L’Elysée reprend la main sur les affaires européennes

Harlem Désir et Martin Schulz

Nommé au poste de secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Harlem Désir s’est attiré de nombreuses critiques. L’Elysée reprend la main sur le Secrétariat général des affaires européennes.

La gestion des Affaires européennes en France aura été largement chamboulée par le remaniement ministériel annoncé sous la houlette de Manuel Valls. Une nouvelle répartition des rôles semble s’organiser entre l’exécutif, dont la tête semble peu concernée par le sujet, et l’Elysée, qui reprend la main.

La nomination du député européen et premier secrétaire sortant du Parti socialiste Harlem Désir en tant que secrétaire d’Etat en charge des Affaires européennes vient allonger la liste déjà fournie des élus à ce poste. Force est de constater que la fonction joue les strapontins dans la politique française. Harlem Désir, dont la nomination a entraîné de vives critiques notamment en raison de sa faible assiduité au Parlement européen, (voir Réactions) sera en effet le dixième, en 10 ans, à occuper ce poste.

  • Mars 2004 – juin 2005 : Claudie Haigneré (15 mois)
  • Juin 2005 – mai 2007 : Catherine Colonna (23 mois)
  • Mai 2007 – décembre 2008 : Jean-Pierre Jouyet (19 mois)
  • Décembre 2008 – juin 2009 : Bruno Le Maire (6 mois et demi)
  • Juin 2009 – novembre 2010 : Pierre Lellouche (16 mois et demi)
  • Novembre 2010 – juin 2011 : Laurent Wauquiez (10 mois et demi)
  • Juin 2011 – mai 2012 : Jean Leonetti (11 mois)
  • Mai 2012 – mars 2013 : Bernard Cazeneuve (10 mois)
  • mars 2013-avril 2014 : Thierry Repentin (13 mois)

Mais le fait que le nouveau secrétaire général de l’Élysée, Jean-Pierre Jouyet, europhile convaincu, l’ait aussi occupé, montre que l’Élysée s’intéresse sérieusement à l’Europe.

La présidence de la République va aussi reprendre la main sur le Secrétariat général aux affaires européennes, un organisme chargé d’organiser le consensus du gouvernemental sur les sujets européens. Avec des effectifs de 200 personnes, ce service n’a rien d’anodin pour la gestion des affaires européennes. Jusqu’à maintenant, il était sous la coupe du premier ministre.

Le fait de le ramener sous la houlette de l’Élysée permettra d’harmoniser à la fois politique et communication sur les questions européennes. Et de renforcer l’équipe de François Hollande sur l’Europe, un peu maigrichonne jusqu’à maintenant : ils étaient jusqu’alors quatre à se charger des questions de l’UE. 

Des enjeux européens de court terme

La nouvelle organisation risque de vider encore un peu plus de son sens le poste de secrétaire d’État aux Affaires européennes. Reste à savoir si elle sera suffisamment efficace pour les enjeux à venir : les élections européennes d’une part, et la négociation budgétaire avec Bruxelles d’autre part.

Paris souhaite ralentir le rythme de désendettement qui l’oblige à ramener son déficit public à 3 % du PIB en 2015. Le candidat du parti populaire européen, Jean-Claude Juncker, s’est déjà prononcé contre cette hypothèse.

Bataille pour la tête de liste des Européennes

Harlem Désir entrant au gouvernement, le poste de tête de liste pour les élections européennes en Ile-de-France est désormais ouvert. Vincent Peillon, le ministre de l’Éducation nationale sortant, ou encore l’eurodéputée sortante Pervenche Béres, proche de Laurent Fabius, pourraient le remplacer. Selon Jean-Christophe Cambadelis, la décision devrait être prise dès aujourd’hui.

L'eurodéputée Françoise Grossetête a vivement réagi au nom du nouveau secrétaire d'Etat en charge des Affaires européennes.

