Hongrie et Bulgarie: jeu de dupes au Parlement européen

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Les situations politiques dans ces deux pays font l’objet de débats dans l’hémicycle. Mais au-delà des grandes déclarations, ils ne sont que le reflet de luttes politiques entre conservateurs et sociaux-démocrates.

Un étrange scénario s’est déroulé, mardi 2 juillet, au Parlement européen réuni à Strasbourg en séance plénière.

Les débats sur la Hongrie et la Bulgarie ont mis successivement les principales familles politiques face à leur manque de cohérence dans leur engagement en faveur du respect des règles de droit et des droits fondamentaux des citoyens européens.  

Pour la deuxième fois en deux ans, les députés ont accueilli le Premier ministre hongrois pour un débat sur l’état de la démocratie dans le pays. Depuis 2010, Viktor Orban est régulièrement mis en accusation par les institutions de l’UE.

Influence des autorités hongroises

La Commission a plusieurs fois demandé au Premier ministre d’annuler certaines modifications de sa Constitution et des lois cardinales, jugées contraire aux valeurs européennes et au droit. La dernière réforme en date (mars 2013, la quatrième en quatre ans) est toujours en cours d’analyse a précisé le président de l’exécutif européen, José Manuel Barroso.

Les députés doivent, pour leur part, voter, mercredi 3 juillet, un rapport très critique sur la situation en Hongrie. Il est le résultat de plusieurs semaines de tractations intenses entre d’un côté les sociaux-démocrates, les Libéraux, les Verts et l’extrême gauche, qui veulent solennellement condamner Viktor Orban et ses penchants autoritaires, et, de l’autre, les conservateurs du Parti populaire européen (dont l’UMP est membre), qui cherchent à protéger l’un des leurs.

Le groupe PPE a d’ailleurs déjà annoncé qu’il rejetterait en bloc le rapport. Au cours de son élaboration, les autorités hongroises elles-mêmes n’ont pas manqué de faire pression sur le groupe politique, tout en l’abreuvant d’explications techniques pour justifier ses réformes.

Ce rapport, que la rédaction s’est procuré, en est un exemple. Il est anoté par le ministère des Affaires européennes hongrois (en bleu, en anglais) et réfute point par point toutes les critiques :

 

« Contre la Hongrie »

Lors du débat au Parlement, mardi 2 juillet, le libéral belge Guy Vershoftadt a accusé Viktor Orban de créer “une démocrature”. Régime hybride, il aurait l’apparence d’une démocratie, mais serait complètement verouillé de l’intérieur. Le Fidesz dispose en effet des deux tiers des sièges du Parlement.

Assumant sa politique, Viktor Orban a répliqué en mettant en avant ses bons résultats économiques et en défendant farouchement l’indépendance hongroise que le Parlement européen mettrait en péril. Le Premier ministre a ajouté que ceux qui voteront le rapport parlementaire sur la situation politique du pays voteront “contre la Hongrie”.

Rares sont les voix au PPE qui osent contester cette ligne. Le chef de la délégation UMP, Jean-Pierre Audy, a réaffirmé « son soutien » à Viktor Orban. 

Dans une tribune publiée sur l’Express, le député luxembourgeois Frank Engel, qui a négocié le rapport au nom de son groupe, critique la stratégie d’Orban qui consiste à refuser toute critique et à utiliser l’UE comme un bouc-émissaire pour se renforcer lui-même sur le plan intérieur. En signe de désaccord, M. Engel s’abstiendra lors du vote sur le rapport.

Le patron du PSE mis en cause

Au total, l’exercice aura duré plus de deux heures et demi pour ensuite laisser place à un débat sur la situation intérieure d’un autre membre de l’UE, la Bulgarie. Si les députés s’étaient déplacés en masse pour assister aux échanges sur la Hongrie, sujet extrêmement médiatique depuis trois ans, l’hémicycle s’est retrouvé presque vide à 17h30.

Et…les rôles se sont inversés : en Bulgarie, les socialistes sont au pouvoir et accusés de maltraiter les institutions démocratiques. Mais pas question cette fois pour les sociaux-démocrates (S&D) du Parlement européen de condamner en bloc leur allié.

Depuis presque trois semaines, le pays est secoué par de vives protestations de la population contre le gouvernement. Ce dernier a essayé de placer à la tête des services de sécurité du pays, Delian Peevski, un député à la réputation sulfureuse, soupçonné de travailler avec la mafia et possédant de nombreux médias d’importance.

Les manifestants demandent le départ du Premier ministre, Plamen Orecharski, mais aussi celui de Serguei Stanichev, le président du Parti socialiste bulgare qui est aussi…le président du Parti socialiste européen.

Crise des droits fondamentaux ?

Claude Moraes, qui s’est exprimé au nom du groupe S&D, s’est réfugié derrière les analyses de la Commission européenne. Une stratégie identique à celle du PPE quand la Hongrie est mise en cause.

Alors que les manifestations battaient leur plein à Sofia, le 22 juin, le Congrès du PSE s’est réuni dans la ville, offrant un soutien inespéré à Serguei Stanichev. Le président du Parlement européen, le socialiste allemand Martin Schulz était présent, ainsi qu’Hannes Swoboda, chef du groupe des sociaux-démocrates au Parlement européen.

Prompte à réclamer des sanctions contre la Hongrie, la famille des libéraux a même été représentée, mardi 2 juillet, par la députée Filiz Hakaeva Hyusmenova, du parti de la minorité turque bulgare dont est issu Delian Peevski… Pour elle, “la Bulgarie fonctionne”, “le gouvernement respecte la Constitution (…) et est à l’écoute de la rue”.

Par la voix du député Manfred Weber, les conservateurs du PPE ont logiquement jugé l’intérêt des socialistes pour les droits fondamentaux “à géométrie variable” et conspué l’alliance tacite avec l’extrême droite (Ataka). Le gouvernement bulgare ne dispose pas de la majorité absolue au sein de son Parlement. Sans l’abstention du parti Ataka, aucune loi ne peut passer.

C’est le “pacte avec le diable”, a lancé M. Weber en réclamant de nouvelles élections, même si les dernières dates du 12 mai 2013.

Auteur du rapport sur la Hongrie, et tout aussi critique sur la situation en Bulgarie, le Vert portugais Rui Tavares a résumé l’incohérence du débat au Parlement européen : elle est la conséquence “d’une nouvelle crise qui se profile dans l’UE”, “celle des droits fondamentaux”, qui succède à la crise économique.

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