Le Comité des régions veut une UE plus locale

Aleksandra Dulkiwicz, maire de Gdańsk ; Markku Markkula, premier vice-président du Comité européen des régions ; Klaus Iohannis, président de la Roumanie ; et Karl-Heinz Lambertz, président du Comité européen des régions, lors de la présentation de la déclaration de Bucarest. [European Union/Denis Closon]

Des centaines de dirigeants locaux et régionaux exigent de repenser l’UE de manière ascendante au sommet des villes et régions, qui précède la rencontre de Sibiu, en mai.

« Nous, responsables politiques de l’Union européenne élus aux niveaux régional et local, sommes convaincus que l’Union européenne a besoin de ses régions et de ses villes autant que celles-ci ont besoin de l’Union européenne », lit-on dans la déclaration de Bucarest, adoptée après le 8e sommet des villes et régions.

À cette occasion, un millier de participants ont envahi les couloirs du siège du parlement roumain, deuxième plus grand bâtiment administratif au monde. La déclaration est le fruit de mois de consultations au sein du Comité européen des régions (CoR), un organe consultatif de l’UE.

Les élus ont réitéré l’importance d’une Europe décentralisée et comportant davantage de subsidiarité après le Brexit, afin de renforcer « la transparence, l’obligation de rendre compte et la qualité de la prise de décision politique grâce à un meilleur dialogue avec les citoyens ».

À une période marquée par la perte de confiance des citoyens dans les institutions, ils prônent la consolidation du lien entre l’UE et ses citoyens, entreprise dans laquelle les villes et régions ont un grand rôle à jouer. « À un moment où les divergences et les antagonismes s’exacerbent, les villes et les régions de l’Union ainsi que leurs représentants élus assurent un lien de proximité, de confiance et de stabilité avec l’Union », confirme leur déclaration.

Le président roumain, Klaus Iohannis, s’est félicité de ce lien qui unit les citoyens et leurs élus locaux et régionaux. « Cette connexion directe avec les citoyens donne au Comité des régions une légitimité supplémentaire. Or, dans le contexte de la gouvernance, la légitimité est un aspect clé », a-t-il déclaré lors de la rencontre. « Vous êtes l’institution qui ressent le mieux le pouls de l’Europe. »

La cohésion, instrument de lutte contre l’euroscepticisme

La coopération entre institutions, autorités locales et régionales est la clé de la lutte contre l’euroscepticisme, a assuré la Première ministre roumaine, Viorica Dăncilă au Comité des régions.

Une Europe en trois dimensions

Les élus locaux et régionaux estiment que la gouvernance européenne ne devrait pas être bidimensionnelle – gouvernements nationaux et institutions européennes -, mais tridimensionnelle, en incluant les villes et régions dans le processus décisionnel, notamment sur l’avenir de l’Europe.

« Personne ne peut reconstruire l’Europe seul. Nous devons mobiliser les représentants élus par les citoyens dans les villes, régions et pays, et au Parlement européen », juge  Karl-Heinz Lambertz, président du CoR.

« Pour reconstruire la confiance, reconnecter avec les citoyens et renouveler l’Europe, l’UE doit compter sur ses élus locaux et régionaux, qui sont plus d’un million », poursuit-il. Il appelle aussi ces mêmes élus à « reconnaître la dimension européenne de leur travail ».

Une notion à laquelle fait également écho Donald Tusk, le président du Conseil, qui souligne que l’Europe n’existe que grâce à la foi de ses citoyens. « Pour orienter l’UE, nous devons travailler ensemble, à tous les niveaux, y compris local et régional », a-t-il ajouté.

Plus de cohésion sociale

Mondialisation, révolution numérique, changement climatique et démographique… Les enjeux ne manquent pas. « Si l’on ne veut pas que l’intégration européenne devienne un processus réversible, ces mutations, qui cristallisent les inégalités sociales, économiques et territoriales, doivent être accompagnées, orientées et réglementées par une concentration des efforts à tous les niveaux de gouvernement », indique la déclaration du CoR.

Le CoR insiste aussi sur la nécessité de continuer à investir dans la cohésion sociale et territoriale après la fin du cadre financier pluriannuel, en 2020. L’organisme est prêt à s’engager « avec les chefs d’État et de gouvernement » dans la construction d’une Europe de cohésion, « une Europe unie, de solidarité ». Une Europe « qui nous fournit les ressources nécessaires à l’action concrète et au soutien des citoyens européens », ajoute Karl-Heinz Lambertz. « Une Europe qui assure le progrès économique et social pour tous ses citoyens, où qu’ils vivent. »

L’alarme du Brexit

L’insistance sur le lien avec les citoyens n’est pas une coïncidence. Le sommet intervient en effet à quelques semaines du sommet informel du Conseil à Sibiu sur l’avenir de l’Europe et de la sortie du Royaume-Uni de l’UE. L’accord de retrait du pays aurait dû être signé avant la rencontre.

Michel Barnier, qui a décidé de se joindre au débat sur l’avenir de l’Europe, malgré la situation britannique toujours aussi chaotique, était donc la grande star de l’événement. Au moment où le négociateur européen parcourait le vaste siège du parlement roumain, les députés britanniques votaient pour une extension de l’article 50, qui retarderait la sortie effective de l’Union.

Il a fait le bilan de ces deux années de négociations, qui se sont résolues au niveau technique, mais pas politique. Il a prévenu les Britanniques que « si le Royaume-Uni souhaite toujours quitter [l’UE] et le faire de manière ordonnée », l’accord négocié était la seule option possible.

« Les conséquences du Brexit sont innombrables et ont été largement sous-estimées avant et après le référendum », estime-t-il. L’accord négocié « prévoit des assurances juridiques et de la certitude là où le Brexit a créé l’incertitude ». Son rejet par les parlementaires britanniques « ne fait que prolonger et aggraver cette incertitude ».

« Le Brexit est une sonnette d’alarme pour ceux qui croient en l’Union européenne et pour ceux qui croient pouvoir vivre sans elle », a pour sa part fait remarquer Karl-Heinz Lambertz. « Nous ne vivrions pas mieux hors de l’Europe. Dans un contexte mondialisé, on n’est jamais plus fort quand on est seul. Espérons que cette aventure ne se termine pas en catastrophe. »

May prête à demander un report du Brexit

Le Royaume-Uni demandera officiellement un report du Brexit après que la Chambre des communes a approuvé à une écrasante majorité une prolongation. Le gouvernement de Theresa May peut désormais abandonner son projet de quitter l’UE le 29 mars.

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