La crise en Crimée pousse l’UE à réviser sa stratégie énergétique

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Les chefs d'État vont débattre au Conseil européen des objectifs 2030 sur la stratégie européenne en matière d'energie. Les tensions entre la Russie et l'UE ont remis à l'ordre du jour la nécessité d'une plus grande indépendance énergétique vis-à-vis du voisin russe.

Les États membres se réunissent aujourd'hui, 21 mars, pour débattre des objectifs sur le paquet climat 2030, mais les conclusions seront sans surprise.

Les discussions ministérielles tenues durant la phase préparatoire du sommet se sont concentrées sur un rééquilibrage des objectifs environnementaux et commerciaux. Autant de concessions faites aux industries énergivores, qui se sont plaintes des coûts excessifs engendrés par les politiques européennes sur le changement climatique, décidées selon les industriels de façon unilatérale.

« Plusieurs États membres ont souligné la nécessité d'adopter une approche plus nuancée entre les industriels de l'Union, et les politiques européennes liées au climat et à l'énergie, » ont déclaré les 28 ministres à l'Industrie lors de leur dernière réunion le 20 et 21 février derniers.

À l'approche des discussions du Conseil européen, l'UE a revu à la baisse ses ambitions pour 2030, et a annoncé un remaniement du calendrier déjà existant portant sur les objectifs de 2020.

« Nous devrions éviter de réduire le débat à trois chiffres », a déclaré un haut diplomate d'un grand État membre. Il fait allusion ici aux objectifs 2020 de l'Union, qui prévoient une réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre, une part de 20 % d'énergies renouvelables dans le mix énergétique d’ici la fin de la décennie.

« J'espère que nous cesserons de dire que nous allons toujours en faire plus », a ajouté le diplomate qui fait référence aux récents objectifs proposés par la Commission européenne pour 2030 en vue de réduire encore plus les émissions de gaz aux alentours de 40 % comparé au niveau d'émission de 1990.

L'exécutif européen progresse prudemment et a soumis un objectif de 27 % pour la part d'énergies renouvelables dans le mix énergétique de l'Union. Mais la Commission s'est gardée de rendre ces objectifs contraignants au niveau national, comme c'est le cas pour la stratégie 2020. Ce changement de stratégie s'est fait au grand dam du secteur de l'industrie verte et des groupes écologistes. De plus, le principe d'efficacité énergétique n'est pas contraignant non plus.

« Nous devons apprendre du cadre réglementaire 2020 et être à la fois ambitieux et pragmatiques avant de fixer des objectifs », a expliqué le même diplomate, qui a précisé que l'Union européenne doit être plus réaliste quant à ses objectifs sur l'énergie et le climat.

« Je pense que nous tous devons tirer des enseignements des erreurs faites dans le passé », a reconnu Kostis Hatzidakis, le ministre grec du Développement qui modérait la dernière réunion du Conseil de l'UE.

Octobre 2014 au plus tard

Mais l'annexion de la Crimée par la Russie, et les sanctions subséquentes de l'UE contre Moscou, a donné une nouvelle dimension aux débats sur les objectifs de 2030, et a montré la nécessité de réduire la dépendance de l'Europe vis-à-vis de la Russie.

Les Britanniques ont fait circuler un document d'orientation à l'approche du sommet, qui donne tout un éventail de réflexions en vue d’assurer une plus grande indépendance énergétique. Il est fait mention notamment de l'importation de gaz provenant des États-Unis et de travailler plus étroitement avec l'Iraq. Une autre option mise sur la table est l'accélération de l'exploitation du gaz de schiste.

>>Lire aussi : Le Medef européen relance le débat du gaz de schiste

Le projet de conclusions du sommet, consulté par EURACTIV, insiste sur la nécessité de réduire le niveau de dépendance en gaz de l'UE, en particulier pour les États membres les plus exposés.

Aussi, ces conclusions donnent une nouvelle impulsion aux énergies renouvelables et à l'efficacité énergétique.

« Limiter la demande d'énergie grâce à une meilleure efficacité énergétique devrait constituer la première étape qui contribuera également à atteindre les autres objectifs sur l'énergie et le climat, » peut-on lire dans le document. De plus, les auteurs exhortent les États membres de l'UE de développer le secteur des énergies vertes ainsi que l'exploitation de sources d'énergie locales.

La Commission européenne doit dresser une étude approfondie d'ici juin 2014 sur la question de la dépendance énergétique de l'UE :  « La stratégie devrait illustrer le fait que l'UE a besoin d'aller plus en avant dans la diversification de l'approvisionnement énergétique, de renforcer sa position afin de gagner en pouvoir de négociation, d'améliorer l'efficacité énergétique, de poursuivre le développement des énergies renouvelables, ainsi que l'exploitation des sources d'énergie locales, enfin de coordonner le développement d'infrastructures afin de soutenir cette diversification, et ce, de manière durable. »

De plus, les États membres de l'UE s'engagent « à être solidaires en cas d'interruption soudaine dans l'approvisionnement énergétique dans un ou plusieurs États membres ».

