L’UE propose un plan pour les retraites « qui manque d’ambition »

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Les propositions de la Commission européenne sur les retraites présentées hier (16 février) par László Andor, le commissaire à l’emploi, aux affaires sociales et à l’inclusion, ont été vivement critiquées.

Lorsqu'il a présenté son livre blanc sur les retraites, qui se fonde sur les résultats d'une consultation avec les parties prenantes lancée en 2012, M. Andor a souligné qu'il n'était pas trop tard pour relever le défi du vieillissement de la population « si nous [respections] nos engagements en matière de réforme ».

Bien que les régimes de retraite soient de la compétence des Etats membres, Bruxelles a son mot à dire, dans la mesure où les réformes nationales sont évaluées dans le cadre de la stratégie Europe 2020. En 2011, 16 Etats membres ont reçu des recommandations spécifiques sur leur régime de retraite et cinq autres Etats se sont engagés à mettre en oeuvre des réformes dans ce domaine dans le cadre d'un Protocole d’accord.

L'exécutif européen a en effet mis la soutenabilité des retraites au programme de l'évaluation annuelle de la croissance, afin d'assurer un meilleur équilibre entre le temps passé sur le marché du travail et le temps passé à la retraite.  La Commission plaide pour le recul de l'âge de la retraite, afin qu'il soit plus compatible avec l'espérance de vie. Elle souhaite également limiter l'accès à la retraite anticipée.

Une coalition d'ONG menée par AGE Platform Europe a quant à elle souligné qu'une stratégie durable et à long terme pour garantir un financement équilibré des régimes de retraite devait également se fonder sur l'augmentation du nombre de jeunes qui arrivent sur le marché et non pas uniquement sur le recul de l'âge de la retraite.

« L'objectif de la soutenabilité financière devrait aller de pair avec la soutenabilité sociale », ont expliqué les ONG dans un communiqué. Cette coalition comprend également le Forum européen de la Jeunesse et le Lobby européen des femmes.

Ce plan de retraite devrait être étayé par un programme solide en faveur de la création d'emplois de qualité, a ajouté AGE.

Régimes complémentaires de retraite

Les militants estiment que la Commission aurait pu aller plus loin dans sa proposition s'agissant de pousser les Etats membres à développer des régimes complémentaires de retraite privés en encourageant les partenaires sociaux à développer ce type de régimes et les gouvernements à optimiser la fiscalité et les autres incitants.

Les réformes adoptées en Europe donneront lieu à des retraites moins élevées à l'avenir, et ce dans le but de compenser des retraites plus longues et un nombre moins élevé de travailleurs. Cela implique que de nombreuses personnes devront cotiser davantage pour leur retraite via des régimes complémentaires et travailler plus longtemps s'ils souhaitent bénéficier d'indemnisations de retraites plus élevées.

« Il est nécessaire d'aborder certaines questions spécifiques touchant aux régimes complémentaires de retraite privés, mais cela ne suffira pas pour répondre aux craintes de millions de travailleurs, d'hommes et femmes retraités dans l'UE qui ont vu leurs économies s'éroder au fil du temps en raison des perturbations ressenties sur les marchés financiers », ont expliqué les ONG.

Pression sur les employeurs ?

Dans le même temps, au Royaume-Uni, des organisations représentant différents secteurs affirment que les entreprises pourraient être poussées à l'insolvabilité par les propositions européennes sur les retraites.

Dans une lettre envoyée au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, le National Association of Pension Funds (NAPF), la Confédération de l'industrie britannique et le syndicat TUC ont affirmé que ces nouvelles règles pourraient avoir un impact désastreux.

« En exigeant d'énormes augmentations de financement de la part des employeurs, les projets de la Commission forceraient, au mieux, tous les régimes à prestations définies à disparaître et, au pire, de nombreuses entreprises vers l'insolvabilité, ce qui résulterait en d'importantes pertes d'emplois », ont-ils écrit.

L'Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (AEAPP), un organisme de surveillance paneuropéen, devrait envoyer à la Commission européenne ses dernières recommandations sur la directive relative aux retraites, afin de tenter de combler certaines lacunes et d'améliorer la gestion des risques.

Les règles sur les capitaux de Solvabilité II visaient initialement le secteur des assurances. L'AEAPP propose d'adapter ces règles qui pourraient forcer les fonds de pension à disposer de réserves de liquidités proportionnelles à leur passif, afin d'éviter des risques trop importants.

Solvabilité II est en cours d'élaboration depuis plus de 10 ans. Le texte devait entrer en vigueur en 2012, mais la date a été reportée, déclenchant une vague de critiques de la part du secteur des assurances.

NAPF, qui représente 1200 régimes de retraite au Royaume-Uni avec 15 millions de membres et des actifs d'environ 800 milliards de livres sterling (965 milliards d'euros), a déjà prévenu que ces nouvelles règles pourraient coûter 300 milliards de livres (362 milliards d'euros) au secteur.

Contexte

 

Les Européens vivent plus longtemps et en raison d'un taux de natalité peu élevé, la population européenne vieillit rapidement. Depuis 1960, l'espérance de vie a augmenté de huit ans et les projections démographiques prévoient une nouvelle augmentation de cinq ans d'ici 40 ou 50 ans.

Un récent sondage de l'Eurobaromètre a révélé que la majorité des Européens (71 %) savaient que la population vieillissait, mais que seuls 42 % d'entre eux s'en inquiétaient.

La définition des termes « vieux » et « jeune » diffère à travers l'Union. En moyenne, les Européens pensent qu'une personne commence à être considérée comme âgée juste avant 64 ans et qu'elle n'est plus considérée comme jeune à partir de 41,8 ans. 

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