L’Europe retient son souffle à la veille du vendredi 13 [FR]

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Alors que les récents sondages révèlent que le camp opposé au traité de Lisbonne en Irlande est en tête, la date superstitieuse du vendredi 13 juin 2008, jour de l’annonce officielle des résultats du référendum, pourrait voir l’Europe plonger dans une crise existentielle.

L’opposition au traité de l’UE a plus que doublé au cours des dernières semaines, passant de 17% à 35% sur les trois dernières semaines, selon un sondage de TNS/MRBI publié dans le Irish Times le 5 juin.

Le soutien des militants en faveur du traité destiné à remplacer la défunte constitution européenne (qui avait été rejetée par les électeurs français et néerlandais il y a trois ans) a chuté de cinq points de pourcentage, soit à 30% sur la même période.

Le nombre d’électeurs indécis est aujourd’hui de 28%, alors que 7% des électeurs irlandais ont déclaré qu’ils ne participeraient pas au référendum du 12 juin.
L’Irlande est le seul pays de l’UE tenu de ratifier le traité de Lisbonne par un référendum national – une procédure que de nombreux pays considèrent aujourd’hui trop risquée, notamment le Royaume-Uni, malgré les promesses précédentes de tenir un référendum sur l’ancien texte constitutionnel.

Pour remporter le soutien d’un grand nombre d’indécis, le gouvernement du Taoiseach irlandais Brian Cowen a lancé une campagne nationale en faveur de l’approbation du traité le 13 mai.

Parallèlement, les institutions européennes ont également suspendu les débats sur les questions sensibles comme la fiscalité, la réforme de la politique agricole ou la défense, par crainte qu’ils n’aient des répercussions négatives sur les électeurs irlandais, tout comme la directive Bolkenstein sur les services avait influencé les électeurs français et néerlandais lors du référendum sur la constitution en 2005.

Le Financial Times écrit avec ironie qu’à la veille du référendum irlandais, la Commission choisit des sujets « sûrs », comme la protection de l’habitat des hamsters en Alsace. Comme si elle cherchait à confirmer cette interprétation, la Commission a également publié un texte très engagé sur le soutien de l’UE à la protection des baleines (lire les communiqués de presse).

Les dirigeants européens insistent continuellement sur le fait qu’il n’y a aucun plan B en cas d’un « non » irlandais. Mais le gouvernement tchèque a déjà publié deux versions d’un programme pour sa propre présidence de l’UE durant le premier semestre de 2009 : une version en cas de ratification du traité de Lisbonne et l’autre en cas de rejet (EURACTIV 03/06/08).

Le 4 juin, le Parlement néerlandais a voté en faveur du traité de Lisbonne par une large majorité. Suite au rejet de la constitution européenne par près de 62% de la population lors du référendum de 2005, les principaux partis politiques néerlandais ont décidé qu’un référendum n’était cette fois pas nécessaire (EURACTIV 24/09/07).

Le Taoiseach Brian Cowen a déclaré qu’il assumerait la responsabilité de l’issue du référendum, appelant les électeurs à ne pas mettre l’économie du pays en danger, dans un entretien au Irish Independent le 6 juin. Selon lui, une victoire du « non », à un moment où les Européens devraient travailler les uns avec les autres, compromettrait tout. Il affirme que cette issue ne mettrait pas un terme à l’adhésion de l’Irlande à l’Union, mais que l’Union ne se modernisera pas comme il le faudrait pour devenir une économie régionale compétitive.

Micheál Martin, le ministre aux Affaires étrangères, cité par Ireland.com, a déclaré que les derniers résultats des sondages indiquent que les électeurs restent très indécis. Il attribue ce phénomène aux discussions sur les questions qui ne sont pas couvertes dans le traité.

En s’adressant au camp du « non », l’eurodéputé Mary Lou McDonald du parti Sinn Féin à Dublin a déclaré que d’après les résultats des derniers sondages, alors que les électeurs sont de plus en plus impliqués dans les débats publics sur le traité de Lisbonne, un nombre de plus en plus important estime qu’il est possible de conclure un meilleur accord pour l’Irlande en Europe. Elle affirme que les gens se demandent clairement pourquoi ils devraient soutenir en accord qui est de toute évidence contraire aux intérêts de l’Irlande ou de l’Union européenne. Elle a ajouté qu’à ce jour, le gouvernement doit encore donner une seule raison convaincante pour expliquer pourquoi la population devrait soutenir le traité de Lisbonne.

L’Irlande est le seul pays de l’UE tenu de ratifier le traité de Lisbonne par un référendum national. En effet, une décision de la Cour suprême irlandaise de 1987 stipule que les changements significatifs apportés aux traités de l’Union européenne impliquent un amendement à la constitution irlandaise – l’amendement du texte ayant toujours lieu par la voie du référendum – avant d’être ratifié par l’Etat.

Dans tous les membres de l’UE, les Parlements sont chargés du processus de ratification, aucun obstacle majeur n’est donc attendu, excepté peut-être au Royaume-Uni. En effet, bien que la procédure de ratification au Parlement progresse, le millionnaire conservateur Stuart Wheeler a gagné le droit de demander une révision du Tribunal de la plus haute juridiction afin de déterminer si le gouvernement britannique devrait tenir un référendum sur le traité conformément à sa promesse précédente concernant la défunte constitution de l’UE. Le différend juridique sera entendu par le Tribunal les 9 et 10 juin, à la veille du référendum irlandais.

  • 19-20 juin : le Conseil européen deviendrait un « Conseil de crise » si le « non » l’emporte en Irlande.

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