Le discours de Macron déclenche de multiples réactions dans l’UE

h_53793048 [@EPA]

Les réactions aux discours ambitieux d’Emmanuel Macron sur l’Europe ont déclenché des réactions diverses dans l’UE, qui traduisent bien les divisions auxquelles il devra faire face pour aller au bout de son projet.

Migration, défense, investissement, climat : Emmanuel Macron a détaillé une série de propositions pour l’avenir de l’UE dans un long discours à l’université de la Sorbonne, à Paris, le 26 septembre.

« L’Europe que nous connaissons est trop faible, trop lente, trop inefficace, mais l’Europe seule peut nous donner une capacité d’action dans le monde, face aux grands défis contemporains. L’Europe seule peut, en un mot, assurer une souveraineté réelle, c’est-à-dire notre capacité à exister dans le monde actuel pour y défendre nos valeurs et nos intérêts », a-t-il martelé, alors que le Royaume-Uni prépare sa sortie de l’UE et que la Pologne s’éloigne de plus en plus des valeurs de l’UE.

Macron s'attaque bille en tête aux tabous de l'Europe

Changement de traité, de PAC, dette : le président français a brisé de nombreux tabous dans sa proposition de réforme de l’UE. Et décliné une dizaine de propositions concrètes devant les étudiants de la Sorbonne lors d’un propos passionné résonant comme un discours de campagne.

« Il n’y a pas de solutions locales aux problèmes transnationaux », a déclaré Sandro Gozi, ministre italien des Affaires européennes. « Macron vient de nous rappeler cela et son idée de l’Europe est aussi la nôtre. »

Salve de hourras à Bruxelles

« Merci pour votre soutien au travail des institutions » européennes, a résumé dans un tweet le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, saluant le « discours très européen » de son « ami Emmanuel Macron ».

« Rafraîchissant », a renchéri l’un de ses vice-présidents, le Finlandais Jyrki Katainen.

Le chef de cabinet de Jean-Claude Juncker, l’influent Martin Selmayr, a lui aussi applaudi les mots du président français, qu’il a commenté en direct par une rafale de tweets.

« Rarement l’Europe a vu une telle convergence de vue entre un président français et un président de la Commission », s’est-il félicité. « Quelques nuances, oui. Mais aussi de fortes convergences. »

« Les idées d’Emmanuel Macron pour renforcer la zone euro », déjà connues depuis plusieurs mois, seront « discutées lors du sommet sur l’euro en décembre », avec  les propositions de Jean-Claude Juncker, a également rappelé son directeur de cabinet allemand.

Les positions des deux hommes divergent sur la question d’un Parlement et d’un budget spécifique de la zone euro, auxquels le Luxembourgeois est opposé.

La vision du futur de l'UE de Juncker diverge de celle de la France

Lors de son troisième discours sur l’État de l’Union, Jean-Claude Juncker a présenté son scénario d’un futur pour l’Europe. Une vision (presque) compatible avec celle d’Emmanuel Macron.

Le chef de la Commission semble de manière plus générale se distancer de la perspective d’une Europe à « plusieurs vitesses » autour d’un « socle renforcé », telle que prônée par Emmanuel Macron.

« Ce dont nous avons besoin désormais, c’est une feuille de route pour avancer à 27 », a-t-il insisté dans l’un des trois tweets rédigés lors du discours du président français.

Dans le sillage de leur président, plusieurs commissaires européens se sont également félicités sur Twitter des prises de position pro-européennes du président français, tout en remarquant que certaines d’entre elles – comme la PAC – rejoignaient des projets déjà en cours.

C’est le cas, par exemple, du commissaire aux Migrations, Dimitris Avramopoulos, qui a souligné le « soutien bienvenu » d’Emmanuel Macron à l’idée d’une « Agence européenne de l’asile », dans les tuyaux européens depuis plus d’un an.

« Emmanuel Macron acte ainsi un retour de la France sur la scène européenne, qui était attendu et absolument nécessaire. La possibilité d’avancer dans le cadre d’une Europe à plusieurs étages, sur la base de projets concrets, est la seule solution pour surmonter les blocages des États membres, si souvent responsables de l’impuissance que nos concitoyens reprochent tant à l’UE. […] J’espère que ces annonces ne resteront pas que des effets de manche », a quant à elle déclaré Françoise Grossetête, député européenne LR, dans un communiqué.

Division en Allemagne

En Allemagne,  alors que la chancelière allemande est sur le point d’entamer des négociations délicates pour former une nouvelle coalition, les réactions ont aussi diverses que la nouvelles configuration politique du pays.

Le ministre allemand des Affaires étrangères s’est félicité mardi des propositions du chef de l’État français pour renforcer l’intégration européenne. « Emmanuel Macron a prononcé aujourd’hui un vibrant plaidoyer contre le nationalisme et pour l’Europe, une Europe qu’il souhaite réformer, renforcer et unir avec notre aide », a déclaré Sigmar Gabriel.

« Nous devons maintenant saisir cette ouverture en faveur d’initiatives franco-allemandes pour rendre l’Europe plus démocratique, impliquer les citoyens et la préparer pour l’avenir […] Il peut compter sur nous », a-t-il poursuivi.

D’un autre côté, Hans Michelbach, membre du parti bavarois CSU n’a pas attendu la fin du discours du président français pour dire que ses propositions n’étaient « pas adaptées pour faire avancer l’Europe ». « Elles ne mèneront pas à un approfondissement, mais plutôt à un plus grand fractionnement de l’UE », a-t-il déclaré, cité par l’agence Bloomberg.

Les Verts, potentiels futurs alliés de la coalition d’Angela Merkel ont pour leur part salué la contribution d’Emmanuel Macron. « Un discours fort », a déclaré le chef de file, Cem Oezdemir, sur Twitter. « Nous avons désormais besoin de plus de collaboration avec Paris. »

Le climat joue les arbitres de la future coalition allemande

Les politiques climatique et énergétique pourraient être absolument décisives dans les négociations de la future  coalition gouvernementale en Allemagne.

Les libéraux du Parti libéral-démocrate, le troisième partenaire éventuel de la coalition, ont quant à eux été plus critiques. Alexander Graf Lambsdorff, membre du parti au Parlement européen a qualifié le discours de « courageux et rafraichissant » mais a reproché à Emmanuel Macron de trop dépendre de l’État et des nouvelles taxes et a exclu un budget de la zone euro.

« Ni un budget de la zone euro, ni la création d’un poste de ministre des Finances européen ne résoudront les problèmes de la zone euro. Il serait plus important d’assurer la stabilité du secteur financier », a déclaré Clemens Fuest, président de l’Institut IFO à Munich. « Mais finalement, dans son discours, Emmanuel Macron invite l’Allemagne à réfléchir sur l’avenir de l’UE avec lui. Berlin ne devrait pas rejeter cette invitation. »

Hostilité à l’Est

« C’était un discours purement symbolique  et une tentative de donner un nouveau souffle au projet européen, mais en réalité ce n’était qu’un mirage, que des slogans politiques pour masquer le manque de solutions pour les défis auxquels fait face l’UE », a déclaré Ryszard Legutko, co-président polonais du groupe des Conservateurs et réformistes européens.

À Prague, Andrej Babis, un milliardaire qui devrait devenir Premier ministre, a dénigré le programme européen d’Emmanuel Macron, en prévenant qu’une intégration plus approfondie pourrait pousser d’autres membres à suivre le pas du Royaume-Uni et à quitter l’UE. « Il ferait mieux de se concentrer sur la France », a déclaré Andrej Babis, du parti tchèque ANO.

Subscribe to our newsletters

Subscribe