A Bruxelles, Conte tente d’aplanir les relations avec l’UE

Giuseppe Conte et Ursula von der Leyen [Conte's media team]

Giuseppe Conte, fraichement réélu en tant que Premier ministre italien a volontairement choisi Bruxelles et les institutions européennes comme première visite officielle. Son but ? apaiser les tensions et entamer une nouvelle relation de concession avec la Commission européenne.

Après avoir remporté le vote de confiance au Sénat, le 11 septembre, Giuseppe Conte s’est rendu à Bruxelles pour rencontrer toutes les figures clés du système européen actuel et futur.

La visite officielle a formalisé le changement d’approche du nouveau gouvernement vis-à-vis de l’UE : après 14 mois de liaison dangereuse sous l’influence de la Ligue d’extrême droite, l’hostilité laisse place à la bienveillance envers Bruxelles de la part du nouvel allié, le Parti démocrate de centre gauche (PD).

« Je voulais vraiment me rendre auprès des institutions européennes pour mon premier déplacement à l’étranger », a déclaré Giuseppe Conte à la presse avant son déjeuner de travail avec le président du Parlement européen, son compatriote David Sassoli. Il a affirmé que l’Italie voulait contribuer à rendre l’Europe plus juste, plus inclusive et plus forte.

Cette nouvelle ambiance amicale rompt avec le climat de tension de ces derniers mois, lorsque le Premier ministre se rendait à Bruxelles uniquement pour tenter d’éviter la procédure d’infraction pour déficit excessif.

Giuseppe Conte a également rencontré la nouvelle présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et l’actuel, Jean-Claude Juncker, et s’est entretenu avec le nouveau président du Conseil européen, Charles Michel, ainsi que son prédécesseur, Donald Tusk, son « ami incroyable ».

Un pacte avec l’UE

Giuseppe Conte a également fait part de l’intention de son gouvernement d’adopter une loi de finances ambitieuse pour l’année prochaine dans le but de réduire l’énorme dette publique grâce à la croissance générée par un vaste plan de dépenses d’investissement.

« Ce que j’ai demandé, c’est d’établir un pacte avec l’UE pour faire des investissements dans la numérisation, l’économie verte et circulaire », a précisé Guiseppe Conte lors d’un point de presse.

La stratégie présentée vise à exiger davantage de dépenses déficitaires pour répondre aux priorités de la Commission von der Leyen par le biais d’investissements numériques et verts plutôt que de financer le soutien social comme ce fut le cas avec les mesures phares de la réforme des retraites et du revenu de base définies par le précédent gouvernement dans le budget de l’an dernier.

L'Italie espère de la souplesse de la part de l'Europe pour son budget

Le nouveau gouvernement italien, qui doit relancer un pays à l’arrêt, espère plus de souplesse de l’Europe sur son déficit public, une nécessité qui pourrait trouver davantage d’écoute que par le passé et sera évoquée au forum économique de Cernobbio.

« Ce sont les cartes que nous voulons jouer et c’est notre programme. Donnez-nous les moyens de réaliser ces investissements pendant un certain temps », a-t-il souligné, en demandant à la nouvelle Commission de fermer les yeux sur l’augmentation des dépenses publiques.

Outre le soutien pratique pour la mise en œuvre du programme d’Ursula von der Leyen, le nouveau gouvernement italien peut également garantir en retour les votes dont elle aura besoin pour que son exécutif européen soit validé au Parlement européen en octobre, puisque les eurodéputés de la nouvelle coalition au pouvoir faisaient partie de la majorité qui a voté pour elle en juillet.

Mais la plus grande ambition de l’Italie pour son commissaire nouvellement désigné, Paolo Gentiloni, n’est pas d’aider l’Italie à éviter les procédures d’infraction à l’avenir, mais de jouer un rôle actif dans la réforme de la gouvernance économique de l’Union.

« Nous voulons revoir le Pacte de stabilité et de croissance pour s’assurer que les règles de l’UE renforcent la croissance économique et le développement durable de l’Italie et de toute l’Europe », a déclaré Giuseppe Conte dans son discours au Sénat, avant de remporter le second vote de confiance.

7 recettes magiques pour sauver le pacte de stabilité et de croissance

Le comité budgétaire européen souhaite une réforme du pacte de stabilité et de croissance pour simplifier les règles budgétaires européennes et encourager l’investissement productif alors que les taux d’intérêt flanchent.

Le parti démocrate comme garantie

Le nouveau parti au pouvoir, le PD, aura un rôle pivot pour améliorer les relations et s’assurer que la lune de miel entre l’UE et l’Italie dure le plus longtemps possible. Des hommes de confiance du centre gauche ont pour cela été nommé dans des postes clés en lien avec les affaires européennes.

Le nouveau gouvernement ne devrait pas entrer en confrontation avec la Commission tant que l’expérimenté Paolo Gentiloni sera en charge des affaires économiques au Berlaymont, même si le Letton Valdis Dombrovskis gardera un œil sur lui et sur les finances publiques italiennes.

Les réactions à Rome ont été aigres-douces sur la répartition des postes mise en place par Ursula von der Leyen, étant donné que les pouvoirs de Paolo Gentiloni semblent être limités par la vice-présidence exécutive de Dombrovskis.

Le gouvernement Conte se rend toutefois bien compte que Rome ne pouvait pas en demander davantage et qu’un leadership à deux têtes de la gouvernance économique de l’UE s’est avéré efficace lors du précédent mandat de la Commission. Pierre Moscovici et Valdis Dombrovskis jouant les rôles de bon et mauvais flics.

Quand elle a dévoilé son équipe, Ursula von der Leyen a également déclaré que le travail d’équipe serait plus facile maintenant que l’ancien eurodéputé Roberto Gualtieri, issu du PD également, était ministre de l’Économie et des Finances italien.

« Il sait exactement ce qu’il se passe, ce qui a été convenu et quelles sont les attentes au niveau européen », a-t-elle souligné, faisant référence à l’expérience de l’Italie à la commission ECON du Parlement européen.

Le PD ne veut pas perdre ce poste avec le départ de Roberto Gualtieri, car les rumeurs laissent entendre qu’Irene Tinagli, eurodéputée socialiste italienne, serait sa remplaçante à la présidence de la commission ECON.

Le nouveau ministre des Affaires européennes, Enzo Amendola du PD, complète l’image des ambassadeurs de centre-gauche chargés de prendre en charge le dialogue avec Bruxelles et de s’éloigner de la position eurosceptique adoptée par le premier gouvernement Conte.

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