Juncker luttera pour «plus d’Europe» après le Brexit

Jean-Claude Juncker ne perd pas espoir. [European Union]

Après le Brexit, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, œuvrera en faveur d’un renforcement du projet européen plutôt que pour un modèle à deux vitesses.

Le président de la Commission pourrait trouver des alliés inattendus à Londres pour soutenir cette vision. L’ancien Premier ministre britannique, David Cameron, a en effet déclaré en novembre 2015 qu’il était « dans l’intérêt de tous que la zone euro soit dotée d’une bonne gouvernance et de structures garantissant le succès de l’union monétaire à long terme ».

Sa successeure, Theresa May, souhaite également que l’Union européenne soit stable et prospère, étant donné que ses 27 États membres resteront très certainement les meilleurs partenaires commerciaux du Royaume-Uni.

Dans un livre blanc publié le 1er mars, Jean-Claude Juncker a présenté cinq manières de surmonter les défis auxquels l’Europe se trouve confrontée au lendemain de la décision du Royaume-Uni de quitter l’UE. Il s’agit de: « s’inscrire dans la continuité »; « rien d’autre que le marché unique »; « ceux qui veulent plus font plus »; « faire moins mais de manière plus efficace »; et 5 enfin « faire beaucoup plus ensemble ».

Contrairement à ce qui avait été initialement annoncé à la presse, Jean-Claude Juncker pencherait davantage pour le dernier scénario, selon lequel les États membres partageraient plus de pouvoirs, de ressources et de prises de décision.

Les assistants de Jean-Claude Juncker ont toutefois affirmé que le président de la Commission garderait sa préférence pour lui. Son but n’est pas d’influencer la discussion, mais simplement d’organiser un débat ouvert avec les États membres sur l’avenir du projet européen, ont expliqué des fonctionnaires de la Commission.

>> Lire : Juncker va dévoiler sa vision pour l’UE post-Brexit

 Une Europe à deux vitesses

Dans des discours passés, Jean-Claude Juncker avait clairement fait comprendre qu’il préférait l’option d’une « Europe à plusieurs vitesses », le troisième scénario. Cette alternative permettrait de maintenir la position des États membres réticents tout en permettant aux pays désireux de s’intégrer davantage d’aller de l’avant.

« Devrions-nous avancer à 28 – nous avons déjà perdu le 28e membre – ou plutôt autoriser les pays désireux de s’intégrer davantage de le faire sans que les autres en pâtissent, en élaborant un programme plus structuré, ouvert à tous? », s’était-il interrogé lors d’une intervention à l’université de Louvain-la-Neuve. « Je soutiendrai cette approche dans les jours à venir. Et nous pouvons faire moins mais de manière plus efficace », avait-t-il déclaré aux étudiants le 23 février.

Or les pays du groupe de Visegrád (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie) se sont fermement opposés à cette option. « Indépendamment de la vitesse d’intégration des pays, nous devons tous avancer dans la même direction, avoir une vision et un objectif communs et croire en une Union forte et prospère », ont indiqué les dirigeants du groupe le 2 mars.

S’ils ont accepté que l’instrument de « coopération renforcée », qui existe déjà dans les traités européens, puisse être utilisé « pour garantir une flexibilité nécessaire », ils ont également rappelé que « tous les États membres doivent avoir accès à la coopération renforcée, qui ne doit entraîner aucune forme de désintégration du marché unique, de l’espace Schengen et de l’Union européenne elle-même ».

>> Lire : Le groupe de Visegrád craint d’être déclassé dans une Europe à plusieurs vitesses

État de l’Union

Un haut fonctionnaire européen a reconnu comme légitimes les inquiétudes des pays de Visegrád concernant le risque de créer des citoyens de première et de deuxième classe avec une Europe à plusieurs vitesses. La même source a souligné que Jean-Claude Juncker soutiendrait le cinquième scénario lors de son discours sur l’état de l’Union en septembre prochain. D’ici là, la Commission attend que les États membres expriment une position commune sur l’avenir de l’Europe. Les « premières conclusions » devraient être établies lors de la réunion du Conseil européen de décembre.

Jean-Claude Juncker s’est entretenu avec son équipe pour décider du meilleur moment auquel présenter sa vision. Il a décidé d’utiliser le livre blanc comme point de départ afin d’éviter toute réaction négative des gouvernements et des citoyens. « Cela aurait pu être perçu comme un énième projet imposé par Bruxelles », a déclaré un représentant de la Commission à Euractiv.

Si la balle est désormais dans le camp des États membres, l’exécutif européen espère qu’un soutien massif sera apporté au projet européen après le sommet européen du6 mars, à l’occasion duquel la France accueille les dirigeants allemand, espagnol et italien pour aborder l’avenir de l’Europe et préparer le sommet européen des 9 et 10 mars prochains.

>> Lire : Versailles, un sommet pour redorer l’image de l’Europe

Après le sommet franco-espagnol du 20 février, le président français, François Hollande, avait précisé que des pays tels que l’Espagne et l’Allemagne voulaient avancer « à leur propre rythme ». « Certains veulent une UE sans ambition », regrettait alors le président.

« L’Espagne est et sera en faveur d’une plus grande et d’une meilleure intégration », a précisé son gouvernement après la publication du livre blanc. « Nous ne pourrons surmonter les défis internationaux et défendre nos valeurs et nos intérêts de manière plus efficace qu’en agissant ensemble », peut-on lire dans le document.

La Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg ont réaffirmé leur soutien pour une « Europe à deux vitesses » lors du sommet de La Valette, le 3 février. « Différentes voies d’intégration et de coopération renforcée pourraient permettre d’apporter une réponse efficace aux difficultés auxquelles sont confrontés les États membres de manières diverses », pouvait-on lire dans un document commun.

>> Lire : La Commission façonne sa nouvelle vision de l’Europe pour fin 2017

  • 6 mars : Sommet de Versailles.
  • 9-10 mars : Réunion du Conseil européen.
  • 25 mars : Sommet de Rome

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