Le Pen lance sa campagne contre Bruxelles

Le président du Front National a présenté ses candidats pour les élections européennes et décliné les grands axes de son programme.

«Le projet de l’Union européenne consiste désormais à instaurer une dictature bureaucratique via le super-État européen.» Les mots sont de Jean-Marie Le Pen. Le leader du Front National (FN) les a prononcés dans un discours fleuve d’une heure, lors du lancement de la campagne de son parti pour les européennes, dimanche 15 mars à Arras (Pas-de-Calais).

Près de 800 personnes s’étaient réunis à l’occasion d’une «convention européenne» où ont été abordés «la culture de la mort de l’Europe décadente», «la crise financière et l’euromondialisme» et «l’Europe submergée» par l’immigration. A 80 ans, le vieux chef a brossé les grands axes de la campagne, après avoir longuement fustigé les «ravages du mondialisme». Les candidats FN appelleront donc à bloquer tout transfert de compétences au niveau européen, s’opposant ainsi à la gestion commune de l’immigration, mais aussi à tout concept de défense européenne, qui équivaudrait à «un anéantissement de la capacité diplomatique de la France au profit du super-État européen».

Certains des arguments de Jean-Marie Le Pen s’approchent d’ailleurs de ceux du président du Mouvement pour la France, Philippe de Villiers. Il reprend par exemple sa lutte contre l’entrée de la Turquie dans l’UE, ou contre une directive imaginaire imposant aux camemberts une mention «produits dangereux». Et pourtant, au cours de son discours, le président du FN a clairement fustigé Philippe de Villiers et son alliance avec l’Irlandais Declan Ganley, «une locomotive milliardaire (…) suspecte d’être une officine américaine». 

Car le FN n’est pas seul sur son créneau. A la droite de l’UMP, avec Le Pen, ils sont au moins trois à exploiter le filon noniste. Nicolas Dupont-Aignan, à la tête de Debout la République et Philippe de Villiers et Frédéric Nihous, sous la bannière de Libertas (EURACTIV.fr, 12/03/2009).

Un peu plus tôt dans la journée, certaines des têtes de listes n’ont pas manqué de se faire remarquer, provoquant les applaudissements nourris d’une salle surchauffée. «L’insécurité amplifiée par l’Europe de Bruxelles est non seulement physique mais aussi financière», a lancé la tête de liste de l’Ouest, Brigitte Neveux. 

Vers un nouveau groupe au PE?

Candidat en Île-de-France, Jean-Michel Dubois a dénoncé une Banque centrale européenne «incompétente et suicidaire» et appelé au retour d’une «politique monétaire souveraine». Louis Aliot (Sud-Ouest) a surenchérit, en estimant que tout se décidait à Bruxelles, siège d’une «Europe totalitaire». «A quoi servent nos dirigeants puisqu’ils ne servent plus à rien?», a-t-il interrogé.

Le FN, enchevêtré dans une guerre de succession, joue son va-tout à l’occasion de ces élections européennes. Dans au moins deux circonscriptions, le Parti de France, fondé par l’ancien cadre du parti Carl Lang, présentera des candidats en face des listes frontistes. 

Mais sur un plan européen, le scrutin de juin comporte un autre enjeu de taille pour le parti : la reconstitution du groupe Identité, tradition, souveraineté (ITS), créé en janvier 2007, avant d’exploser en vol moins de dix mois après, à cause de fortes dissensions internes. Durant ces quelques mois, les députés FN et leurs collègues européens s’étaient vus débloquer 150.000 euros par l’UE, plus les salaires de cinq ou six assistants supplémentaires. Un secrétariat et des facilités administratives et de crédits indispensables pour peser un tant soit peu au Parlement. 

A l’en croire, Bruno Gollnisch rend régulièrement visite à ses équivalents européens. Parmi eux, on trouve notamment les Britanniques du British National Party (BNP), le parti bulgare Ataka (Attaque) ou encore les Autrichiens du Parti de la liberté. Même si Gollnisch assure que la reconstitution d’ITS paraît «en très bonne voie», il préfère rester prudent. Car à partir de juin, un groupe parlementaire devra comporter au minimum 25 députés issus de 7 pays différents. Les règles exigeaient jusqu’à présent 20 députés représentants 5 pays.

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