Jouyet quitte le gouvernement avant la fin de la Présidence française de l’UE

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Le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a officiellement annoncé son départ du gouvernement pour la mi-décembre, c’est-à-dire avant la fin de la Présidence française de l’UE. Son successeur ne pourrait être connu qu’en janvier, dans le cadre d’un remaniement ministériel attendu.

Tout le monde s’y attendait…mais pas si vite. Jean-Pierre Jouyet avait indiqué au quotidien Le Parisien au mois d’octobre son intention de quitter le gouvernement après la fin de la Présidence française de l’UE. Il avait à l’époque exclu de démissionner, mais n’en aura finalement pas eu besoin. Le président de la République vient de le nommer à la tête de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Le mandat de l’actuel président de l’AMF, Michel Prada, arrivant à son terme fin novembre.

Ce socialiste membre des Gracques, un groupe d’anciens conseillers économiques et sociaux des présidents de la République, soucieux de contribuer à la modernisation intellectuelle de la gauche en France, avait symbolisé l’ouverture à gauche lors de la constitution du gouvernement de Nicolas Sarkozy en mai 2007.

La campagne pour les élections européennes approchant, Jean-Pierre Jouyet, qui n’est pas un élu, avait indiqué qu’à partir de 2009, Nicolas Sarkozy allait «entrer dans une phase où il aura besoin de gens engagés politiquement dans la perspective des européennes». Un rôle qu’il ne voulait pas jouer. «C’est un métier qui demande énormément de sacrifices personnels. Or, je ne suis pas prêt à faire les marchés, à passer tous mes week-ends en politique, à perdre mon indépendance de jugement», avait-il expliqué.

Surprise générale

Mais ce qui a surpris tout le monde, à commencer par son cabinet, est que le changement intervienne si rapidement, et surtout avant la fin de la Présidence française de l’UE (PFUE). Confirmée au ministre le 13 novembre, la nouvelle n’était pas censée être révélée si tôt, mais le président de la République ne l’aurait pas conservé secrète bien longtemps. Un article du journal Le Monde publié le 14 novembre au matin a donc rendue publique la nouvelle.

Quelques heures plus tard un communiqué de presse de Jean-Pierre Jouyet, à la première personne du singulier, a indiqué  : « Je suis particulièrement heureux de poursuivre ainsi mon engagement au service de la construction économique et financière européenne ainsi que d’une régulation internationale efficace. » Et d’ajouter  : « Il va de soi que je reste en charge des Affaires européennes jusqu’au Conseil européen de la fin de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne qui mobilise toute mon énergie. »

La Présidence française de l’UE s’achève officiellement le 31 décembre 2008. Mais le Conseil européen de fin de mandat, qui devrait porter sur le dossier prioritaire de la PFUE, à savoir le paquet énergie-climat, a lieu les 11 et 12 décembre. Quant à la présentation du bilan de la PFUE par Nicolas Sarkozy devant le Parlement européen, elle a été avancée au 16 décembre. Si l’annonce du départ de Jean-Pierre Jouyet a surpris les cercles européens et suscité quelques inquiétudes sur l’impact en terme d’image pour la France, tous s’accordent à dire que sur le fond, l’action de la Présidence sera achevée le 15 décembre.

« Il a été la cheville ouvrière de la Présidence, mais aujourd’hui tous les trains sont lancés, les ministres sont chacun en charge de leurs dossiers et la coordination est faite à Matignon », estime le député européen et ancien secrétaire d’État aux Affaires européennes, Alain Lamassoure.

« Le remplacement de Jean-Pierre Jouyet se fera dans la foulée (de la fin de la Présidence française), à la fin ou au début de l’année prochaine », a précisé le premier ministre, François Fillon, lors d’un déplacement à Montauban (Tarn-et-Garonne) le 14 novembre. En clair, le secrétaire d’État aux Affaires européennes ne devrait pas remplacé pour le moment, mais dans le cadre d’un remaniement ministériel plus important en janvier 2009.

Un remplaçant?

Qui va succéder à Jean-Pierre Jouyet ? « Ce sera une surprise », aurait déclaré Nicolas Sarkozy à ce dernier, qui l’interrogeait à ce sujet.

Si des noms circulent souvent quand un ministre est annoncé partant, difficile de connaître les personnalités pressenties pour le maroquin des affaires européennes. Peut-être parce que les personnalités susceptibles d’être compétentes à ce poste ne sont pas légion dans le paysage politique français, estime-t-on au cabinet de Michel Barnier.

« Jean-Pierre Jouyet a été très bon à ce poste parce qu’il était à la fois expérimenté dans les affaires européennes et avait de l’influence », indique un haut fonctionnaire. Selon différents observateurs, le prochain secrétaire d’État devra en outre être à même de conduire les élections européennes de juin 2009 avec une mission claire.  

Il y a quinze jours, le nom de Bruno Lemaire, diplomate et ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin, circulait. Une manière de faire un signe aux anciens chiraquiens dans la perspective des élections européennes? Le nom de la secrétaire d’État à la famille, Nadine Morano, aurait également été évoqué le jour de l’annonce du départ de Jouyet. Et coté societé civile, on aurait parlé de Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman.

Quoi qu’il en soit, le départ de Jean-Pierre Jouyet pour l’AMF semble pour l’instant faire taire les rumeurs sur sa volonté d’être le prochain commissaire européen français. Michel Barnier, dont le nom circule depuis quelques mois déjà et qui occuperait la première place sur la liste du Sud-est pour les élections européennes, serait désormais seul dans la course.

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