L’UMP peine à orchestrer les élections européennes

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Le président de l'UMP soutient la candidature de Michel Barnier, actuel commissaire au marché intérieur, comme tête de liste du Parti Populaire européen. Les candidats aux européennes sont encore dans les limbes.

Le principal parti d'opposition français peine à établir sa stratégie pour les élections européennes. Lors des vœux à la presse mercredi 8 janvier, le président de l’UMP, Jean-François Copé, n'a prononcé le mot Europe ou européen que deux fois en 35 minutes, se concentrant en priorité sur des questions de politique intérieure. Chômage, fiscalité, et municipales sont apparus comme les principales obsessions du parti.

Le dirigeant a toutefois évoqué les élections européennes en 2 minutes à la fin de son allocution, assurant que le scrutin serait pour l'UMP une occasion d'affirmer que « nous sommes profondément européens contrairement au Front National ».

Pas d' "eurobéatitude"

Mais « nous voulons une autre Europe » a précisé l’ancien ministre. « Il n'y a aucune eurobéatitude à l’UMP mais une volonté d'avoir une Europe des résultats, des solutions plutôt qu'une Europe de l'administration. ». Le parti de droite souhaite aussi voir l’Union européenne « moins inconsciente des dangers qui menacent au Proche-Orient et en Afrique, une Europe de la défense, une Europe moins naïve dans les échanges internationaux, qui exige la réciprocité par rapport à nos partenaires, et une Europe plus courageuse pour protéger ses frontières extérieures. »

Interrogé par EURACTIV sur l'hypothèse de la candidature de Michel Barnier comme chef de file du Parti Populaire européen, le responsable du parti a pour la première fois pris une position claire, en déclarant qu'il apportait son soutien au candidat. « J'ai apporté notre soutien à sa candidature auprès du Parti populaire européen» a-t-il assuré. Le chef de file du premier parti européen au Parlement devrait logiquement devenir le président de la Commission. Le Traité de Lisbonne incite en effet le Conseil de l'Union européenne à choisir le président de la Commission au sein du principal parti élu au Parlement européen.

Soutien mesuré à Michel Barnier

Une position qui n'allait pas de soi, et qui présente le mérite de clarifier les choses. Elle reste cependant théorique tant que Michel Barnier n'est pas investi comme candidat dans une circonscription. Le commissaire pourrait être candidat à Paris, ou dans sa région d’origine, Rhone-Alpes : rien n'est fixé.

Or malgré la multiplication des réunions, l’UMP n’avance pas sur l’élaboration des listes pour les élections européennes. Selon Jean-François Copé, des « chefs de file » chargés de constituer les listes ont été désignés par circonscription. Les noms de Nadine Morano pour le Grand Est, Jérôme Lavrilleux au Nord-Ouest ou encore Michèle Alliot-Marie voire Bruno Le Maire circulent ; mais aucun ne fait consensus. Certains ténors du parti, comme Bernard Accoyer, ancien président de l’Assemblée Nationale, ou encore Pierre Lellouche, s’insurgent violemment contre ces hypothèses.

Multiplication des réunions Europe à l'UMP

Les députés sortants, ainsi que les nouveaux candidats, doivent être auditionnés par une commission d’investiture électorale d’ici le 21 janvier. Elle est composée de Jean-François Copé et François Fillon, des anciens premiers ministres, de deux députés européens sortant Françoise Grossetête et Alain Cadec. La commission a prévu d’interroger Rachida Dati sur un éventuel conflit d’intérêt entre ses activités au Parlement européen et ses relations avec la société GDF. Selon le journal Le Point, l’avocate aurait facturé des prestations à la société GDF. « Cela ne pose pas de problème en soi, sauf si l’on s’intéresse au gaz dans son travail d’eurodéputé, ce qui a été le cas » constate un eurodéputé de droite.

Un Comité Europe s’est aussi réuni mercredi 8 janvier à l'UMP. Officiellement, pour plancher sur le projet 2014-2020 du Parti populaire européen, et y apporter des amendements qui seront soumis au Congrès du parti européen en mars prochain. Henri Guaino, sarkozyste, Pierre Lellouche, plutôt atlantiste ou encore Alain Lamassoure, un des plus anciens eurodéputés français, porteurs de sensibilités très différentes y ont notamment participé, ainsi que des représentants de Michel Barnier et de Joseph Daul. Ils se sont penchés sur le programme 2014-2020 du Parti populaire européen en prévoyant de l'amender.

L'UMP a aussi prévu les grandes lignes d'un document propre au parti, fixant les priorités politiques européennes. Les principaux sujets seront l'énergie, l'émigration, Schengen, la compétitivité et l'agriculture. Le Comité Europe planche donc, paradoxalement, en parallèle de la commission d'investiture qui recevra durant la semaine du 13 janvier, les candidats aux Européennes, circonscription par circonscription.

Perte d'influence

Une méthode qui interroge dans les rangs de l’UMP. « Il faut revenir sur des sujets politiques, les candidats aux élections doivent correspondre aux priorités politiques qui seront choisies pour la prochaine législature » assure un député sortant, qui s’inquiète de la perte d’influence de la France et de la droite française au niveau européen.

« Si le plan Barnier échoue, nous n’aurons plus de commissaire. Et si nous n’avons plus Joseph Daul à la tête du groupe PPE, l’influence de la droite française sera vraiment minime dans les institutions européennes. Donc il faut choisir des candidats qui puissent faire bouger les lignes et garantir l’application de notre ligne politique» assure l'un d'eux.

L'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne entraîne des modifications dans l'organisation des institutions européennes, notamment en ce qui concerne la nomination de ses dirigeants. Pour combler le déficit démocratique souvent reproché à l'UE, il est prévu que le Conseil de l'Union européenne tienne compte du résultat des élections, et choisisse le président de la Commission européenne au sein du principal parti élu au Parlement européen.

Les différents partis s'efforcent par ailleurs d'apporter plus de transparence dans l'établissement des listes de candidateurs pour les élections européennes. Chez les Verts, les citoyens européens peuvent ainsi voter sur Internet en faveur des candidats de leur choix. D'autres partis ont tenté d'établir des listes tôt. La droite sera le dernier parti à  choisir une tête de liste commune pour les élections, lors d'un congrès du Parti populaire européen, en Irlande en mars.

  • 21 janvier 2014 : communication des têtes de listes de l'UMP pour les élections européennes
  • 13 février 2014 : date limite de dépôt des candidatures pour le poste de chef de file du Parti populaire européen
  • 6 et 7 mars 2014 : congrès du PPE à Dublin
  • 25 mai 2014 : élections européennes

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