La contestation grandit en Bulgarie

Après 40 jours de protestations, les manifestants, lassés de ne pas être écoutés par le gouvernement, ont bloqué l’accès au Parlement dans la soirée du 23 juillet. Pour la première fois, des barricades ont été érigées.

Pas moins de trois ministres et une trentaine de députés ont passé une bonne partie de la nuit du 23 au 24 juillet dans le Parlement bulgare assiégé à Sofia.

Selon les médias locaux et l’AFP, près de 2000 manifestants ont bloqué les sorties du bâtiment pour protester contre le vote du budget rectificatif. Cette mobilisation s’inscrit dans le contexte plus large d’un mouvement contestataire qui s’étend le pays depuis maintenant 40 jours.

Corruption de la classe politique 

La police a tenté d’évacuer les responsables politiques par un bus qui a été attaqué par les manifestants. Des barricades ont été érigées dans les rues aux alentours du Parlement. 

Ce n’est que vers 3h30 que les forces de l’ordre ont réussi à briser le siège. Sept policiers ont été blessés ainsi que deux manifestants. Cette poussée de violence est une première.

Le président Rossen Plevneliev a appelé au calme, mercredi 24 juillet : «J’appelle les protestataires à s’abstenir de toute action menant à une escalade de la tension et à des violations de l’ordre public», a-t-il déclaré. De nouvelles manifestations sont attendues dans la soirée. 

Le même jour, le président du Parlement a annoncé que les députés ne se rendront pas à l’hémicycle en raison des problèmes de sécurité. 

Depuis le 14 juin, partout en Bulgarie, des manifestations sont organisées pour dénoncer la corruption qui gangrène la vie politique et demander la démission du gouvernement.

La nomination d’un député, accusé d’être lié aux réseaux mafieux, à la tête des services de renseignements du pays a constitué l’élément déclencheur. Le gouvernement socialiste a tenté de désamorcer la situation en revenant sur ce choix, sans succès.

Prises de position de l’Europe de l’Ouest 

Le premier ministre Plamen Orecharski a été nommé, lundi 29 mai, et refuse d’abandonner le pouvoir. Il estime qu’une telle décision ne ferait qu’aggraver la crise.

Début mars 2013, le gouvernement conservateur dirigé par Boiko Borissov (GERB) a préféré démissionner, après une vague de protestation contre la hausse des prix de l’électricité.

En Bulgarie, la crise sociale entraîne des élections anticipées

Le GERB a remporté les élections législatives du 12 mai, mais n’a pas trouvé d’alliés pour gouverner. Arrivés en deuxième position, les socialistes ont formé une coalition avec le parti de la minorité turque et le soutien implicite de l’extrême droite.

L’opposition a rejoint les manifestants, mercredi 24 juillet, et demandé la démission du gouvernement. 

Les heurts de la nuit du 23 au 24 juillet sont intervenus quelques heures après la visite de la commissaire européenne à la Justice et aux Affaires intérieures à Sofia. Viviane Reding a apporté son soutien aux citoyens qui luttent contre la corruption et appelé les partis politiques à faire de même.

Le 8 juillet, les ambassadeurs de France et d’Allemagne ont co-signé une tribune dans la presse bulgare. Selon eux, « le modèle oligarchique [n’a] pas sa place, en Bulgarie pas plus qu’ailleurs ». Le texte a provoqué la colère de plusieurs responsables politiques locaux. Ce qui n’a pas empêché les ambassadeurs belge et néerlandais de se déclarer, quelques jours plus tard, solidaires leurs homologues. 

Des socialistes européens gênés aux entournures 

Lors de la plénière du mois de juillet, la situation politique du pays a été évoquée au Parlement européen. Le débat s’est cantonné principalement à un affrontement droite-gauche.

Hongrie et Bulgarie : jeu de dupes au Parlement européen

Prompts à dénoncer les abus du conservateur Viktor Orban en Hongrie, les socialistes sont plus réticents à se pencher sur le cas bulgare. Et pour cause, le chef de file du Parti socialiste n’est autre que le président du Parti socialiste européen, Serguei Stanichev. 

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