Le Danemark rétablit ses frontières, la Commission s’alarme

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Le gouvernement danois de centre-droit a accepté hier (11 mai) d'introduire des contrôles aux frontières dans ses ports et aéroports, ainsi que le long de sa seule frontière terrestre avec l'Allemagne et sur le pont qui mène à la Suède. La Commission européenne a demandé des informations supplémentaires et a déclaré qu'elle n'accepterait aucun repli quant au traité de Schengen.

Le gouvernement du Danemark a cédé aux demandes du Parti populaire danois, un parti populiste anti-immigration qui n'a pas encore donné son feu vert pour le plan économique 2020 du gouvernement.

« Nous nous sommes mis d'accord sur des contrôles permanents aux frontières que nous mettrons en place aussi rapidement que possible », a déclaré le ministre des finances, Hjort Frederiksen, sur TV 2 News après que l'accord a été conclu entre le Parti populaire danois et les Chrétiens démocrates.

Ces nouveaux contrôles à toutes les frontières du Danemark se feront dans le cadre de l'accord de Schengen, a affirmé le ministre des finances dans une déclaration.

Le traité de Schengen a aboli les contrôles aux frontières en Europe et concerne actuellement 25 nations. Le Danemark a signé l'accord de Schengen mais s'est gardé la liberté de ne pas appliquer certaines mesures (voir « Background »).

Cet accord politique entraînera des investissements dans les infrastructures aux points de passage des frontières, le recrutement de plus d'agents des douanes, une surveillance vidéo accrue des voitures qui traversent les frontières danoises ainsi qu'une assistance policière rapide si les douaniers en ont besoin, peut-on lire dans la déclaration.

La Commission critique

L'exécutif de l'Union européenne, qui met en application le traité de Schengen, a déclaré qu'elle demanderait des informations supplémentaires aux autorités danoises afin d'évaluer la portée de ces contrôles.

« Il devrait être clair que la Commission [européenne] ne peut pas et accepter des tentatives de repli quant au traité de l'UE, que ce soit pour la libre circulation des biens ou des personnes à l'intérieur des frontières », a déclaré la porte-parole Pia Ahhrenkilde.

Les ministres européens de l'intérieur se rencontreront aujourd'hui (12 mai) à Bruxelles pour une réunion extraordinaire afin de discuter des projets de la Commission de réintroduire des contrôles aux frontières dans des « circonstances exceptionnelles », comme lorsqu'un Etat membre ne protège pas ses propres frontières.

Présentant ses propositions la semaine dernière, la Commission européenne a insisté sur le fait que les contrôles aux frontières devraient être temporaires et sujets à des « critères spécifiques et clairement définis » au niveau de l'UE.

Ces propositions font suite à de lourdes pressions exercées par la France qui a restauré ses frontières avec l'Italie, accusant Rome de ne pas parvenir à contenir les vagues d'immigrés nord africains qui fuient la violence dans le monde arabe.

Réforme des retraites

Au Danemark, le projet visant la réintroduction des contrôles aux frontières a été critiqué par certains Danois pro-Union européenne qui affirment que Copenhague ne devrait pas lever de nouvelles barrières en Europe quelques mois avant le début de son mandat à la tête de l'UE début 2012.

Le Danemark dispose d'une frontière terrestre avec l'Allemagne et est relié à la Suède par un pont, en plus de ses ports et aéroports.

Les partis se sont mis d'accord pour investir jusqu'à 150 millions de couronnes danoises (un peu plus de 20 millions d'euros) dans de nouveaux équipements de surveillance et de collecte des données, ainsi que jusqu'à 35 millions en 2011 et 119 millions en 2015 pour engager plus de douaniers et renforcer la présence policière, a déclaré le ministère.

M. Frederiksen s'est dit convaincu que les nouveaux contrôles permettraient de réduire le taux de criminalité et d'augmenter la sécurité au Danemark, mais la dirigeante du Parti populaire danois, Pia Kjaersgaard, a précisé qu'aucune avancée similaire n'avait eu lieu sur la réforme des retraites.

« Nous sommes encore loin d'un accord sur la réforme des retraites », a déclaré Mme Kjaersgaard sur TV 2 News.

Le projet de réforme des retraites du gouvernement vise à annuler un accord précédent qui permet actuellement aux Danois de prendre leur retraite à 60 ans au lieu de 65 et à reculer l'âge général de la retraite à 67 ans. Le gouvernement affirme que les retraites anticipées coûtent bien trop cher.

Le soutien du parti de Mme Kjaersgaard est essentiel pour la coalition minoritaire libérale conservatrice au gouvernement. Elle a en outre affirmé que les discussions se poursuivraient.

« Ce n'est pas terminé, nous travaillons encore sur tous les problèmes que cette réforme des retraites et la situation économique au Danemark ont causé, et nous ne finirons pas aujourd'hui, ni demain », a-t-elle expliqué.

(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EURACTIV.)

Søren Pind, le ministre à l’intégration danois, a été cité par Dow Jones Newswires pour avoir dit : « Je vois beaucoup de dramatisme dans la presse européenne mais je vais dire les choses comme elles sont […]. Je pense que lorsqu’on regarde ce modèle de plus près, on peut tous voir que c’est, si je puis citer Shakespeare, « beaucoup de bruit pour rien ».

Il a souligné que le Danemark déploierait des agents des douanes plutôt qu’une police de frontière et a insisté : « cela n’a rien à voir avec un contrôle des passeports personnels ».

L’eurodéputé belge et leader du groupe ALDE, Guy Verhofstadt a déclaré : « même si les mesures danoises sur le plan juridique peuvent sembler conformes aux dispositions du traité, elles vont complètement à l'encontre de son esprit, sapant ainsi l'une des plus grandes réalisations de l'UE ».

« Et elles sont certainement contraire à la vision politique des démocrates et des libéraux pour l'Europe et fait peser une très inquiétante menace pour les valeurs essentielles de l'Europe », a-t-il ajouté.

L’eurodéputé Juan Fernando López Aguilar, leader de la délégation espagnole du groupe des Socialistes et Démocrates au Parlement européen, a déclaré dans un communiqué de presse au sujet des changements proposés à Schengen : « Il est inacceptable que des pressions populistes anti-européennes aient mené à cette situation parce que cela envoie en message décourageant et profondément négatif, contre l’Europe dont nous avons besoin ».

Schengen est un village à la frontière entre le Luxembourg, la France et l’Allemagne, où un accord a été signé en 1985 pour abolir progressivement les contrôles aux frontières communes entre ces pays, les Pays-Bas et la Belgique.

Progressivement, le processus s’est approfondi. En 1995, les contrôles aux frontières ont été abolis entre la Belgique, l’Allemagne, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Espagne et le Portugal.

Aujourd’hui, l’espace Schengen de libre circulationconsiste en 25 États membres : 22 pays de l’UE (tous sauf la Bulgarie, la Roumanie, l’Irlande, le Royaume-Uni et Chypre) ainsi que trois pays associés : la Norvège, l’Islande et la Suisse. Le Danemark a signé les accords de Schengen mais a gardé la liberté de ne pas en appliquer certaines mesures.

Le Royaume-Uni et l’Irlande ont décidé de rester en dehors de l’espace Schengen.

La Roumanie et la Bulgarie, qui ont rejoint l’UE en 2007, demeurent en-dehors de l’accord en raisons de lacunes dans leurs systèmes judiciaires et leurs services de police. Les deux pays ont été placés sous un système de surveillance spécial, appelé Mécanisme de coopération et de vérification.

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