L’offensive fédéraliste de Cohn-Bendit et Verhofstadt

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Les deux députés européens sont en tournée européenne pour promouvoir leur manifeste «Debout l’Europe». Une ode à une Europe post nationale, qui ne se ferait pas dans le dos des citoyens.

Les deux hommes ne sont pas issus de la même formation politique, mais un idéal commun transcende leurs différents : celui d’une Europe fédérale, post-nationale et démocratique.

Quelques pages

L’écologiste Daniel Cohn-Bendit (Verts/ALE) et le libéral Guy Verhofstadt (ADLE) étaient de passage à Paris, vendredi 5 octobre, pour promouvoir leur projet pour l’Europe, résumé dans un manifeste «Debout l’Europe »*, qui vient de paraître aux éditions Acte Sud.

Les deux députés européens militent tout d’abord pour confronter l’opinion publique à l’idée du fédéralisme. Pour y parvenir, la consultation populaire est un passage obligé.

Ils proposent donc que le prochain Parlement, issu des élections européennes de 2014, se déclare assemblée constituante et rédige, avec les élus nationaux, « une loi fondamentale » de quelques pages, qui mettrait sur pied une Fédération européenne. Chaque pays choisirait ensuite par référendum d’y adhérer ou non. Rien de moins.

Il faut défier les « eurosceptiques ou Européens mous », estime M. Verhofstadt. C’est-à-dire « ceux qui disent que l’Europe c’est bien, que c’est la paix », mais font tout pour maintenir le statu quo. « Il faut en finir avec les demi-mesures. »

En catimini

Les deux hommes voient dans la crise actuelle « une rupture fondamentale de la pensée politique » qui amènera un jour ou l’autre les politiques nationaux à accepter le fédéralisme. « En 2008 on vous aurait dit que la Banque centrale européenne allait racheter de la dette espagnole ou italienne, y auriez-vous cru ? » fait remarquer Daniel Cohn-Bendit.

Ironie du sort, la rédaction de leur livre a commencé en décembre 2011. Au même moment que celle du traité budgétaire, actuellement laborieusement ratifié par la France.

Comment imaginer les hommes politiques français capables de franchir ce cap? Le débat sur le TSCG montre plutôt leur incapacité à se fondre dans un modèle européen et une volonté farouche de défendre la souveraineté nationale. Pour Daniel Cohn-Bendit, la vérité est cachée aux Français. «  Le pire, c’est une fédéralisation en catimini (…) C’est de l’eau au moulin des souverainistes, aussi bien de gauche que de droite. »

L’exemple Mittal

« Pensez-vous que les Grecs, les Espagnols, les Italiens voient dans leur État nation une protection ? », argumente l’ancien Premier ministre belge. Selon lui, la souveraineté a déjà quitté la sphère nationale, elle doit désormais être reconstituée au niveau supranational, le seul adéquat. 

« L’Europe fédérale, c’est l’Europe capable de répondre à la crise », lance Daniel Cohn-Bendit en citant l’exemple d’Arcelor Mittal. L’entreprise fait jouer la concurrence entre la Belgique et les autres pays de l’UE. « Si l’UE était unie, Mittal ne pourrait pas (…), et nous pourrions nous poser la question de quelle sidérurgie nous avons besoin en Europe », ajoute-t-il. 

Créer des marges de manœuvre

Dans leur Europe rêvée, les États existants n’auraient pas disparu, mais seraient représentés dans un Sénat, qui remplacerait l’actuel Conseil. Le centre du pouvoir se situerait alors au Parlement, devant lequel la Commission serait responsable.

Certaines compétences resteraient nationales, et d’autres seraient communautarisées comme la défense, et surtout, la gestion de la dette.

La mise en commun du fardeau réduirait les taux d’intérêt en particulier pour les pays du Sud, qui pourraient alors se financer, sans pour autant engloutir leurs ressources dans le remboursement des intérêts. « La bagarre pour la mutualisation de la dette, c’est pour dégager des marges de solidarité », assène Daniel Cohn-Bendit.

L’union fiscale des citoyens

Pour sortir de la crise économique, qui est aujourd’hui aussi sociale, les deux députés prônent la création de nouvelles ressources financières pour alimenter directement le budget communautaire. Le co-fondateur d’Europe Ecologie identifie trois axes possibles  : une taxe sur les transactions financières (TTF), une taxe sur le carbone aux frontières et une autre sur les appels téléphoniques.

En estimant les revenus à 40 milliards d’euros (et en excluant le Royaume-Uni de la TTF), M. Cohn-Bendit octroierait 15 milliards par an à un fonds d’amortissement aux pays en difficulté et 20 milliards à la Banque européenne d’investissement, qui verrait ainsi ses capacités décuplées. 

A terme, soit d’ici une vingtaine d’années, le budget communautaire augmenterait pour atteindre 500 milliards d’euros, soit 5% du PIB européen, contre seulement 1% aujourd’hui. Dans le manifeste, Guy Verhofstadt évoque même le chiffre de 1200 milliards. Il juge indispensable la création d’un lien fiscal entre l’UE et ses citoyens.

Quelle traduction politique ?

Comment faire pour passer de la parole aux actes? Pour l’instant, ce n’est pas très clair.

M. Verhofstadt est favorable à la coalition d’une « alliance pour l’Europe », lors des élections de 2014. Elle regrouperait les pro-Européens et les fédéralistes. D’ailleurs, il verrait bien Daniel Cohn-Bendit à sa tête, lui qui a été élu aussi bien en France qu’en Allemagne.

Mais, pour le moment, l’ancien leader étudiant de mai 68 est catégorique : après 2014, la politique, c’est fini. Il reste un an et demi aux fédéralistes pour s’organiser. Malgré l’eurosceptiscisme ambiant, M. Verhofstadt se veut optimiste : « Les hommes politiques peuvent créer des opinions publiques, convaincre les citoyens de leur vision. »

*Debout l’Europe, Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt, suivi d’un entretien avec Jean Quatremer, Actes Sud, André Versaille éditeur, septembre 2012, 157 pages, 11,90 euros

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