Le « passeport COVID-19 » pourrait creuser les inégalités, selon un expert espagnol

Le président de l'association espagnole de vaccinologie craint de plus en plus qu'une quatrième vague n'éclate juste après Pâques si les restrictions de déplacement ou les couvre-feux nocturnes sont assouplies. [EFE/Quique Curbelo]

Le président de l’Association espagnole de vaccinologie (AEV), Amos Garcia, s’oppose fermement à un « passeport COVID-19 » européen qui accorderait des privilèges de voyage aux personnes vaccinées, car il pourrait creuser le « fossé social » entre les pays riches et les pays pauvres, non seulement en Europe mais aussi dans le monde entier.

Dans une interview avec EFE, partenaire d’EURACTIV, publiée dimanche, M. García a exprimé sa satisfaction quant à l’accélération du processus de vaccination en Espagne, mais a averti que la situation est loin d’être maîtrisée. « Nous devons encore nous retirer du précipice », a-t-il averti.

Selon les derniers chiffres communiqués par le ministère de la santé du pays, le taux d’infection est en baisse. Le nombre cumulé d’infections sur 14 jours pour 100 000 habitants est maintenant tombé à 206, loin du niveau de « risque extrême » de 250 cas.

Afin d’atténuer les dommages causés à l’économie espagnole déjà malmenée, la Catalogne, Valence et Madrid ont annoncé vendredi (26 février) un assouplissement de certaines restrictions. Cependant, les principales resteront en place pour éviter une quatrième vague d’infections, quelques jours avant Pâques.

Les compagnies aériennes implorent l'UE de mettre en place un passeport vaccinal

L’Association internationale du transport aérien (IATA) a appelé les dirigeants européens à mettre en place les controversés passeports vaccinaux pour relancer le secteur du transport aérien en difficulté, selon un document qui a fuité et qu’EURACTIV a pu consulté.

En ce qui concerne les vaccinations, l’Espagne a signalé plus d’injections (3,6 millions) que le nombre total d’infections COVID-19 (3,2 millions) à la date de vendredi. Cependant, quelques problèmes logistiques subsistent, notamment en ce qui concerne les vaccins AstraZeneca, dont le nombre a été plus élevé que celui administré la semaine dernière, selon des sources sanitaires espagnoles. « Nous nous rapprochons de l’objectif », a tweeté la ministre espagnole de la santé, Carolina Darias.

Entre-temps, la quatrième mise à jour de la stratégie de vaccination de l’Espagne a été publiée.

La période de Pâques suscite l’inquiétude

Selon M. García, on craint de plus en plus qu’une quatrième vague n’éclate juste après Pâques si les restrictions de déplacement ou les couvre-feux nocturnes sont assouplies.

Les décisions des autorités sanitaires en Espagne ou au niveau de l’UE doivent être prises bien à l’avance, avant qu’il ne soit « trop tard », a-t-il averti.

« Nous sommes tous très fatigués, nous souffrons de fatigue, avec cette situation maudite qui a complètement changé nos vies, et (nous sommes) fatigués de voir des gens souffrir, (des gens) qui n’ont pas pu dire ‘au revoir’ à leurs proches, et d’autres qui ont perdu leur emploi », a-t-il ajouté.

Mais il y a encore de la lumière au bout du tunnel, selon M. García, qui a fait l’éloge de l' »excellente » stratégie de vaccination de l’Espagne.

L’expert, lui-même co-auteur de la stratégie de vaccination du pays, a souligné qu’il y a « un certain manque d’harmonie » dans quelques régions espagnoles qui n’ont pas mis en œuvre le processus de vaccination « au bon rythme » ou qui « ont eu des difficultés » à appliquer la stratégie à plein régime, telle qu’elle a été conçue.

L’échéance de l’été approche

Avec l’objectif d’immuniser 70 % de la population d’ici l’été, le président de l’AEV a déclaré que si le pays reçoit les doses à un bon rythme et que « le flux est normalisé » d’ici la fin mars ou avril, au moment où il prévoit de disposer également du vaccin Janssen, « tous les efforts » seront faits pour inoculer le maximum de personnes dans les plus brefs délais.

« Le moteur est activé, mais pour qu’il commence à fonctionner, le carburant [les vaccins] doit arriver », a souligné M. García.

[édité par Mathieu Pollet]

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