L’UE chemine vers une grande coalition

Soldat allemand, Parlement européen. Strasbourg, Février 2014. [Europarl/Flickr]

Malgré la montée des partis antieuropéens, les équilibres politiques restent inchangés à la suite des élections européennes. Le centre-droit et le centre-gauche sont en bonne voie pour former une grande coalition.

Le Parti populaire européen (PPE) devrait obtenir 213 sièges au Parlement européen. La deuxième place revient à l’Alliance des socialistes et démocrates (S&D) avec 190 sièges, selon les dernières projections.

À titre de comparaison, le PPE et le S&D avaient respectivement remporté les dernières élections européennes avec respectivement 265 et 184 sièges. Le Parlement dénombrait 766 eurodéputés en 2009 contre 751 sièges pour le prochain.

Il s’agit de la quatrième victoire consécutive du PPE depuis les élections de 1999, causant la déception parmi les socialistes qui ne sont pas parvenus à inverser la balance du pouvoir au Parlement, et ce malgré la grogne sociale qui monte face à l’austérité.

Les libéraux (ADLE) devrait obtenir 64 sièges, les Verts 53 et le groupe des Conservateurs et réformistes 46.

L’extrême gauche a arraché 42 sièges, contre 38 pour le Groupe Europe libertés démocratie d’extrême droite.

La grande question est de savoir ce que vont faire les 38 eurodéputés « non affiliés » et les 64 « autres » eurodéputés qui n’appartiennent pas encore à un groupe. La plupart de ces formations sont populistes, extrémistes et hostiles à l’intégration européenne.

Grande coalition

Simon Hix, professeur de politique européenne à la London School of Economics, considère que le « Parlement sera beaucoup plus polarisé » après les élections en raison de la montée des partis populistes.

« Le Parlement sera constitué entre 20 et 25 % de partis protestataires, ce qui entraînera une polarisation importante », explique-t-il à EURACTIV.

« Cela mènera à une grande coalition sur la plupart des textes de loi au Parlement. »

Il nuance toutefois en affirmant qu’une grande coalition signifie « avec ironie » que « l’UE deviendra très conservatrice ».

« Ce sera très difficile de mettre des mesures en place.[Le PPE et le S&D] ne conviendront pas facilement d’un calendrier de réforme et d’un approfondissement économique. Le PPE veut l’austérité et les socialistes la croissance. Leurs points de vue diffèrent également en matière de libéralisation des services. »

Charles de Marcilly, le directeur de la Fondation Robert Schuman à Bruxelles affirme que les élections ont « apporté du changement », mais pas de manière significative.

« Il n’y a pas eu de mobilisation forte autour des socialistes et des démocrates chrétiens. Un changement est survenu dans la taille [des formations], ce qui aura un impact, mais pas autant que ce que les prévisions laissaient présager. »

« Quand vous regardez la carte électorale, une coalition gouvernementale dirige la plupart des pays européens.[Le S&D et le PPE] vont à présent promouvoir une telle coalition au Parlement européen. Cela implique un compromis et, pour résoudre la crise, vous devez mettre en place un certain nombre de réformes ».

Charles de Marcilly a également indiqué qu’une grande coalition sera constituée au Parlement européen.

« Une grande coalition existait déjà au cours de la dernière décennie, ce n’est donc pas neuf. Les deux grands groupes dominent. Ils sont ensuite suivis par trois groupes de taille moyenne. De nouveaux partis et d’autres eurodéputés sont en train d’émerger. Étant donné la diversité [des nouveaux arrivants], la seule manière d’avancer est la formation d’une coalition. »

Qui sera le prochain président de la Commission ?

Guy Verhofstadt, la tête de liste du groupe ADLE et l’un des candidats à la présidence de la Commission, estime qu’il serait « impensable » que les chefs d’État et de gouvernement européens ne choisissent pas un candidat tête de liste ».

En réalité, ni Guy Verhofstadt ni Martin Schulz (S&D) ne peuvent obtenir une majorité qualifiée au sein du Conseil des ministres, selon certaines sources.

Pire encore, Jean-Claude Juncker (PPE) n’a pas non plus le soutien de tous les chefs d’État de sa propre famille politique. Lors d’un discours au nom du groupe des conservateurs, l’eurodéputé Struan Stevenson a confirmé que sa force politique, issue d’une initiative du premier ministre David Cameron, ne soutiendrait pas la candidature de Jean-Claude Juncker à la tête de l’exécutif européen.

En France, les critiques surgissent aussi à l’égard du candidat du PPE. « Durant 10 ans, en tant que président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker a expliqué le matin aux européens qu’il fallait réduire les déficits, tout en organisant l’après-midi l’évasion fiscale des capitaux européens dans son pays !» s’insurge le sénateur Jean Arthuis, nouvellement élu au Parlement européen sur la liste UDI-MoDem dans la région Ouest.

Le premier ministre hongrois, Victor Orbán, a affirmé également qu’il s’opposait à la désignation du Luxembourgeois.

Le nom de la directrice du FMI, Christine Lagarde, circule souvent pour occuper la haute fonction européenne

>> Lire : Christine Lagarde donnée favorite pour présider la Commission

Philippe Cordery, eurodéputé français et ancien secrétaire général du PSE, a néanmoins expliqué à EURACTIV que le président socialiste français refusera de désigner une personnalité de centre-droit pour représenter la France au sein de l’exécutif européen.

Les leaders des États européens se rencontrent mardi 27 mai au soir pour un dîner-sommet extraordinaire à Bruxelles afin de discuter des conséquences des élections européennes et ukrainiennes.

Les élections européennes ont eu lieu dans tous les États membres en mai 2014.Le traité de Lisbonne, entré en vigueur le 1er décembre 2009, prévoit que le Parlement européen élira le président de la Commission sur la base d'une proposition du Conseil qui tiendra compte des élections européennes (Article 17, alinéa 7 du TUE).Cette disposition s'applique pour la première fois dans le cadre des élections de 2014.

Le Parlement européen et de nombreux spécialistes ont incité les partis à désigner leur tête de liste pour les campagnes électorales.Les élections européennes sont de facto une course à la présidence de la Commission.

D'autres responsables politiques estiment toutefois que désigner son propre candidat ne serait pas la solution idéale.Les attentes pourraient bien être déçues. M. Van Rompuy a d'ailleurs appelé à plusieurs reprises à la prudence : le Conseil européen pourrait choisir un autre candidat que la tête de liste du parti vainqueur.

  •  27 mai : sommet à Bruxelles pour discuter des résultats des élections européennes

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