Avec la nomination d’Harlem Désir comme Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, François Hollande et son nouveau Premier Ministre Manuel Valls considèrent une fois de plus l’Union européenne comme un débarras. Harlem Désir, jusqu’alors Député européen, pouvait se targuer d’être l’un des plus mauvais élèves du Parlement européen, ainsi classé parmi les 15 députés les plus absents (source : VoteWatch Europe). A défaut de remettre un « bonnet d’âne » à celui qui doit être l’un des plus mauvais Premier Secrétaire qu’ait connu le Parti Socialiste, François HOLLANDE et Manuel VALLS lui confient la représentation de la France auprès des institutions européennes. Est-ce ainsi que François HOLLANDE souhaite rendre à la France sa crédibilité et son influence sur la scène européenne ?

La candidate à la Mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet a qualifié sur France 2 jeudi  10 avril la nomination d'Harlem Désir d'offense faite à l'Europe ».

« Il a échoué au Parti socialiste. C'est tellement français! Pour exfiltrer quelqu'un, on le promeut», a poursuivi l'élue de l'Essonne. « Quel message envoie-t-on aux autres Européens, aux Français à deux mois des élections européennes?»

Damien Abad, député UMP et ancien député européen a déclaré :« En se débarrassant ainsi d'Harlem Désir pour le nommer aux affaires européennes, François Hollande méprise l'Europe à un moment où elle doit plus que jamais jouer un rôle clé. C'est un bras d'honneur que la France fait à l'Europe. Car au-delà de son piteux bilan à la tête du PS, Harlem Désir, est aussi réputé pour ses absences répétées au Parlement européen. (...) Sa nomination traduit malheureusement le ‘mal français’ qui consiste trop souvent à faire de l'Union européenne le réceptacle des responsables politiques qui ont échoué dans leur mission »

Thierry Repentin, le ministre sortant des Affaires européennes a déclaré :« Je souhaite bonne chance au nouveau gouvernement, et à mon successeur, à l’orée de nombreuses échéances européennes. Je pense notamment aux élections du 25 mai prochain, qui pèseront sur l’influence de la France dans l’Union européenne, et sur les politiques européennes dans la vie quotidienne de nos concitoyens : lutte contre le chômage des jeunes, protection des consommateurs, formation, recherche, grands chantiers d’infrastructure, politique industrielle, lutte contre le changement climatique… »

Après le remaniement du 2 avril, au lendemain des élections municipales en forme de revers pour la gauche, Manuel Valls a communiqué le 9 avril la liste des secrétaires d'Etat qui épauleront l'équipe du gouvernement resserré. Il s'agit de :

- Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, rattaché au Premier ministre
- Fleur Pellerin, secrétaire d'Etat chargée du Commerce extérieur, de la Promotion du tourisme et des Français de l'étranger, rattachée au ministre des Affaires étrangères
- Harlem Désir, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, rattaché au ministre des Affaires étrangères
- Annick Girardin, secrétaire d'Etat chargée du Développement et de la Francophonie, rattachée au ministre des Affaires étrangères
- Frédéric Cuvillier, secrétaire d'Etat chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche, rattaché au ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie
- Geneviève Fioraso, secrétaire d'Etat chargée de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, rattachée au ministre de l'Education nationale
- Christian Eckert, secrétaire d'Etat au Budget, rattaché au ministre des Finances
- Valérie Fourneyron, secrétaire d'Etat chargée du Commerce, de l'Artisanat, de la Consommation et de l'Economie sociale et solidaire, rattachée au ministre de l'Economie
- Axelle Lemaire, secrétaire d'Etat chargée du Numérique, rattachée au ministre de l'Economie
- Kader Arif, secrétaire d'Etat aux Anciens combattants et à la Défense, rattaché au ministre de la Défense
- André Vallini, secrétaire d'Etat à la Réforme territoriale, rattaché au ministre de la Décentralisation
- Laurence Rossignol, secrétaire d'Etat chargée de la Famille, des Personnes âgées et de l'Autonomie, rattachée au ministre des Affaires sociales
- Ségolène Neuville, secrétaire d'Etat chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l'exclusion, rattachée au ministre des Affaires sociales
- Thierry Braillard, secrétaire d'Etat aux Sports, rattaché au ministre des Droits des femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports

  • 25 mai 2014: élections européennes eu France

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