Lancement discret de la coopération des députés français et allemands

Sabine Thillaye, Wolfgang Schauble, Richard Ferrand et Andreas Jung, à l'Assemblée nationale le 25 mars. EA

Le projet très critiqué par l’extrême-droite a discrètement été lancé lundi à Paris. La nouvelle chambre vise à faciliter les échanges, pas à prendre des décisions politiques.

L’ Assemblée nationale s’est parée de ses plus beaux atours, lundi 25 mars, pour accueillir la première réunion de l’accord parlementaire franco-allemand, censé crée une assemblée franco-allemande.

France et Allemagne entérinent une vision désenchantée de leur relation dans un nouveau traité

Le traité que signeront France et Allemagne mardi prochain découle de l’élan pro-européen de Macron. Pragmatique, le texte met l’économie et la défense en avant plutôt que le politique ; des divergences majeures demeurent.

Entre l’Hotel de Lassay sous le soleil et les fleurs, les drapeaux allemands et un déjeuner à 150 personnes sous les ors de la République, les députés allemands se seront sans doute sentis bien accueillis, dans une ambiance de Parlement européen. Il fallait bien tout ça pour convaincre les Allemands du bien-fondé de cette nouvelle structure, qui ne suscite pas un enthousiasme débordant côté allemand, tant chaque chambre jalouse ses propres prérogatives.

« Chaque chambre, le Bundestag et l’Assemblée nationale, gardent leur souveraineté » a d’emblée prévenu le président du Bundestag, Wolfgang Schäuble, en expliquant que le rôle de la future assemblée était surtout consultatif.

Un échange linguistique ?

Par ses statuts, la chambre n’a en effet pas de rôle décisionnaire. Le fait qu’elle ne se réunisse a priori que deux fois par an limite de facto son influence : la prochaine réunion aura lieu à Berlin en septembre.

L’assemblée franco-allemande sera lancée le 25 mars

La chambre binationale qui doit mettre en oeuvre le traité d’Aix-la-Chapelle démarre sur fond de relation franco-allemande tendue.

Et c’est en effet plus d’herméneutique que de décision politique que parle Sabine Thillaye, la nouvelle présidente du bureau de l’Assemblée franco-allemande, elle-même Allemande mariée à un Français.

« Quand nous parlons, on utilise les mêmes mots, mais chacun entend autre chose » a-t-elle indiqué, en prenant l’exemple de l’ « industrie de la défense ». Un terme qui fait écho, selon elle, à l’industrie et au potentiel économique côté allemand ; et à l’armée et la défense, côté français.

Le thème de la langue semble sans doute le plus consensuel de l’opération : Richard Ferrand a souhaité que tous les participants au projet de coopération soient bilingues d’ici la fin de leur mandature ; et le renforcement de l’apprentissage des deux langues de part et d’autres de la frontière fait partie des priorités. Un peu comme un projet de jumelage, plutôt qu’un projet politique.

Le président de la chambre française, Richard Ferrand, a aussi souligné l’importance de cette coopération pour la transposition, en droit allemand et français, des directives européennes.

Interrogé par Euractiv sur les critiques qui ont plu à l’annonce de la création de cette structure, notamment de la part de l’extrême-droite française,  l’élu breton a indiqué qu’il n’avait pas trouvé ces critiques très puissantes.

« Bien sûr, certains ont peur ; d’autres estiment au contraire que ca ne suffit pas. Moi je crois qu’il ne faut pas rater une occasion de faire ce qui est possible » a assuré Richard Ferrand.

Dans la matinée, les interventions des représentants des divers groupes politiques lors de la première réunion avait fait entendre des sons de cloche très variés, entre l’enthousiasme prononcé des Français, l’optimisme de certains Allemands, et les propos peu cohérents d’un représentant de l’Afd, l’extrême-droite allemande.

L’ambiance s’est toutefois détendue l’après-midi, avec des interventions sur des sujets politiques variés, avec l’intervention de Nathalie Loiseau, sur le départ de son ministère.

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