Cependant, les écologistes ne sont pas enthousiastes pour autant. Selon eux, il y a peu de chances que les chefs d'État se fixent des objectifs tangibles sur le climat pour 2030. Lors d'un briefing en amont du sommet, Greenpeace a indiqué que les États membres vont certainement seulement établir un échéancier en vue de trouver un accord avant la fin de l'année.

Le projet de conclusions affirme que l'Union européenne va soumettre ses contributions dans les plus brefs délais, au plus tard pour octobre 2014. Les projets antérieurs avaient annoncé le premier trimestre de 2015 comme date butoir.

Des débats houleux à l'horizon

Les discussions du sommet ce vendredi risquent d'être animées entre les tenants d'une action politique d'ampleur en vue de lutter contre le changement climatique, représentés par les États membres nordiques et occidentaux de l'UE, et ceux qui se revendiquent d'un réalisme politique, principalement les pays d'Europe centrale et orientale, a expliqué un autre diplomate.

« Nous devons adapter notre vitesse à celles des autres », a assuré ce dernier en mentionnant ici d'autres acteurs de premier rang au niveau mondial, tels que les États-Unis et les économies émergentes. Selon le même négociateur, l'UE devrait ne pas répéter les erreurs faites lors du sommet sur le climat de Copenhague, où l'Union voulait jouer un rôle moteur au niveau mondial en affichant de hautes ambitions et faire office d'exemple. Mais elle n'avait alors pas été suivie dans son initiative.

Fixer des objectifs quantitatifs prématurément empêchera l'UE de convaincre la communauté internationale, a certifié le diplomate. Celui-ci a illustré son propos avec l'exemple de son pays, qui demande à ce que le niveau d'ambition de l'UE corresponde à la volonté des autres pays, afin de contribuer aux actions en matière de lutte contre le changement climatique de façon mesurée.

C'est précisément ce que demande BusinessEurope.

Alexandre Affre, conseiller aux affaires environnementales auprès de BusinessEurope, a déclaré que les propositions de la Commission quant à la réduction de 40 % des émissions de gaz étaient réalistes que si un accord international est trouvé lors de la conférence des Nations unies sur le changement climatique de 2015 qui aura lieu à Paris.

Quel que puisse être l'accord de Paris, l'UE doit imposer des objectifs de réduction des gaz à effet de serre. Mais le niveau des ambitions doit être adapté aux décisions prises à la fin de la conférence COP de Paris, a précisé Alexandre Affre.

La Commission a présenté le paquet énergie-climat 2030 le 22 janvier 2014.  Il remplacera les objectifs 20-20-20 qui visent à réduire d'au moins 20 % les émissions de gaz à effet de serre de l'UE, à atteindre 20 % d'énergie d'origine renouvelable dans la consommation énergétique de l'Union et à réduire de 20 % la consommation d'énergie primaire au moyen d'une efficacité énergétique accrue. Le dernier point est le seul objectif non contraignant, c'est d'ailleurs le seul qui ne sera certainement pas respecté par l'UE.

À l'horizon 2030, la Commission européenne propose :

une réduction de 40 % des gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990, obligatoire à l'échelle nationale et qui ne peut être atteint par l'utilisation de crédits carbone ;

l'utilisation de crédits carbone en vue de respecter de nouveaux engagements internationaux sur le climat ;

un objectif portant à 27 % la part des énergies renouvelables, contraignant pour l'ensemble de l'Union, mais pas à l'échelle nationale ;

aucun nouvel objectif en matière d'efficacité énergétique avant l'examen en juin 2014 des avancées sur la directive sur l'efficacité énergétique ; 

des recommandations non contraignantes sur le gaz de schiste qui pourraient devenir obligatoires en 2015 ;

une réserve de stabilité du marché pour le système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS) capable de retirer ou de libérer jusqu’à 100 millions de crédits carbone ;

et l’arrivée à échéance de la directive sur la qualité des carburants d'ici 2020, qui impose une réduction de 6 % de l'intensité de gaz à effet de serre des combustibles de l'UE.

Beaucoup considérent ce paquet comme un compromis dans l'équilibre des force entre les différents États membres. Les eurodéputés et les chefs d'États européens discuteront de ces mesures avant de donner leur accord définitif.

  • Juin 2014 : la Commission européenne publie son étude sur la sécurité énergétique de l'UE qui sera débattue au sein lors du sommet européen
  • Oct. 2014 : délai provisoire afin que l'UE finalise sa position pour le sommet des Nations Unies sur le changement climatique de Paris
  • 30 nov.-11 déc. 2015 : Conférence des Nations Unies sur le changement climatique à Paris

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