La fermeture des frontières allemandes sous le feu des critiques

Des membres de la police fédérale contrôlent des voitures au poste frontière germano-tchèque près de Schirnding, en Bavière le 14 février. [EPA-EFE/LUKAS BARTH-TUTTAS]

Face à la propagation croissante des cas de variants du Covid-19, le gouvernement allemand a décidé de réintroduire des contrôles aux frontières. Que ce soit de la part de Paris, ou au sein de son propre parti, la stratégie sanitaire d’Angela Merkel fait l’objet d’âpres débats.

 « Je ne souhaite pas que l’Allemagne ferme complètement la frontière » avec la France, a souligné sur Franceinfo le secrétaire d’État, en appelant à « une concertation » pour éviter ce scénario. Depuis dimanche, Berlin filtre les passages avec la République tchèque et l’Autriche pour contenir la diffusion des variants du coronavirus. Le gouvernement allemand a laissé entendre qu’il pourrait faire de même avec la France dans les prochains jours, en raison de la situation sanitaire dans le département français de la Moselle où est constatée une progression du variant sud-africain, très contagieux.

Transport routiers, travailleurs transfrontaliers : des « exceptions »

« Si l’Allemagne devait restreindre encore la circulation » vers la France, « je souhaiterais que l’on définisse ensemble des exceptions les plus larges possible. Nous avons deux préoccupations majeures : le transport routier (…) et les travailleurs frontaliers. Pour ces personnes-là, c’est une question de capacité à travailler et à gagner leur vie », a-t-il insisté.

« On fera tout en discussion, pour qu’il n’y ait aucune décision qui ne soit pas coordonnée, pour qu’il n’y ait pas de mauvaise surprise », a-t-il souligné, indiquant qu’il devait s’entretenir ce lundi avec les trois ministres-présidents des régions allemandes frontalières avec la France.

Mesures de « derniers recours »

Interrogé sur les inquiétudes exprimées par Paris, le gouvernement allemand a indiqué lundi qu’il allait « continuer d’observer précisément la situation pour évaluer en continu les mesures de lutte contre la pandémie ». « Les contrôles renforcés avec les pays frontaliers ne sont pas la normalité et ne sont mis en place que pour une durée bien précise, en fonction de conditions liées à la menace des variants », a expliqué le porte-parole du gouvernement Steffen Seibert, parlant de mesures de « dernier recours ».

Si des contrôles renforcés avec la Moselle ne sont pas exclus, tout sera fait pour éviter trop de tracas aux frontaliers, a par ailleurs assuré Tobias Hans, le dirigeant conservateur de la Sarre, petite Land du sud-ouest de l’Allemagne, voisine de la France. Les travailleurs frontaliers pourraient circuler sur présentation d’un test négatif, a-t-il suggéré.

Critiques au sein de la CDU

En Allemagne aussi, la stratégie gouvernementale n’est pas au goût de tous. « Les taux d’incidence ne peuvent pas déterminer l’ensemble de notre vie », a martelé le nouveau président de la CDU et leader de la Rhénanie du Nord-Westphalie, Armin Laschet. Lundi, ce dernier a critiqué la prudence du gouvernement allemand, s’opposant ainsi à d’autres grandes figures du parti conservateur, comme la chancelière Angela Merkel et le leader bavarois Markus Söder (CSU), qui plaident depuis longtemps pour une approche plus stricte de la lutte contre la pandémie.

Armin Laschet a également critiqué les contrôles aux frontières mis en place dimanche, mettant en avant les éventuels dommages sur l’économie : « Nous devons faire très attention à ne pas détruire l’ensemble des processus de la chaîne d’approvisionnement dans le marché unique avec des “mesures de remplacement”. »

"Comme si le virus s'arrêtait à la frontière"

Le Conseil de l’UE devrait se pencher ce mardi 13 octobre sur la question de la gestion des frontières entre les pays membres pendant la pandémie. Un sujet brulant pour les habitants frontaliers qui ont souffert de leur fermeture pendant le confinement. Reportage en Moselle, à la frontière franco-allemande.

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