À Berlin, la Turquie et la Biélorusse définissent l’équilibre fragile de la crédibilité européenne

Heiko Maas, ministre allemand des Affaires étrangères et Josep Borrell, haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Berlin, 27/08/2020. Auswaertiges Amt/photothek [Auswaertiges Amt/photothek]

Les ministres européens des Affaires étrangères peinent à s’accorder sur les sanctions prévues du bloc envers la Biélorussie, tout en réfléchissant aux mesures adéquates à prendre afin d’apaiser les tensions en Turquie.

Le 27 août, seule la Biélorussie était à l’ordre du jour des ministres des Affaires étrangères de l’UE. Néanmoins, ils ne sont pas parvenus à tirer des conclusions tangibles lors de leurs réunions. De ce fait, certains États membres tentaient de combiner la situation à Minsk à la réponse diplomatique européenne à l’égard d’Ankara, une possibilité à laquelle Heiko Maas, le ministre allemand des Affaires étrangères, s’est opposé.

Il se peut que les entretiens turcs du 28 août apportent tout de même une solution à la crise que traverse la Biélorussie, ont soutenu deux représentants européens après la première ronde de négociations.

Les États membres inquiets de la situation actuelle ont déclaré qu’ils comprenaient la nécessité d’imposer des sanctions, car les actes biélorusses constituaient des violations au droit international, mais ils soulignent que les valeurs européennes « devraient être appliquées partout et de manière égale ».

Les autorités chypriotes ont laissé entendre qu’elles pourraient bloquer les sanctions envers la Biélorussie à moins que les pressions européennes ne s’intensifient à l’égard de la Turquie.

« Nous ne voulons pas que l’UE ait deux poids, deux mesures, ou que des ambiguïtés persistent », a annoncé le ministre chypriote des Affaires étrangères Nikos Christodoulides en réponse à une question concernant la position de son pays face à l’application de sanctions biélorusses uniquement.

« Il est primordial de protéger la crédibilité du navire européen », a-t-il ajouté.

Selon le M. Maas, il n’existe aucun lien plausible entre de possibles sanctions biélorusses et une solution turque. « Nous ne pouvons pas comparer ou connecter des conflits comme ceux biélorusses au comportement des autorités turques dans la Méditerranée orientale », a-t-il avancé.

« Si nous tentons d’établir un quelconque lien entre les deux, nous risquons de ne plus pouvoir agir en tant que bloc », a-t-il mis en garde.

Bien que le bloc ait dénoncé, à maintes reprises, des violations perpétrées par Ankara dans l’espace aérien et maritime grec ainsi que sur le territoire chypriote, il n’a pris aucune mesure phare jusqu’à présent afin de condamner ces agissements par crainte de s’éloigner d’un voisin stratégique important.

Josep Borrell présentera une boîte à outils d’options afin d’aborder la situation critique en Turquie. Selon une source diplomatique proche du dossier, ces options devraient être « plus larges que des sanctions ».

« Les ministres des Affaires étrangères réfléchiront à leurs différents moyens d’influence ou avantages afin d’amener la Turquie au dialogue », a expliqué un représentant européen.

Les ministres devraient s’entretenir sur toutes les questions en suspens concernant Ankara, des mouvements migratoires à la guerre en Libyen en passant par les forages gaziers en Méditerranée orientale sans oublier une possible suspension des discussions d’adhésion à l’UE.

À Berlin, les enjeux sont décisifs pour les relations entre l'UE et la Turquie

L’exacerbation des tensions concernant les frontières maritimes et les réserves de gaz naturel entre la Turquie et le reste de l’UE, en particulier la Grèce, met à rude épreuve la politique étrangère fragmentée et sinueuse du bloc.

Le commissaire à l’élargissement Oliver Várhelyi a indiqué à Berlin que les perspectives turques d’adhésion à l’UE étaient « largement remises en question ».

Toutefois, aucune décision relative à la mise en œuvre de mesures punitives contre la Turquie n’est attendue avant que les leaders européens n’organisent un sommet extraordinaire ou que les ministres des Affaires étrangères se rencontrent à la fin septembre.

Biélorussie : Les sanctions s’enlisent

Au cours du sommet extraordinaire à la mi-août, les leaders européens ont rejeté à l’unisson les résultats des élections biélorusses. Le bloc devrait, à cet effet, imposer une série de sanctions contre les acteurs impliqués dans la fraude électorale et les actes de violences policières concomitants aux manifestations de Minsk.

Une procédure légale a été engagée par les ministres européens des Affaires étrangères le 14 août dans le but de dresser une liste des personnes à incriminer qui devrait être débattue lors des réunions à Berlin.

Lors des débats de jeudi (27 août) sur la Biélorussie, les chefs des pays baltes ont maintenu qu’ils considéraient comme inadéquats les précédents plans européens de sanctions contre les partisans du président biélorusse, Alexander Loukachenko.

Il semblerait, en outre, que plusieurs États membres soient déçus que la liste noire ne compte qu’une vingtaine de personnes, tout au plus.

Bien que ce sujet ait été discuté jeudi, le nombre précis de personnes contre qui s’élèvent des sanctions dépendra de deux facteurs.

D’une part, une décision politique doit être prise sur les personnes à cibler, soit les représentants subalternes à l’origine de la fraude soit les personnes de haut rang, notamment M. Loukachenko.

Les mesures punitives « progressives » seraient sur le point de se concrétiser, autrement dit le nombre de personnes ciblées pourrait augmenter au fur et à mesure.

D’autre part, l’UE doit également prouver que les choix figurant sur la liste sont valables sur le plan juridique et qu’elle est en mesure de se défendre devant toute juridiction.

Pour le ministre lithuanien des Affaires étrangères Linas Linkevičius, « il en va de la crédibilité du bloc ». Les plans européens visant à sanctionner seulement une vingtaine de personnes sont « trop symboliques […] et donc insuffisants. Ces actions ne sont pas sérieuses. »

Par ailleurs, l’Allemagne, actuellement à la tête de la présidence tournante du Conseil de L’UE, souhaiterait que la liste soit revue à la hausse.

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