La majorité des Français toujours opposée à l’intégration des Balkans dans l’UE

Le président français recevait le président serbe Aleksandar Vučić à l'Elysée le 1 février. [EPA-EFE/IAN LANGSDON]

Une nouvelle étude révèle que 59 % des citoyens français ne voient pas d’un bon œil l’adhésion des Balkans occidentaux à l’UE. Surtout, elle révèle une méfiance croissante à l’égard de l’ensemble du bloc.

Les négociations d’adhésion à l’UE avec l’Albanie, le Monténégro, la Macédoine du Nord et la Serbie sont en cours, tandis que la Bosnie-et-Herzégovine et le Kosovo sont considérés comme des candidats potentiels.

Bien que tous ces pays soient encore qu’au début de leur route vers l’UE, un rapport publié par Open Society Foundations montre que plus d’un Français sur deux s’oppose à l’élargissement de l’UE à cette région.

Alors que 49 % estiment que l’adhésion du Monténégro, par exemple, serait une mauvaise chose, l’étude souligne également que la Turquie reçoit 76 % d’avis défavorables.

Les Français ont-ils pour autant une dent contre les Kosovars, les Albanais ou les Bosniaques ? « Il serait trop simpliste de dire cela. C’est plutôt qu’ils ne s’en soucient pas vraiment, » explique Srđan Cvijić, l’un des auteurs de l’étude, à EURACTIV France.

« Les Balkans sont un peu un bouc émissaire », ajoute Sébastien Gricourt, directeur de l’Observatoire des Balkans de la Fondation Jean Jaurès, qui a également participé à cette publication.

Dans les faits, près d’un répondant sur quatre a déclaré que sa vie ne serait pas beaucoup, voire pas du tout, affectée par un tel élargissement.

La défiance envers l’UE

Il semblerait que l’attitude négative des Français envers la région des Balkans ne soit pas totalement étrangère à leur opinion sur l’institution européenne dans son ensemble. « Le réflexe que les Français ont pour l’élargissement est en fait le réflexe qu’ils ont pour l’Union européenne », précise Sébastien Gricourt.

Les Français sont ainsi parmi les Européens qui ont le moins confiance dans l’UE.

L’étude montre que 62% des de ceux en faveur de l’adhésion des Balkans avaient une bonne image de l’UE tandis que plus d’une personne sur deux en désaccord (55%) en avait une image négative. Ce qui suggère que l’hostilité française n’est donc pas dirigée contre les Balkans, mais plutôt contre l’institution.

Sans compter une certaine méconnaissance parfois : Lorsqu’on leur montrait la carte de l’Europe avec les États membres actuels mis en relief, « toute une série de participants étaient surpris que les pays des Balkans occidentaux ne fassent pas déjà partie de l’UE », peut-on lire dans le rapport.

On « laisse le terrain à l’extrême-droite »

Skopje et Tirana ont fait des progrès par rapport à leurs voisins. Toutefois, Paris a insisté pour qu’aucun feu vert ne soit donné aux négociations officielles d’adhésion à l’UE. En particulier, le gouvernement français s’est opposé à l’adhésion de l’Albanie, ce qui a eu des répercussions sur la Macédoine du Nord également.

Le président français Emmanuel Macron avait souligné, lors du sommet de Sofia en 2018, que pour avoir une UE plus forte et plus unie, « il nous faut aussi moderniser l’Union européenne et la zone euro » et que pour lui, c’était « un préalable à toute adhésion supplémentaire ».

Pour Sébastien Gricourt, toute la discussion sur l’avenir de l’UE dans la région des Balkans devrait être « dépolitisée ». Il se souvient que la question de l’adhésion potentielle de la Serbie à l’UE avait été posée aux douze têtes de liste aux élections européennes lors d’un débat télévisé en avril 2019. Seuls deux candidats, Raphaël Glucksmann et Jean-Christophe Lagarde, s’étaient prononcés en faveur de cette adhésion.

L’instrumentalisation de l’élargissement serait une erreur stratégique car « nous laissons le champ libre à l’extrême droite » selon lui. L’expert appelle à davantage d’éducation pour expliquer le processus d’adhésion, les nombreux critères, les réalisations communautaires nécessaires car il faut noter que 43% des personnes interrogées ont changé d’avis au cours des différentes étapes de l’étude, souligne Srđan Cvijić.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer