Le Parlement donne son feu vert à la nouvelle Commission

Jean-Claude Juncker [Euranet Plus/Flickr]

La Commission revue et corrigée par le président élu, Jean-Claude Juncker, a obtenu l’aval du Parlement ce 22 octobre. Après de nombreux rebondissements, la nouvelle formule de l’exécutif mise sur pied à la dernière minute a su convaincre une majorité d’eurodéputés socialistes et conservateurs,

Les trois plus grands groupes du Parlement, le Parti populaire européen (PPE), les Socialistes-Démocrates (S&D) et l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE) ont largement voté en faveur des 28 commissaires désignés. Quelque 209 eurodéputés ont voté contre et 67 se sont abstenus, principalement parmi les membres du groupe des Conservateurs et réformistes européens.

 Les Verts, la Gauche unitaire européenne et l’Europe de la liberté et de la démocratie directe ont pour leur part rejeté la nouvelle équipe de commissaires. Les socialistes espagnols auraient voté contre également, selon leur dirigeant, Pedro Sánchez.

 >> Lire : Les socialistes espagnols comptent voter contre Juncker

Guy Verhofstadt, à la tête des libéraux de l’ALDE, a déclaré que son groupe avait décidé de voter en faveur de la coalition « pro-européenne » après de longues discussions hier soir. Leur vote reflète, a-t-il ajouté dans une pique adressée au président sortant, José Manuel Barroso, leur espoir de voir une nouvelle Commission qui ne soit pas un « secrétariat du Conseil », l’institution qui regroupe les chefs d’État et de gouvernement européens.

En s’adressant à eux avant le vote, Jean-Claude Juncker avait prévenu les eurodéputés que sa Commission représentait « la dernière chance » de regagner la confiance des citoyens.

 « Si nous ne parvenons pas à ramener les citoyens au cœur de l’Europe, nous échouons, avait-il déclaré. Soit nous parvenons […] à réduire drastiquement le chômage, soit nous échouons. Soit nous parvenons à donner un avenir aux jeunes Européens, soit nous échouons, » a-t-il déclaré dans un discours émaillé d’humour et dont le but premier était de convaincre le plus grand nombre d’eurodéputés.

Jean-Claude Juncker s’est ainsi qualifié de « grand perdant » de cette Commission restructurée, étant donné qu’il a « délégué la plupart de ses compétences et prérogatives aux Vice-Présidents ». Il a néanmoins précisé avec humour qu’il se réservait tout de même la possibilité de récupérer ces responsabilités.

 « Je n’exigerai pas de mes commissionnaires une obéissance aveugle. Je suis trop vieux pour me lancer dans une carrière de dictateur, » le président a ajouté que cette nouvelle Commission serait « plus politisée » que l’actuelle.

«  J’ai lu dans plusieurs journaux qu’il serait ma main droite, j’espère que de temps à autre il sera aussi ma main gauche» a-t-il plaisanté,

Frans Timmermans, le vice-président néerlandais chargé de l’Amélioration de la législation, des relations interinstitutionnelles, de l’État de droit et de la Charte des droits fondamentaux est devenu depuis son audition la star de la nouvelle Commission.

 >> Lire : Frans Timmermans prévoit un durcissement des règles à l’encontre des lobbys

Le président élu a rappelé toutefois que les règles budgétaires de l’UE ne seraient pas modifiées, malgré les demandes de la France et de l’Italie, qui souhaitent plus de souplesse dans les domaines de la consolidation budgétaire, au contraire de l’Allemagne, qui veut maintenir davantage de discipline.

« Les règles ne changeront pas, mais elles pourraient être mises en œuvre avec une certaine souplesse », a-t-il pourtant nuancé. Cette annonce survient dans un contexte tendu, alors que l’exécutif européen se prépare à un examen des règles d’ici à la mi-décembre.

Un clin d’œil à la gauche et quelques ajustements

Jean-Claude Juncker s’est adressé aux partisans d’une Europe sociale en assurant souhaiter une l’Europe aussi performante sur les questions sociales que dans le domaine économique et financier.

Le Luxembourgeois avait annoncé que sa Commission ferait l’objet de certains ajustements stratégiques, afin de contenter le plus grand nombre de parlementaires.

>> Lire : Ultimes remaniements au sein de la nouvelle Commission Juncker

Il a ainsi expliqué aux eurodéputés que la compétence liée à l’industrie pharmaceutique, initialement attribuée à la commissaire désignée à l’Industrie, El?bieta Bie?kowska, retournerait dans le giron du commissaire désigné à la Santé, Vytenis Andriukaitis. Ce changement découle de critiques émises par les socialistes, qui ne voyaient pas d’un bon œil que l’industrie pharmaceutique tombe dans l’escarcelle de la commissaire à l’Industrie.

Il a également été décidé de retirer des mains du commissaire désigné hongrois Tibor Navracsics le portefeuille de la citoyenneté, à la suite de remarques quant aux liens entre le candidat et le gouvernement hongrois. Ce dernier a eu maille à partir avec l’UE pour des questions de droits civiques. Ce portefeuille sera par conséquent attribué au nouveau commissaire chargé des Affaires intérieures, le Grec Dimitris Avramopoulos. Tibor Navracsics qui s’était vu attribuer à l’origine l’Éducation, la culture, la jeunesse et la citoyenneté, gardera néanmoins les trois premiers portefeuilles.

 >> Lire : Les libéraux continuent de faire pression contre le Hongrois Navracsic

Jean-Claude Juncker a également promis qu’un programme d’investissement très attendu, à hauteur de 300 milliards d’euros, et destiné à stimuler la croissance et l’emploi dans l’UE sera présenté d’ici la fin de l’année. Les sources de financement du programme n’ont cependant pas encore été établies.

>> Lire : Remous au sein de la coalition avant  le vote pour la nouvelle Commission

La nouvelle Commission entrera en fonction le 1er novembre. D’ici là, les futures commissaires prendront connaissance des divers dossiers auprès de leurs homologues sortants. 

Emmanuel Foulon, porte-parole des socialistes au Parlement européen réagit après le vote :

« Après avoir mené ces dernières heures d’ultimes négociations sur plusieurs fronts, nous avons obtenu du président Juncker plusieurs engagements qui nous semblaient indispensables dans le cadre de la défense des intérêts du citoyen. Le casting des Commissaires n’est certes pas entièrement celui que nous aurions voulu, et le programme n’est pour l’instant qu’un ensemble de promesses qu’il faudra concrétiser, mais nous avons décidé de donner une chance à cette Commission de la dernière chance »

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