'eurodéputés soutien le candidat, il ou elle est élu(e).

 

Le problème est que le Parlement n'a pas le temps de s'organiser en raison des vacances d'été. Les eurodéputés pourraient ne pas parvenir à un accord avant septembre, ce qui donnerait le dessus aux dirigeants de l'UE.

 

Si les élections sont organisées en mai, plutôt qu'en juin, le nouveau Parlement aurait encore le temps de s'organiser et de jouer un rôle dans la procédure, selon les libéraux. Ils estiment que l'élection du président de la Commission devrait idéalement avoir lieu en juillet.

Réactions

Lors du congrès, le président du parti ELDR, Sir Graham Watson, a proposé qu'afin d'éviter toute confusion, le groupe libéral européen ELDR (Parti européen des libéraux démocrates et réformateurs) change de nom en ALDE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe), comme c'est déjà le cas au Parlement européen. Sa proposition a été adoptée.

 

Il a également plaidé pour qu'un court manifeste sous la forme d’une liste soit intégré dans les plateformes nationales pour les élections européennes. Il a également appelé à « un premier échange de points de vue sur la manière de choisir des candidats aux postes de haut niveau de l'UE [...]. »

 

M. Watson a critiqué le PPE pour avoir accueilli des hommes politiques tels que l'Italien Silvio Berlusconi, le Roumain Traian B?sescu et le Bulgare Boiko Borissov ainsi que le PSE pour avoir fait de même avec Zoran Jankovi?, un homme d'affaires important qui est devenu premier ministre de la Slovénie, et le Mouvement Palikot en Pologne, dirigé par l'homme d'affaires Janusz Marian Palikot.

 

M. Watson a également proposé d'aborder le chômage des jeunes. Un service civique pour les jeunes est nécessaire dans l'UE.

 

« Les chiffres du chômage des jeunes sont dangereusement élevés. Nous perdons des talents, nous abandonnons l'éthique professionnelle, ce qui condamne les jeunes à l'inactivité. Nous devons mobiliser nos jeunes, non pas par le biais d'un service militaire dépassé, mais grâce à un service civique européen, réalisable partout en Europe et au-delà, afin d'entreprendre des activités sociales utiles », a-t-il déclaré.

 

Lors du congrès, le dirigeant du groupe ADLE, Guy Verhofstadt, a condamné non seulement les « anciens europhobes » au sein des conservateurs britanniques, mais également les nouveaux europhobes du Parti travailliste.

 

« Ce qu'Ed Miliband [le dirigeant du parti travailliste] a fait, c'était vraiment du nationalisme et du populisme : conclure un accord sur le budget européen entre son parti et les hommes politiques les plus europhobes que vous puissiez trouver à Westminster », a-t-il déclaré. M. Verhofstadt a fait allusion au vote récent grâce auquel le Parti travailliste a rejoint l'aile la plus eurosceptique du Parti tory et a pris une décision obligeant David Cameron à s'assurer que le prochain budget de l'UE 2014-2020 soit diminué en termes réels.

 

« Lorsque c'est arrivé, j'ai même écrit sur Tweeter que Tony Blair me manquait. Et pour ceux qui connaissent ma relation avec lui, cela montre bien à quel point je suis désespérée. [...] L'approche de M. Cameron mènera à une adhésion de seconde classe pour le Royaume-Uni.  Un statut comparable à celui de la Norvège, pour ne pas dire la Turquie », a-t-il ajouté. [plus d'infos]

 

Nick Clegg, le vice-premier ministre britannique, a indiqué qu'il espérait pouvoir accueillir les partis libéraux lors du congrès de l'ELDR en 2013, à Londres.

 

Il a évité le sujet du budget européen, mais a expliqué sa vision du besoin de croissance en ces termes :

 

« Où d'autres hommes politiques voient un risque, nous, libéraux, voyons du potentiel. Où d'autres partis voient des menaces, nous, libéraux, voyons des opportunités. L'opportunité d’accroître la prospérité en achevant le marché unique dans les services et le numérique, en débloquant 4 000 € de revenus supplémentaires pour chaque ménage européen; l'énorme potentiel de croissance pour l'Europe si elle sensibilise le monde à la recherche et au développement ainsi qu'au secteur de la haute technologie, en débloquant des investissements et des capitaux-risques pour nos innovateurs ainsi qu'en autorisant un nouveau brevet à l'échelle européenne; l'opportunité pour nous de peser collectivement afin de promouvoir des accords de libre-échange en faveur des entreprises et des consommateurs européens. »

 

« Des accords tels que le dernier accord de libre-échange entre l'UE et la Corée du Sud ont augmenté les exportations européennes de 1,7 milliard d'euros, ou des accords qui changent la donne avec certains grands marchés mondiaux, comme le Japon et les États-Unis », a ajouté M. Clegg.

 

Contexte

Les prochaines élections européennes seront organisées dans tous les États membres les 5 et 8 juin 2014, sauf si le Conseil, statuant à l'unanimité, décide de modifier ces dates. Ce seront les huitièmes élections du Parlement européen depuis les premières élections directes en 1979.

 

Le traité de Lisbonne, entré en vigueur le 1er décembre 2009, prévoit que le Parlement européen élira le président de la Commission européenne sur la base d'une proposition du Conseil européen qui tiendra compte des élections européennes (Article 17, alinéa 7 du TUE). Cette disposition s'appliquera pour la première fois dans le cadre des élections de 2014.

 

Lors du congrès du Parti des Socialistes européens (PSE) le 28 septembre, le dirigeant Sergueï Stanichev a affirmé que le PSE s'unirait pour présenter un candidat commun pour le poste de président de la Commission et que l'année prochaine serait dédiée au processus de sélection d'un candidat.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.