La politique européenne de Macron est-elle la bonne ?

Le président Emmanuel Macron, lors du dernier Conseil européen à Bruxelles, le 10 avril EPA-EFE/KENZO TRIBOUILLARD

Le choix du tout franco-allemand fait par l’Elysée n’a pas fonctionné. Faut-il remettre à plat la politique européenne de la France ? La question divise, deux ans après l’élection du président qui voulait changer l’Europe.

Certes il y a ce Brexit qui bloque tout, et des résultats d’élections compliqués à gérer, notamment en Italie. Mais l’espoir suscité au-delà de l’Hexagone par les discours enflammés sur l’Europe d’Emmanuel Macron durant la première année de quinquennat s’émousse

Lors du dernier Conseil européen, le président Macron s’est retrouvé isolé sur la question du Brexit, lui seul plaidant pour une extension courte du séjour du Royaume-Uni au sein de l’UE .

« Un symbole de cet échec » juge son ancien conseiller au ministère de l’Economie, Shahin Vallée, dans une tribune publiée dans le Guardian. « Si Macron n’avait pas imposé ses vues, le Royaume-Uni continuerait à bloquer l’UE jusqu’à 2021 », tempère Pieyre-Alexandre Anglade, référent Europe du parti LREM.

L’isolement récent du chef de l’Etat, sur lequel l’UE fondait beaucoup d’espoirs, serait lié, selon Shahin Vallee, à une erreur stratégique quant à la relation franco-allemande. Macron aurait tout, et trop, misé sur ce « moteur » de l’UE, sans prendre en compte la profonde modification de la géographie et des centres de gravité en Europe, selon l’économiste, qui cite la déclaration de Meseberg, dans laquelle France et Allemagne s’engageaient il y a un an sur beaucoup de mesures, mais surtout sur un budget de la zone euro.

Un projet mort-né, puisque deux jours plus tard, le Premier ministre néerlandais à la tête d’une coalition de pays du Nord le démolissait, non sans aigreur.

« Au début, tout le monde voulait travailler avec Macron, il était possible de créer des passerelles, en misant sur les bons partenaires » regrette Shahin Vallee, qui déplore la négligence des pays du Sud qui aurait pu s’avérer des soutiens précieux.

Travailler avec l’Europe du Sud, un déclassement

De fait, traditionnellement dans la haute diplomatie française, travailler avec l’Europe du Sud est perçu comme un déclassement.  Les latins auraient pourtant pu s’opposer avec succès à la construction de North Stream 2, le gazoduc voulu par l’Allemagne. Sur ce sujet, la France a renoncé à isoler l’Allemagne. Or l’Allemagne n’a aucun d’état d’âme à faire de même avec la France.

« Ce sont des sujets dont on a discuté dans le parti, mais globalement la politique européenne est décidée par l’Elysée, point » reconnait un militant. Une complainte qui rejoint  la rengaine devenue classique des militants de LREM : la base a rarement voix au chapitre.

Si le couple franco-allemand bat de l’aile, celui de Clément Beaune, le Monsieur Europe de l’Elysée, avec Emmanuel Macron, lui, se porte bien. Et fonctionne de la même façon, sans témoins, ce que les critiques déplorent. Ce sont eux qui ont concocté la liste pour les Européennes. Une liste de candidats peu chevronnés, qui risque d’avoir du mal à s’imposer dans les couloirs du Parlement européen où l’expérience est souvent le seul critère commun sur lequel s’appuie le jugement des collègues des autres pays.

Le malaise vient aussi de la base du parti et de députés LREM, déçus d’être traités avec une certaine distance, ou de la politique menée de l’Elysée. Certains ont déjà pris leurs distances, comme le député Matthieu Orphelin qui a dénoncé le manque d’ambition sur les questions environnementales, ou le député Joachim Son-Forget,

Faible mobilisation sur la campagne des européennes

Les plus europhiles regrettent que la campagne des élections européennes ne préoccupe guère le gouvernement.  Un mépris qui semble confirmé par le calendrier des élections européennes : à un mois du scrutin, la campagne peine d’autant plus à démarrer que le gouvernement comme l’Elysée s’appliquent à parler de tout sauf d’Europe. Le parti pris d’une « campagne éclair » est pourtant discutable au regard de la complexité des enjeux.

« On a eu des facteurs bloquants : les partis politiques européens ont vu en Macron un adversaire politique éventuel. Ils ont eu peur. Cela a expliqué le refus des listes transnationales. Et puis il y a eu des forces politiques en Allemagne qui ont fait le choix de bloquer et non d’avancer » souligne Pieyre-Alexandre Anglade.

L'ambition d'En Marche crée des frictions entre Paris et Berlin

À la veille d’un Conseil européen censé évoquer la relance stratégique du projet européen, la rivalité politique de plus en plus directe entre En Marche et la CDU rend l’échange entre France et Allemagne délicat.

 

Le 11 avril,  à l’issue du Conseil européen, le président de la commission des affaires étrangères du Bundestag, Norbert Röttgen, a eu des mots étranges et durs envers Macron, l’accusant étrangement d’avoir « priorisé sa campagne pour les élections européennes et ses propres intérêts devant l’unité de l’Europe » lors du Conseil européen.

Une tension que Paris tend à relativiser, comme le souligne un membre du gouvernement.

« La relation franco-allemande a toujours été compliquée, il y a des phases « avec », on est plutôt dans une phase « sans », mais il ne faut pas l’idéaliser ».

Coup de frais sur la relation entre Paris et Berlin

Ni Berlin ni Paris ne sont prêts à reconnaître officiellement le rafraîchissement de leur relation. Mais l’absence totale de concession du nouveau gouvernement allemand crispe clairement côté français.

La refondation de l’UE dans les limbes

Les tensions entre la France et l’Allemagne, ou même dans les rangs des macronistes sur la politique européenne,  présentent au moins le mérite d’alimenter le débat : chacun finit par mettre ses billes sur la table. L’Allemagne a ainsi réclamé de supprimer le siège de Strasbourg ou encore de partager le siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, comme une réponse aux nombreuses de revendications de la France, qu’il s’agisse du budget de la zone euro, des relations commerciales qui doivent désormais être soumises à l’accord de Paris, ou au traitement des GAFA.

Mais le grand perdant de ces tergiversations reste la refondation de l’Europe. Le sommet de Sibiu prévu en Roumanie en amont des élections européennes, le 9 mai prochain, et censé susciter le débat sur l’Europe de demain en toilettant les méthodes européennes comme celle de la majorité qualifiée, en prenant en compte les résultat des consultations citoyennes, ne préoccupe plus grand monde.

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